France/Palestine. « Yes Theatre », l’art pour aider les enfants à se reconstruire

Des enfants palestiniens assistant à une pièce théâtrale produite par "Yes Theatre". Crédit photo : « Yes Theatre »

 

Depuis 2008, à Hébron, le « Yes Theatre » œuvre pour la promotion et le développement du spectacle et de la pratique théâtrale, particulièrement en direction des enfants. Mohammad Issa est le directeur de cette ONG palestinienne. Il était récemment de passage à Paris pour défendre un documentaire intitulé « Palestine : la case prison ». Interview.

LCDL : Dans ce film, on découvre les visages d’enfants palestiniens, anciens détenus, on entend leur témoignage… Pensez-vous que ce soit la façon la plus efficace de sensibiliser l’opinion publique à leur situation ?

Mohammad Issa : Les documentaires sont des outils cruciaux. Mais ils ne sont pas les seuls. Le travail de notre ONG, « Yes Theatre », repose sur l’outil théâtral, qui est tout aussi efficace. Quoiqu’il en soit, il est important de disposer d’outils pour sensibiliser à cette question et pas seulement d’émotions.

Incarcérer les enfants, comme le font les autorités israéliennes, peut-on considérer cela comme la pire arme de destruction massive ?

Les enfants n’ont évidemment rien à faire en prison. Ils ont d’autres expériences à vivre. Leur place est à l’école. Au Proche-Orient et dans la bande de Gaza, la population est majoritairement composée d’enfants, plus de 52% exactement. En juin 2007, un rapport du Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS) fait état de 2,1 millions de personnes âgées de moins de 18 ans. L’avenir du peuple palestinien se trouve donc entre les mains de cette jeunesse. Des jeunes qui ont besoin, comme partout ailleurs dans le monde, de vivre dans la paix, d’avoir accès à l’éducation, à la santé ou encore aux loisirs. A cet égard, notre programme intitulé « Take detention out of Palestinian children » est novateur puisqu’il participe à l’amélioration du bien-être psychosocial des enfants qui sont passés par la case prison. Et cela passe par le théâtre.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce programme…

Nous tentons de nous occuper d’enfants qui sortent tout juste de prison. La détention administrative est une source de traumatisme. En mai 2014, il y a eu 196 enfants prisonniers, dont 27 avaient moins de 16 ans. Nous travaillons avec ces enfants, leurs familles, leur communauté par le biais du théâtre et du spectacle. Nous les sensibilisons à l’expression artistique afin de les aider à reprendre confiance en eux et à leur inculquer les droits auxquels ils peuvent prétendre. Notre slogan : « la prévention vaut mieux que la guérison ». Le théâtre est un moyen de développement personnel et d’engagement citoyen pour la jeunesse palestinienne. C’est également un acte de résistance. Nous travaillons avec une équipe de psychologues mais également en étroite collaboration avec leministère de l’Education palestinien, l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) et le gouvernorat d’Hébron.


Propos recueillis par Chloé Juhel
 

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