C’est à Mdhilla, un petit village du gouvernorat de Gafsa, que les prémices de la crise de la SONEDE ont fait leur apparition dès début juin, dans une indifférence quasi générale. Depuis, cette localité est devenue le symbole d’un drame qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Alertés assez tôt, les médias organisèrent des débats où la situation de petite localité reculée et difficile d’accès fut évoquée par les responsables du service public pour expliquer plusieurs semaines de coupure d’eau potable à Mdhilla : 1 robinet alimentait une communauté se trouvant à 13 kilomètres de cette unique source d’eau.
Un cercle vicieux de la malchance ou de l’incompétence ?
Mais Mdhilla a juste le temps de se faire oublier que les autorités locales sont rattrapées par une crise qui se propage à d’autres délégations. Début juillet, on apprend que la région d’El Guetar est également touchée.
Ce sont désormais des responsables gouvernementaux qui sont contraints à des sorties publiques pour préparer les esprits : il faut s’attendre à ce que des villes côtières comme Sousse et Monastir aient à faire face à leur tour à « des pannes du réseau de distribution de l’eau courante dans les prochains jours », explique le ministre de l’Agriculture.
De leur côté, les ingénieurs de la SONEDE évoquent la canicule comme alibi : les coupures d’électricité à répétition en cette période de chaleur seraient en partie responsables car touchant des centres de traitement des eaux toujours difficiles à remettre en marche à un débit optimal.
Le ministre invoque quant à lui un « lourd héritage de l’ancien régime » qui aurait laissé une grande société publique comme la SONEDE crouler sous les dettes. 16 millions de dinars sont à débloquer d’urgence pour remédier à l’actuelle crise.
Sur la blogosphère, on s’indigne et on demande aux techniciens d’ignorer la bureaucratie et leur hiérarchie afin de rétablir l’eau eux-mêmes.
Une gestion de crise calamiteuse
A El Guetar, les camions-citernes dépêchés sur place mardi sont accueillis par des habitants qui les prennent d’assaut, en scandant simplement « de l’eau ! ». Ils sont réprimés par des gaz lacrymogènes.
Mais l’opinion comprend que c’est d’une faillite générale dans la gestion de l’Etat qu’il s’agit lorsque d’autres indices se font jour : amoncèlement des ordures dans les rues de Tunis, violents mouvements sociaux à Kasserine, etc.
Les préparatifs du 9ème congrès d’Ennahdha sont montrés du doigt : le parti islamiste est absorbé par un évènement qui paralyse le pays. A l’Assemblée constituante, des commissions entières sont contraintes d’être suspendues pour une semaine. Elus et ministres sont réquisitionnés.
Pendant ce temps-là, Rached Ghannouchi est occupé à recevoir en grande pompe des invités de prestige, des chefs islamistes du Hamas et de la Libye voisine.
Politiquement, son parti pourrait payer cher ce comportement laxiste pendant ce qui menace de devenir une catastrophe nationale. L’inaptitude du gouvernement à garantir les minimas d’une vie digne est ici synonyme de fiasco dans la gestion d’un Etat. Le droit à l’eau potable, sorte de degré 0 du service étatique, est en passe de devenir une revendication sociale menaçant de dégénérer en émeutes.
Seif Soudani


S'agissant des coupures d'eau, elles sont imputables, en grande partie, à des actes de sabotage et de fraudes (escroqueries)d evant agir sur la pression et le niveau de débit requis. Il n'est pas question de cautionner le gouvernement ni la sonède. Mais, l'enquête diligentée par le ministre de l'agriculture devrait identifier les causes et délimiter les responsabilités des perturbations enregistrées dans la distribution d'eau potable.