Ennahdha n’entendait pas faire les choses à moitié pour son baptême du feu. Dernier grand parti à présenter son programme électoral en 2011, le parti islamiste est aussi le dernier grand parti à tenir son congrès.
Cela fait plusieurs mois que le pays tout entier retient son souffle, suspendu à la tenue du congrès du parti au pouvoir. A tel point que des voix se sont élevées pour dénoncer une paralysie typique du « parti Etat », ou encore d’un Etat dans l’Etat. De quoi raviver le souvenir de l’ex RCD.
Un congrès normalisateur
Très tôt le matin, les parkings de l’immense Palais des expositions du Kram peinent à contenir bus et voitures. Sur le chemin du Kram, rares sont les taxis dont les vitres ne laissent pas dépasser des drapeaux aux couleurs nahdhaouis. Les organisateurs avaient annoncé 25 à 30 000 personnes attendues. A titre de comparaison, le congrès d’Al Joumhouri (ex PDP – Afek), plus grand parti d’opposition, avait vu 10 fois moins de partisans se bousculer à son congrès.
Malgré une réorganisation en marche depuis le lendemain de la révolution, et une autorisation officielle vieille de 14 mois, une grande messe de cette ampleur, après des décennies de clandestinité, fait toujours un drôle d’effet aux nahdhaouis, visiblement grisés de pouvoir militer au grand jour.
La veille, Aéroport Tunis-Carthage, les invités de prestige commençaient déjà à affluer. Ennahdha cherche à concrétiser une reconnaissance internationale dont il jouit déjà. Boris Boillon, ambassadeur français sortant, ne s’est pas fait prier pour être au premier rang. Khaled Mechâal chef du Hamas (quasiment accueilli en chef d’Etat à sa descente d’avion par Rached Ghannouchi), Mustapha Abdeljalil du CNT libyen et le vice-président soudanais laissent tout de même entrapercevoir un fil conducteur de l’islam politique, s’agissant des VIP.
Sur place ce matin, la consécration passait aussi par la banalisation à l’échelle locale et nationale : dans le coin presse, les journalistes plutôt facétieux étaient curieux de savoir jusqu’à la dernière minute si l’allié socialiste Mustapha Ben Jaâfar ferait acte de présence. Sans grande surprise, l’intéressé fait finalement son entrée en lice, décomplexé, et les caméras s’attardent sur lui comme pour signifier qu’une ère du tabou islamiste est révolue.
Un univers et des codes toujours particuliers
Pour la presse étrangère et les non-initiés, il était difficile de faire la distinction par moments entre un lieu de culte et un congrès d’un parti politique. Le cheikh Ghannouchi jouit plus que d’un culte du chef parmi les siens : on lui embrasse le front tel un chef spirituel et on a du mal à l’extirper de la ferveur populaire.
Puis vient le quart d’heure rituel de récitation du Coran, où chaque bavardage est mal vu par l’audience. C’est sans doute le moment où l’expression préférée des anti-Ennahdha, « commerçants de religion », prend tout son sens.
Fait notable, pendant nos plusieurs heures de présence sur place dès l’ouverture, l’hymne national ne fut pas chanté. Ici les militants ont leurs propres chants, des chants religieux, glorifiant tour à tour le hijab et la cause palestinienne omniprésente.
L’entrée de Mechâal, numéro 1 du Hamas, provoque une explosion de joie. Dans un élan d’enthousiasme, le chauffeur de salle annonce « la libération prochaine de toute la Palestine ». Un objectif que les radicaux du Hamas ont eux-mêmes depuis longtemps abandonné.
Outre les thématiques obsessionnelles, un autre aspect reste à contre-courant de la normalisation et de la réforme en parti simplement conservateur : la présence parmi les invités d’honneur de figures proches du djihadisme comme Moncef Ouerghi, ou encore d’imams ouvertement intégristes à l’image de Houcine Laâbidi.
Mais c’est l’hégémonie d’Ennahdha qui inquiète le plus jusque dans ses propres rangs. Tout comme Ben Jaâfar, Abdelfattah Mourou a consacré une partie de son intervention à la mise en garde du parti contre les velléités de mégalomanie et l’ivresse du pouvoir. Après deux jours de fête, viendra le verdict des congressistes, et Ghannouchi est pressenti pour se succéder à lui-même.
Près de la porte de sortie, des stocks d’eau minérale à destination des zones sinistrées (où l’eau courante n’a toujours pas été rétablie) sont une maigre consolation décorative. Signe que, sans réel contrepoids politique, la propre domination sans partage d’Ennahdha est peut-être son pire ennemi.
Seif Soudani


Proposez un projet au lieu de saboter les autres ! Qui vous en empêche ? La liberté d'expression n'a jamais été aussi totale et absolue qu'en Tunisie!
HORRIBLE
et quelle honte !!!
PAUVRE TUNISIE vendue aux " vendeurs d'Allah" et de roses chimères !
UNE HONTE !!