Impressionnant dispositif de sécurité à l’entrée du luxueux hôtel Acropolium des Berges du Lac, entre service d’ordre privé et quelques policiers quadrillant le périmètre. Première déception : pas un mot sur les rumeurs de tentative d’assassinat.
« BCE a fait du BCE ». C’est en somme ce que les militants du nouvellement créé Nidaa Tounes retiendront jeudi au bout d’une heure et demie d’un speech assez convenu.
Qu’il soit l’incarnation du prestige de l’Etat pour les uns ou le représentant d’une alternative de type « droite sécuritaire » pour d’autres, Essebsi était censé être le grand bénéficiaire du vendredi noir 14 septembre, date de l’attaque sur l’ambassade américaine qui, pour beaucoup, porte un coup fatal au pouvoir nahdhaoui, une nouvelle fois incapable d’assurer les minimas d’une gestion de crise.
Si au final l’ex Premier ministre n’a pas exploité outre mesure cette actualité, c’est probablement parce que durant son propre mandat provisoire à la tête de l’Etat, il dût faire face aux mêmes difficultés avec les mêmes groupes salafistes, mais cela dit dans le contexte d’institutions encore plus affaiblies à l’époque.
La date fatidique du 23 octobre dans tous les esprits
Au-delà des quelques attaques sur le ton de l’ironie, caractéristiques du style Essebsi, notamment en direction des détenteurs de portefeuilles ministériels qu’il connaît le mieux (l’Intérieur et les Affaires étrangères), BCE s’est focalisé sur l’échéance du 23 octobre prochain, signe que l’objet principal de la conférence était déjà arrêté depuis un certain temps.
Cette fois, l’accusation est explicite : « J’espère me tromper, mais je ne pense pas que ce gouvernement prépare sérieusement des élections », insistera-t-il à plusieurs reprises. Des soupçons jugés sans fondement par des membres du CPR et d’Ennahdha qui, quant à eux, accusent la coalition d’opposition al Joumhouri - al Massar - Nidaa d’être à l’affut de la moindre faiblesse gouvernementale pour faire le forcing et glaner une part du gâteau du pouvoir.
Essebsi ne s’en cache pas, il a réitéré aujourd’hui son offre de main tendue à Ennahdha qui, selon lui, « ne pourra pas s’en sortir seul ». Pour ce faire, il a proposé de revenir le 24 octobre à la même légitimité qui lui permit de gouverner avant les élections : celle du consensus.
Pour l’instant, le pouvoir en place ne l’entend pas de cette oreille. Le chef de Nidaa Tounes a ouvertement accusé les alliés de gauche d’Ennahdha (CPR et Ettakatol) de dissuader le parti islamiste de toute velléité d’alliance avec ce qu’ils considèrent comme des « azlem », les « restes de l’ex régime ».
Rien de nouveau sous le soleil
L’intellectuel Hamadi Redissi et les avocates féministes Bochra Belhaj Hmida et Saïda Garrach ont fait une entrée remarquée parmi les nouvelles recrues. Mais ce sera tout pour les nouveautés.
En attendant de pouvoir éventuellement travailler « main dans la main avec Ennahdha » comme il le souhaite, le parti de « Bajbouj » peine à se trouver une identité et tarde à publier un programme. Seules les grandes lignes d’une vision d’avenir ont été distribuées dans une brochure de presse.
De quoi décevoir ses propres élites militantes qui, à l’image de Mustapha Stambouli, dénoncent « une intervention plate adressée beaucoup plus à des fans que pour la Nation. »
Le paysage politique tunisien semble s’installer chaque jour un peu plus dans le fatalisme et la morosité.
Seif Soudani

