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La chronique du Tocard
Droit de vote pour Tous et tu fermes ta gueule

Comme ça, je suis chez moi, un bas de jogging noir sur le cul, un pullover sur le dos et j’ouvre mon balcon. Je hais ce jogging : il me rappelle Bagdad et la prison. Il me rappelle la fille au bonnet noir, elle me l'avait offert avant de partir pour l'Irak.

 

... (par:Nadir Dendoune) [Lire la suite]
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N° 70
N° 70 - Mai 2013
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Les zones de sécurité prioritaires ont-elles changé la donne ?
 
 

La chronique du tocard. En route pour Bagdad (1) : Le visa

lundi 14 janvier 2013
Par Nadir Dendoune
La chronique du tocard. En route pour Bagdad (1) : Le visa

 

Le visa avait changé de gueule. Forcément, nouveau régime rime avec nouveau visa. Il avait meilleure mine, mais ça ne veut rien dire, attendons d’arriver sur place. Je l'ai regardé comme on regarde une lettre de mutation, en se demandant si c’est du pain béni ou si c’est un cadeau empoisonné. J’avais promis, il y a dix ans, aux Irakiens, que je reviendrai les voir, une fois les Américains partis. Et je tiens toujours mes promesses : j’aimerais parfois être différent parce que tenir ses promesses peut vous mettre dans la merde, mais je suis un mec à l’ancienne, pour ceux qui comprennent le terme.

L’année dernière, Obama a fait évacuer les dernières troupes. Même s’il reste quelques soldats sur place, les Américains, sur le papier, ont quitté l’Irak. Enfin, tout le monde sait qu’on peut être quelque part, sans l’être physiquement. Je me suis renseigné sur le temps qu’il faisait là-bas pour pouvoir ramener les fringues qu’il fallait. Quatre à cinq degrés…en journée.

 

Il y a 10 ans, mon passeport algérien était en odeur de sainteté. 

Plus maintenant : l’Irak a vraiment changé.

 

J’ai eu le visa en bataillant comme un lion. Il y a 10 ans, j’avais présenté mon passeport algérien et obtenu mon visa pour l’Irak en 10 minutes. Hier, l’ambassade irakienne à Paris m’a appelé pour m’annoncer la bonne nouvelle. Je n’y croyais plus, quatre semaines après avoir fait ma demande et surtout après avoir entendu de la bouche de certains officiels irakiens qu’on ne délivrait plus de visa pour les journalistes. Le ministre des Affaires Etrangères irakiens avait pris cette décision. Pourquoi ? Je n’avais pas pu obtenir de réponse. 

Il y a 10 ans, un gars, la quarantaine, moustachu, un fort accent arabe, m’avait accueilli avec le sourire d’un gagnant du Loto. J’avais même eu droit à un thé et des biscuits et à une franche accolade. Le régime irakien de l’époque soutenait tous les candidats au départ. Peu importe les raisons qui vous poussaient à débarquer sur place. On était en mars 2003 et les Irakiens étaient désespérément à la recherche de soutiens.

La menace se faisait de plus en plus pressante. Les Américains avaient prévenu : ils attaqueraient l’Irak coûte que coûte, avec ou sans l’aval des Nations-Unies. Colin Powell, ministre américain des Affaires étrangères de l’époque, avait pourtant mouillé la chemise en exposant, « preuves » à l’appui, la motivation de son pays à attaquer l’Irak, qui représentait selon eux et leurs alliés, deux ans après le 11 septembre 2001, une menace sérieuse pour le monde libre. Personne n’était dupe. La sauce n’avait pas pris. Le monde entier était descendu dans la rue pour dénoncer cette guerre. 

Il y a un mois, je suis parti déposer ma demande de visa. C’est à dire, le double de mon passeport australien (le français a deux tampons israéliens et ça risque d’être problématique si je veux pénétrer à Bagdad), deux photos d’identités, le double de ma carte de presse et une lettre de mission du Monde Diplomatique. Il y a 10 ans, mon passeport algérien était en odeur de sainteté. Plus maintenant : l’Irak a vraiment changé.

Hier soir, j’ai rangé mes affaires, refait mon sac dix fois pour être sûr de ne rien oublier. Il était 22h. Après, j’ai essayé de dormir mais rien n’y faisait. A trois heures du matin, j’ai commencé à lire. Du Boris Vian. Efficace, sans fioritures. Mes yeux restaient toujours grands ouverts. J’ai pris un verre d’eau et j’ai avalé deux Doliprane de 1000mg avec l’espoir que les cachets allaient m’assommer. En vain.

Les minutes tournaient sur elles-mêmes alors je me suis levé et je me suis mis sur mon balcon. J’avais un bonnet sur la tête et une écharpe autour du cou. Une pluie fine trempait le sol. Le pont de Villeneuve-la-Garenne, illuminé de toute part, resplendissait de beauté. J’apercevais la Tour Eiffel, elle aussi éclairée à chaque fois que le jour rendait l’âme. Il faisait assez doux en cette mi-janvier. Juste en dessous de mes pieds, la Seine était à un niveau élevé. Je regardais droit devant moi comme on le fait à chaque tournant de sa vie. Heureux, excité, et anxieux. Je repartais dans quelques heures en Irak. Bien qu’on me l’ait déconseillé fortement. Mais ça j’ai l’habitude et c’est ce que disent les gens qui vous aiment…


 

Commentaires
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#2 vallade
Nadir, après avoir lu ton premier bouquin je me suis dis que tu étais quelqu'un de fou ou bien que tu avais une haute radicalité humaniste. Je suis maintenant sur d'une chose, qui est que tu es les deux à la foix. Je suis heureux d'avoir fait ta connaissance.
Je te souhaite un bon voyage et aimerai te revoir bientôt pour t'entendre nous donner des nouvelles de ce pays et de ses habitants.
14-01-2013 19:47 Citer
#1 Jerome Anaya
Take good care of yourself. I cannot wait to read you more. All the best.

J
14-01-2013 18:02 Citer
 
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