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La chronique du Tocard. L'Amour Gnoule....

 

« L’amour en cité », le doc d’une consoeur, une des rares journalistes à bien faire son boulot quand on parle de la banlieue, venait d’être diffusé hier soir, sur France 4. En éteignant le téléviseur, ce que j’avais vu et entendu a commencé à résonner dans ma tête toute la nuit.

 

... (par:Nadir Dendoune) [Lire la suite]
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N° 87
N° 87 - Décembre 2014
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Nicolas Sarkozy sera-t-il condamné ?
 
 

Tunisie. Enquête sur le financement des Ligues de protection de la révolution

mardi 22 janvier 2013

Pas un jour ne passe en Tunisie sans que les « LPR » ne fassent parler d’eux. Dans cette phase de précampagne électorale, l’argent politique est le nerf de la guerre. Or, en s’intensifiant, l’action des ligues et des comités, souvent violente, favorise des partis au détriment d’autres qu’elle intimide. La motivation révolutionnaire désintéressée est-elle, comme ils le prétendent, le seul moteur des membres de ces ligues ? Malgré l’opacité inhérente à la question, nous avons enquêté et abouti à quelques éléments de réponse. 


 


Il convient d’abord de dresser une typologie du réseau complexe que sont devenues ces entités dont la genèse remonte dans de rares cas à l’avant-révolution.

 

1. Les comités de quartier (Lijén). Ce sont les plus anciens. Rebaptisés « comités révolutionnaires », pour ceux qui ont choisi de se constituer légalement en institutions permanentes, leur création a un caractère initialement spontané, et remonte aux évènements de la révolution. Pour autant, ils n’échappent pas à la récupération et à l’infiltration politique en aval.

2. Les ligues de protection de la révolution, chapeautées par la Ligue nationale de protection de la révolution (LNPR) de Mohamed Mâalej (que nous avions interviewé ici en octobre dernier). Ce sont les plus tardives, fondées officiellement le 14 juin 2012 comme en atteste le Journal Officiel (JORT). Il s’agit d’une constellation de bureaux locaux, disséminés sur tout le territoire du pays, dont le nombre est en constante augmentation.

3. Les électrons libres. Ce sont les plus difficilement traçables. Ce sont aussi les plus violents. Imad Dghij (vidéo ci-dessus), chargé de ce qu’il a baptisé « les hommes de la révolution du Kram », est emblématique de cette frange très active. C’est lui qui mène notamment une attaque sur l’ambassade américaine, septembre 2012, parallèlement à l’assaut des salafistes, comme en atteste ce document vidéo commenté de sa propre voix.

Cette distinction prise en compte, il faut savoir que ces 3 organisations fonctionnent cependant avec une parfaite coordination. De leur propre aveu, ils font appel les uns aux autres (par téléphone, réseaux sociaux…), quand ils ne mènent pas des actions communes. Les 3 sont mus par les mêmes idéologies conservatrices, exècrent la gauche, et sont pro islam politique. Leurs manifestes précisent bien qu’ils entendent « réhabiliter l’identité arabo-islamique » de la société.

Là où la Ligue nationale, active à Tunis, du docteur vétérinaire Mâalej, compte dans ses rangs des chefs instruits, les électrons libres et les comités sont très souvent issus quant à eux des mouvances des ultras des stades de football

 

Le financement, la logistique 

Interrogé directement au sujet du financement, Imad Dghij botte en touche. Sa réponse se résume à « nous sommes pauvres, nous faisons avec les moyens du bord, et ceux qui posent cette question sont mal intentionnés ».

Cet ex professeur de mathématiques n’exerce plus dans les lycées et dit vivre des cours particuliers qu’il continue à donner. Selon lui, ses hommes quittent parfois leurs métiers pour se consacrer à la protection de la révolution, « en bénévoles ».

Au Kram, c’est une ex cellule du RCD désaffectée qui leur sert de local. Confisquée puis transformée en petit QG de jeunes sans emploi. A la question de savoir comment faire pour adhérer, Imad se contente de rétorquer : « Vous nous accompagnez, vous êtes avec nous, c’est tout ! Vous êtes considérés comme étant des nôtres ».

Ce n’est pas le cas pour les ligues dépendant de la Ligue nationale de la révolution. Nous nous sommes procuré le formulaire d’adhésion que celles-ci proposent à leurs nouveaux membres de remplir, sans pour autant être connues pour leur prosélytisme. Le champ réservé au montant du don est laissé à la discrétion des membres.

Interrogé sur l’origine des ressources financières des ligues, Mohamed Maâlej affirment qu’elles proviennent « essentiellement du mécénat des citoyens révolutionnaires », de l’argent des adhérents et du financement public.

Dans une enquête sur un réseau de trafic d’armes datée du 8 janvier 2013, Nawaat.org révèle d’une façon contingente les méthodes employées par deux militants d’Ennahdha appartenant par ailleurs au LPR, pour extorquer une somme de 6000dt à l’homme d’affaires Fathi Dammak, en plus d’autres sommes versées régulièrement à titre de dons à une association caritative islamique, afin de gagner les faveurs des nouveaux hommes d’influence.

 

Quel cadre légal pour le financement public ?  

En tant qu’ONG et qu’associations à but non lucratif, les ligues n’ont pas de comptes à rendre à l’administration fiscale. Une simple tradition non contraignante veut que les associations publient leurs comptes, selon un règlement intérieur, chaque année ou chaque tenue annuelle d’une réunion de ses adhérents.

Nous avons contacté le secrétaire général du gouvernement, Ridha Abdelahfidh, pour nous enquérir du cadre légal qui régit aujourd’hui des associations telles que les LPR.

Il affirme que c’est « le décret-loi relatif à l’organisation des associations en date du 24 septembre 2011 » dont dépendent les ligues « à l’instar de toute autre association ». Le texte en question assouplit les conditions nécessaires à la création d’associations, là où elles étaient jadis étroitement contrôlées par le ministère de l’Intérieur.

Il stipule qu’« en cas de non-respect des dispositions de la loi, elles ne seront plus soumises à des mesures répressives, comme l’emprisonnement de leurs membres. Seul un avertissement doit être adressé par le secrétaire général du gouvernement en cas de violation des articles 3 et 4 (traitant de la question de la violence). Les décisions de suspension des activités ou de dissolution d’une association ne peuvent plus être prononcées que par un magistrat. »

C’est précisément cette procédure que Ridha Abdelahfidh a initiée à Tatouine à l’encontre de la ligue locale de protection de la révolution, suite au lynchage de Lotfi Naguedh. Mais il ne l’a initiée, en décembre 2012, qu’après avoir été saisi par des partis politiques ayant signé une pétition d’al Joumhouri.

Le Premier ministère précise pour finir que le financement public n’est que ponctuel, assuré par les autorités locales (mairies et gouvernorats) en cas d’approbation de subvention d’une activité culturelle ou évènementielle.

 

Témoignages sur le financement illicite

Face à l’opacité qui entoure les liens entre certains partis et les ligues, de plus en plus de témoins alertent les médias et des figures publiques face à de flagrants délits de financement occulte. Derniers en date, ceux révélés par Yassine Brahim et Bochra Bel Hadj Hmida.

Le premier fait la lumière sur un mode d’auto financement basé sur les primes et les privilèges sociaux, dans les couches sociales les plus défavorisées. Il rapporte ainsi que dans la région de Zaghouan, une appartenance aux ligues garantit une embauche comme travailleur municipal.  

Quant à l’avocate, elle dit détenir la preuve d’une conversation entre mercenaires ou éléments  « loués » des ligues de la banlieue nord, venus récemment l’expulser du mausolée incendié de Sidi Bou Saïd, et qui le lendemain se disputaient autour du bien-fondé d’accepter une aussi petite somme que 250 dinars.

A Kairouan, les LPR ont débarqué et battu ce week-end le pdg de Sabra FM, une chaîne radio privée. Pour de nombreux observateurs, derrière le financement opaque se trouve une probable explication partielle à l’impunité dont jouissent les ligues.

L’ancien régime était connu pour être généreux avec les associations qui lui étaient loyales. Avec l’hégémonie de l’actuel parti au pouvoir, mais aussi son isolement, les Tunisiens craignent qu’on se dirige vers un même modèle au nom de la révolution, d’autant que les membres des LPR ont encore été aperçus au stand d’Ennahdha le 14 janvier, où ils jouissaient visiblement d’une grande proximité avec les dirigeants.

Seif Soudani


 

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