Note de lecture.Chaque action humaine est attention, soin et vénération

Portrait de Anna Maria Ortese (1953 ), romancière, essayiste, journaliste, nouvelliste et poétesse italienne, auteur de « Des petites personnes », un ouvrage édité par Actes Sud, et traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli. LEEMAGE / AFP

« Qu’ai-je donc fait de cette vie vivante que j’ai consommée en cinquante ou soixante ans ? me demandai-je. Et je vis que je n’en avais presque rien fait, à part écrire deux ou trois livres. Je me demandai anxieusement si, dans ces livres, j’avais mis de l’humanité, de la gratitude et du respect pour la vie. Je n’en fus pas sûre. J’avais vécu en croyant que la culture est une chose, et que la vie en est une autre. Dans un certain sens, c’est vrai, mais pas en ce qui concerne nos actions. Je me dis que chaque action humaine, une fois que l’on a appris et compris le corps de la vie, devrait être, au niveau culturel, attention, soin et vénération ». 

Quelques mots, quelques lignes mais déjà tout un programme dans cet aveu de Anna Maria Ortese. Il m’est rarement arrivé de vouloir visualiser le visage d’un auteur, en général, le texte parcouru est suffisant pour se faire une idée du personnage qui se cache derrière ces lignes mais avec Anna Maria Ortese, l’auteur des « Petites personnes » , je me suis amusé à imaginer le visage de l’écrivaine, scrutant  les plis des rides de son visage, cherchant à percer les traces de cette angoisse existentielle que j’ai ressentie à la lecture de l’ouvrage.

Or une petite recherche sur le net me fait tomber nez à nez avec une dame d’une grande beauté, une photo en noir et blanc qui rappelle les clichés des stars du cinéma muet. Si mon cœur n’était pas déjà pris et la dame décédée, j’aurais peut-être eu quelque espoir à la rencontrer. Plaisanterie à part, qu’est-ce qui a motivé ce désir assez étrange ? C’est la lecture d’un si beau texte un plaidoyer tout en poésie pour la cause animale qui remet en question la véritable animalité qui est en nous.

La traduction toute en nuances de  Marguerite Pozzoli rapporte sans le trahir, ce cri du cœur de l’auteur qui «  considère les Animaux comme des “Petites Personnes”, des “frères” différents de l’homme, des créatures dotées d’un visage, de beaux et bons yeux qui expriment une pensée, et d’une sensibilité enclose, mais qui a la même valeur que la sensibilité et la pensée humaines » !

Pour le Don Quichotte qui sommeille en moi, cela fait bien longtemps que je n’avais pas entendu un cri du cœur aussi sincère pour la douleur, le mal subi en silence pour les plus faibles. L’originalité, résidant cette fois-ci dans le fait que les plus faibles sont des animaux, voire des végétaux. Cela m’interpelle d’autant plus que le croyant en moi se remémore ce fameux verset du Coran qui dit « tous les animaux et les végétaux glorifie le Nom de Dieu mais vous ne saisissez pas ces louanges » !

Abdellatif El azizi

Au nom des « petites personnes »

De Anna Maria Ortese, romancière, essayiste, journaliste, nouvelliste et poétesse italienne est décédée en 1998. Chez Actes Sud ont déjà paru douze textes, romans, recueils et nouvelles, dont Tour d’Italie (2006), Aurora Guerrera (2008) et Mistero Doloroso (2012).

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