Depuis 16 ans, Jacques-Marie Bourget, journaliste grièvement blessé par l’armée israélienne, se bat pour obtenir réparation

Jacques-Marie Bourget journaliste à Paris Match, le 21 octobre 2000 grièvement blessé au poumon par une balle de M16 tirée par un soldat israélien, secouru par le Croissant Palestinien. Crédit photo : Thierry Esch

 

Jacques-Marie Bourget est journaliste. Il a travaillé pour les plus grands médias français. Il a été grand reporter à L’Express, VSD, et à Paris Match. C’est pour cet hebdomadaire qu’il part à Ramallah, en Cisjordanie Occupée en 2000 alors que la seconde intifada vient de démarrer. Le 21 octobre, il est grièvement blessé au poumon par une balle de M16 tirée par un soldat israélien. Gisant à terre, les Israéliens refusent de le soigner.

Le président Chirac interviendra directement. Jacques-Marie Bourget est alors évacué d’urgence vers la France. Depuis 16 ans, il se bat pour faire condamner l’Etat israélien et être enfin reconnu comme victime par l’Etat français. Rencontre.  

LCDL : Que s’est-il passé exactement le 21 octobre 2000 ?

Jacques-Marie Bourget : Mon avion était prévu pour le soir alors j’ai proposé au photographe qui m’accompagnait d’aller faire un tour à Ramallah. On arrive à une grande place et on se met à discuter avec des jeunes Palestiniens, « des teneurs de mur », comme on dit. C’était bon enfant et on a fini par s'assoir à même le sol. Je précise que personne n’était armé. On discutait c’est tout. Et en me relevant, j’ai reçu une balle dans le poumon, juste au dessus du cœur. Un miracle que je ne sois pas mort. Parce que le soldat israélien cherchait à me tuer. Je tombe à terre et je perds connaissance. Ce n’était pas une balle perdue mais clairement un acte délibéré.

Que se passe-t-il ensuite ?

Les services de sécurité ont demandé de l'aide à leurs homologues israéliens qui ont refusé de venir me secourir, alors le Croissant Palestinien m'a emmené  à l'hôpital. Sur place, il y avait une queue énorme avec tous ces enfants qui venaient me proposer leur sang. J'ai été opéré pendant 20 heures. Les Palestiniens m'ont sauvé la vie. Un avion spécial m'attendait à l'aéroport mais les Israéliens refusaient que l'ambulance du Croissant Palestinien accède au tarmac. Alors, le président Chirac a appelé en personne et la situation s'est débloquée. J'étais dans le coma mais on m'a raconté qu'au pied de l'avion, il y avait des tireurs d'élite. Un peu comme si j'étais un colis piégé.  

Vous arrivez en France et on vous emmène à l'hôpital Beaujon...

Oui et pendant une semaine, parce que je suis dans le coma, je suis placé en réanimation. À mon réveil, j'ai dû faire des mois de rééducation. J'ai toujours, 16 ans après, un bras gauche qui fonctionne mal parce que les nerfs ont été coupés. 
Mais vous savez ce qu'est le plus dur pour moi? Le plus dur c'est que ça fait 16 ans qu'on me crache à la figure. Et psychologiquement, c'est dur. Très dur. On me traite de menteur. J'ai porté plainte contre l'Etat israélien et le juge d'instruction n'a rien fait. Des experts balistiques ont fait analyser la balle qui a failli me transpercer le cœur et pour eux, il ne fait aucun doute : cette balle a été construite par une entreprise israélienne. Une juge à Paris a essayé de faire son boulot et a  demandé une commission rogatoire internationale mais l'Etat d'Israël a répondu que pour des "raisons de sécurité", et que parce que l'enquête était secrète, il ne pouvait donner suite à ses demandes. Puis, les autorités israéliennes ont conclu que c'était les Palestiniens qui m'avaient tiré dessus ! En 2011, la juge n'a pas eu d'autre choix que de classer l'affaire. 

Où en êtes vous aujourd'hui ?  

En première instance, le tribunal de Paris m’a donné tort, me disant qu'il n'était pas compétent pour juger cette affaire. Que les journalistes en zone de conflit sont comme les militaires et qu'ils doivent être jugés par un tribunal militaire ! Heureusement pour moi : la Cour d'appel en septembre 2015 m'a reconnu en tant que victime. Mais le fond d'indemnisation (tutelle de l'état français) a décidé de se porter en cassation. Alors, j'attends. J'attends toujours, 16 ans après, qu'on me rende justice. 

Les médias français n'ont pas trop parlé de votre histoire. Paris Match, l'hebdomadaire pour lequel vous travailliez au moment des faits, vous-a-t-il soutenu ?

Au début, oui, mais très vite, mon journal m'a lâché. J'étais pourtant salarié à Paris Match. Les syndicats de journalistes,  comme la CGT ou SNJ me soutiennent. Mais à part eux, il y a un black-out total de la part de mes confrères. Les médias me tournent le dos.

Comment vous l'expliquez ? 

Je ne sais pas. Peut-être que c'est dû au fait que je ne suis plus dans leur réseau. Et puis, on connaît leur frilosité quand il s'agit de critiquer Israël.

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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