Maroc.Dictionnaire scatologique

Noureddine Ayouch, patron de Shem's, une entreprise de communication marocaine.

On peut reprocher ce que l’on veut à Nourredine Ayouch mais il faut lui reconnaître au moins un talent : celui de maîtriser parfaitement les codes de son métier de communiquant. Il connaît bien sa leçon, quand il décide de faire une sortie, il calcule les moindres détails de son coup. Le fils de pub  vient de pondre un dictionnaire de darija (l’arabe dialectal) qui est à la linguistique, ce qu’est le hip hop à la musique classique.  

Un petit tour d’horizon de ce fascicule vous met tout de suite dans le bain : cet inventaire non exhaustif des mots de la dajira, est tout sauf un dictionnaire puisque les mots recensés sont expliqués en dialecte marocain (plus précisément casablancais), ce qui fait que ni le néophyte, ni le Marocain lambda n’y trouveront leur compte.

Par contre, ceux qui veulent étoffer leur répertoire de gros mots, il y a bien de la matière. Le respect dû à nos lecteurs nous interdit de reprendre les gros mots, les insultes et les mots crus, incorrects, indélicats obscènes, scatologiques, ceux qui offensent la pudeur, la morale, les codes de politesse dont est truffé le fameux dictionnaire.  Avec une prédilection pour le domaine sexuel, qui fournit le corpus le plus abondant de ce texte comme si les Marocains n’ont que ça à la bouche.

Chacun, selon son milieu, la qualité de son éducation, sa moralité en fera son livre de chevet ou le mettra à la poubelle, à moins que le concepteur ait eu besoin dans un grand élan humanitaire de refaire l’éducation  des locatrices des « maison de tolérance » !

Pourquoi un dictionnaire de la darija, en quoi ce projet est-il si urgent que le patron de l’agence Chems en fasse son principal cheval de bataille ? « La darija est une langue comme toutes les langues et comme toutes les langues, elle mérite son dictionnaire. Une langue qui est parlée par 90% de la population ne peut pas être mise de côté, nous n’avons pas à avoir honte de notre langue. Quand on parle avec la famille, les amis, l’entourage, ce dictionnaire peut aider à chercher un mot comme on irait chercher dans le Rober t», explique l’intéressé aux médias.

Nourredine Ayouch qui défend corps et âme la nécessité de se doter d’un « Robert » décomplexé, dans un pays où les doctorants ne maîtrisent ni la langue de Molière et ni celle de Mahmoud Darwich, oublie d’expliquer les dessous de cette guéguerre qu’il mène depuis longtemps pour imposer son point de vue.

Ayouch serait-il donc en guerre ? Contre qui ? Contre les bigots de l’islamisme ambiant ou contre le royaume du respect des traditions, ce Maroc soucieux de la moralité de ses sujets, qui veut soigner l’éducation de sa progéniture ?

Contrairement à ce qu’il avance, Ayouche est bien porteur d’une idéologie, il défend un clan contre un autre, ce qui est son droit. Sauf que le personnage veut entraîner le pays, nous entraîner dans son combat, par ses postures, il nous somme de choisir notre camp, avec ou contre. A la violence religieuse des islamistes qui n’ont rien à voir avec l’islam, le Maroc, laïc ( qui n’a pas le courage de la proclamer) et dont lui se réclame, oppose une autre violence, un intégrisme qui s’apparente au  fameux « interdit d’interdire de mai 6 ! » sans la sincérité et le fun de la révolution. Une approche qui envisage la religion comme agressive et le libertarisme, voire le libertinage comme remède, est absurde.

C’est plutôt cet intégrisme des libertés justement, quand il se considère comme la seule religion valable, qui fait preuve d’intolérance. On a pu parler d’une « guerre des deux Maroc », le Maroc traditionnel, celui hérité de siècles de religion musulmane (je précise bien, la religion musulmane et non pas celui de l’islamisme, ces Tartuffes qui usent et abusent de Dieu) et le Maroc révolutionnaire, républicain à l’origine et qui, depuis, a mis de l’eau dans son vin après la chute du mur de Berlin et le « démasquage » de ses icônes.

Deux minorités qui se détestent cordialement et tiennent en otage une population qui, pour sa part, rêve toujours d’un espace de vie commun à tous les partenaires de la société, et non d’une guerre des uns contre les autres.

Abdellatif El Azizi

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