Dossier du Courrier.Adoption, les chemins de la parentalité

Crédit photo : Norah Levine/Mint Images/AFP

Adopter un enfant engage les futurs parents dans une procédure longue et éprouvante, quelle que soit la forme juridique choisie. A la clé : une famille se construit, des liens se créent, mais la filiation, elle, n’est pas automatique. 

“Nous avons adopté notre fille en Ethiopie il y a huit ans, raconte Inès. Nous étions dans l’impossibilité avec mon mari d’avoir des enfants biologiquement, mais notre envie d’être parents était bien là, ancrée en nous. Je crois qu’on se pose encore plus la question de ce que veut dire la parentalité quand on adopte un enfant.” Cette question revient en boucle tout au long du fastidieux chemin que les parents adoptants doivent emprunter. Lesquels rencontrent tour à tour psychologues, pédopsychiatres, assistantes sociales…

La nuance entre adoption plénière, pratiquée en France, et kafala, procédure spécifique au droit musulman, ne change pas grand-chose à cet aspect. La vraie différence concerne la filiation. “Contrairement à l’adoption, qu’elle soit simple ou plénière, selon la législation française, la kafala n’entraîne pas de filiation. Elle consiste en la prise en charge d’un enfant mineur par une personne obligatoirement ­musulmane, après avoir rempli certaines conditions et formalités, explique ­Malika Bouziane, présidente de l’Association des parents adoptifs d’enfants recueillis par kafala (Apaerk).”

Une double reconnaissance

Et les formalités sont légion. “La démarche de la kafala s’apparente, elle aussi, à un parcours du combattant, confirme-t-elle. Les couples doivent obtenir du conseil général de leur département de résidence un agrément ou une enquête sociale. En ­parallèle, il faut le consentement des pays ­visés. L’Algérie et le ­Maroc, par exemple, délivrent également des agréments. Les postulants à une kafala sont donc tenus de recueillir une double reconnaissance.” Parmi les pays qui la pratiquent : l’Algérie, le Maroc, l’Arabie Saoudite, Bahreïn, l’Egypte, les Emirats arabes unis, la Jordanie, la Tunisie et la Syrie.

Chaque année, la France accueille environ 300 enfants en kafala. Il arrive ­parfois que des parents se convertissent à l’Islam pour ­répondre aux conditions requises. C’est le cas d’Amalia, célibataire de 40 ans : “J’ai entrepris cette démarche, car je pense qu’il est important que mon enfant soit élevé dans sa culture et ses origines. J’ai ­appris beaucoup sur cette religion et aussi sur la culture marocaine. Je sais maintenant lire et écrire l’arabe.”

Le droit de donner son nom

Les adoptants deviennent donc des parents à part ­entière et assurent bien-être, protection, éducation et scolarité à l’enfant, mais ils ne peuvent pas le faire ­entrer dans leur lignée, lui donner leur nom ou lui transmettre un héritage. “Néanmoins, la loi régissant la kafala confère, dans certains pays (au Maroc ou en ­Algérie, notamment), le droit au ‘kafil’ (l’adoptant) de donner son nom au ‘makfoul’ (l’enfant pris en charge), tempère Malika Bouziane. Sans toutefois qu’il soit ­inscrit sur son état ­civil. Cet acte juridique s’appelle la concordance de nom.”

Au fond, ces nuances juridiques sont assez secondaires par rapport à ce qui se joue : des parents et des enfants qui unissent leur destin. “Adopter, c’est aussi se faire adopter. La confiance se tisse peu à peu et donne à la relation parent-enfant une autre dimension. Les souffrances liées à l’impossibilité d’enfanter biologiquement disparaissent et laissent place à cet amour immense et ­inconditionnel”, conclut avec espoir Inès. 

Voir aussi : 

Adoption par kafala, témoignages de parents

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