Dossier du Courrier.Le business du ballon rond

crédit photo : Franck Fife/AFP

MAGAZINE DECEMBRE 2017

Diffusion, publicité, paris en ligne... Le football, un des sports les plus populaires du monde, est devenu un business ultra-lucratif... parfois sur fond de corruption. 

Les sommes stratosphériques dépensées l’été dernier sur le marché des transferts l’ont confirmé : le football a changé de galaxie. Les quantités d’argent brassées sont faramineuses. Un business qui doit faire aussi avec les affaires de corruption, notamment au sein des grandes instances que sont la Fifa et de l’UEFA (Blatter, Platini...).

Un joueur, un package

Grand feuilleton estival, Neymar, arraché à prix d’or au FC Barcelone, cristallise à lui seul cette nouvelle donne économique. Les 222 millions d’euros investis par le Paris Saint-Germain donnent le tournis, autant que les 30 millions de salaire annuels du Brésilien donnent la nausée. Pourtant, le montant dilapidé par les propriétaires qataris du club de la capitale n’est pas si fou. Malgré un certain dégoût exprimé par une frange du public, qui vomit sur cette sorte d’indécence, le foot continue à attirer les foules et à susciter les passions.

Le coût pharaonique de Neymar correspond aux nouveaux critères du foot actuel. Aujourd’hui, les joueurs de football sont devenus de véritables produits marketing, des supports de merchandising qui génèrent d’énormes rentrées d’argent. Enfin, pour les plus célèbres d’entre eux. En 2017, on n’achète plus un simple joueur, mais un package complet. L’image du footballeur est entrée au cœur des négociations, car elle permet d’attirer les sponsors, de décrocher d’importants contrats publicitaires et de générer des ventes. Avec environ 180 millions de followers (Facebook, Twitter et Instagram confondus), Neymar est une formidable vitrine. Car derrière chaque fan se cache un consommateur potentiel et les clubs ont complètement intégré cette notion. Sa notoriété fait donc de “Ney” un gros coup sportif, marketing et médiatique.

De rares sanctions

Malgré son prix démesuré, le transfert de Neymar pourrait être rentabilisé via la revalorisation des contrats du sponsoring et de l’équipementier (Nike), les ventes de maillots, de places ou de divers produits dérivés, sans oublier les opérations commerciales et publicitaires, notamment via ces fameux réseaux sociaux. L’impact de ce type de transferts sert l’image du club, et par ricochet, celle de la Ligue 1 toute entière. En attirant de telles stars, le PSG renforce la visibilité de notre championnat à l’étranger, de quoi renégocier à la hausse les droits télévisuels.

Dans le foot moderne, l’argent est roi et les puissants dictent leurs lois. Alors qu’il doit réguler le marché des transferts, le fair-play financier se retrouve bafoué. Les sanctions prononcées sont rares, leur application encore plus... La menace censée planer au-dessus de la tête de ceux qui dépensent sans compter se retrouve trop souvent balayée d’un revers de main. L’habileté des avocats et la construction de montages financiers complexes frisent parfois l’art de la prestidigitation lorsqu’il s’agit de contourner les règles.

Fair-play financier ? Pour quoi ?

Cet été, le PSG version qatarie a donc dépensé 222 millions d’euros pour Neymar et “déguisé” en prêt le transfert depuis Monaco de Kylian Mbappé, qui devrait atteindre les 180 millions. De son côté, le Chelsea du milliardaire russe Roman Abramovitch a déboursé pas moins de 205 millions d’euros, alors que Manchester City, qui est aux mains d’investisseurs des Emirats Arabes Unis, a mis 240 millions sur la table. Dans le même temps, le leader de Premier League a cependant enregistré un nouveau record de recettes avec 534,2 M€ (11 % en billetterie, 43 % en droits TV et 46 % en recettes commerciales), soit une progression de plus de 20 % par rapport à l’an dernier !

Alors que ces clubs n’hésitent plus à faire des tournées marketing aux Etats-Unis et en Asie, pour y développer ces marchés en plein essor, la dictature de la télé pourrait bientôt programmer un PSG-OM à midi pour satisfaire les investisseurs chinois. Bienvenue dans le monde du foot-business... 

TRANSFERTS, QUI TOUCHE QUOI ?

Avec ses 222 millions d'euros, le transfert de Neymar a explosé le record de Paul Pogba (105 M€). Mais cet argent ne tombe pas directement dans la poche du joueur, qui peut néanmoins parfois jouir d'une juteuse prime à la signature. Il s'agit du montant de la transaction d'un club à un autre. Au passage, l'agent prend en général une commission de 5 à 10 %. Selon le règlement du statut et du transfert des joueurs de la Fifa, une contribution de solidarité est également reversée aux clubs qui ont participé à la formation d'un joueur, à raison de 0,25 % de l'indemnité totale par saison entre ses 12e et 16e anniversaires, puis 0,5 % par saison entre 16 et 23 ans. C'est ainsi que l’US Roissy-en-Brie et l’US Torcy (77) ont touché le jackpot en 2016 avec Pogba, récoltant 300 000 € chacun. Ce ruissellement est une bonne chose et permet de faire vivre certains petits clubs, mais reste encore insuffisant pour le monde amateur. Le pourcentage est jugé trop faible, alors que certains pestent contre la limite de 12 ans, car, un club qui forme un joueur de 6 à 12 ans ne touchera pas le moindre centime sur les transferts de son poulain.

DROITS TÉLÉ, UN ENJEU CAPITAL

Le marché florissant des droits télévisuels ne cesse de grimper. En France, la diffusion des rencontres de Ligue 1 s’est vendue à 748,5 millions d’euros par saison pour la période 2016-2020, soit une progression de plus de 20 % par rapport à la période précédente. Toutefois, notre championnat hexagonal n’est que le 5e européen le mieux rémunéré par ce levier, très loin derrière la Premier League anglaise : 2,7 milliards d’euros par saison (2016-2019) ! Les droits TV représentent un enjeu capital pour les clubs de L1 dont la plupart tirent la majorité de leurs revenus directement de cette manne financière. Désireuse de surfer sur l’“effet Neymar”, la Ligue de football professionnel envisage d’ailleurs d’avancer le prochain appel d’offres concernant les droits télévisuels en espérant dépasser le milliard par an à partir de 2020. Mais la flambée des prix pour l’acquisition des principales compétitions par les chaînes payantes (BeIN Sports, Canal+, SFR Sport...) n’est pas sans conséquence pour le supporter, contraint de s’acquitter d’un coût d’abonnement non négligeable pour suivre les prestations de son équipe préférée.

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