Dossier du Courrier."Nous sommes foot" et un peu plus...

crédit photo : Mucem / Yves Inchierman

MAGAZINE DECEMBRE 2017

Non, ce n’est pas incompatible. On peut aimer le football et la culture. On peut même les associer. C’est le pari réussi par Florent Molle et Gilles Perez, les deux commissaires de l’exposition “Nous sommes foot”, posée au sein du musée phare d’une ville qui “respire” football : Marseille. 

Le titre de l’expo peut laisser perplexe : “Nous sommes foot”*. Comme une affirmation qui ne laisse pas de place à ceux qui n’aiment pas. Avec cette volonté d’interpeller l’ensemble de la population sur le sujet, le voici replacé dans ce qu’il génère d’incroyable depuis sa création : son aspect universel, son accessibilité, sans distinction sociale, de races ou de genre... Car le football n’est pas simplement un sport. C’est aussi une histoire de passion, d’appartenance, de lien social, de politique et d’économie locale.Les commissaires de “Nous sommes foot”, dans leur volonté de n’exclure personne, ouvrent d’ailleurs leur exposition par un “sas anti-foot”. Espace dédié à ceux qui ne voient dans ce sport que l’ornière du “beauf”, du supporter violent ou du businessman avide.

Débarrassé de ses préjugés, le visiteur entame sa déambulation dans l’exposition en y entrant par un temple du foot aux allures de cathédrale. Une scénographie particulièrement aboutie, conçue et réalisée par les directeurs artistiques de Democracia. On se croirait sous les gradins d’un stade des années 1920-30, avec des structures en bois qui encouragent le visiteur à rejoindre des compartiments dans lesquels on peut contempler photos, vidéos, peintures, fanions et objets divers. Le sensoriel est à l’épreuve et l’on reste en éveil tout au long de l’exposition. Loin d’un cheminement didactique que l’on voudrait nous imposer !

Dans la première partie, “Passion”, l’interactivité est de mise et l’on peut, au choix, prier devant un autel dédié à “Saint Maradona” (et évoquer la religion dans ce sport), ou fouler la pelouse du stade Vélodrome de Marseille ou encore celle de San Paolo de Naples. On ressent dès lors ce sentiment incroyable qui saisit les joueurs avant leur entrée sur le terrain. Emotion et frissons garantis au cœur de ces temples de la ferveur populaire !

Un espace grillagé pour hooligans

Le côté populaire du foot, parlons-en justement. Que ce soit à travers les fanions de nombre de pays méditerranéens, les chants des “aficionados”, les ballons prêtés par des gamins… On s’immisce ici dans l’intimité des supporters, voire des “ultras”, de ce qui constitue en réalité la passion du football. Rien n’est oublié, pas même les hooligans, confinés dans un espace grillagé où les organisateurs laissent aux visiteurs la liberté de se rendre, ou pas.

Violences, foules nombreuses et bigarrées, attachement à son club local ou au maillot national, derrière ses mots se cache la deuxième partie de l’exposition : “Engagements”. Là, on découvre les joueurs qui ont refusé le fascisme, le nazisme et l’utilisation de leur discipline sportive pour convaincre du bien fondé d’une politique indigne. Comme ce fut le cas en Argentine, en 1978. On retrouve aussi des extraits de l’excellente série documentaire Les Rebelles du foot, réalisée par Gilles Rof et Gilles Perez, l’un des commissaires de l’exposition phocéenne. On redécouvre avec bonheur le Serbe Predrag Pasic, ce milieu de terrain qui a marqué les années 1990 en maintenant son école de football à Sarajevo, alors en proie à la guerre de Bosnie-Herzégovine. Ou encore la légende Rachid Mekhloufi, qui rejoint, en 1958, l’équipe du FLN pour participer à la création d’une nation en devenir. Des hommes d’honneur et des périodes sombres qui entretiennent l’imaginaire du supporter.

De l’argent à l’humain

Mais, l’argent-roi, ce ver dans la pomme – ou dans le ballon –, qui a biaisé le paysage sportif de ces dernières décennies, n’est pas occulté. Il est traité dans la troisième partie de l’exposition : “Mercatos”. Ici, d’autres compartiments s’offrent aux visiteurs, lesquels peuvent se remémorer les 45 tours de l’époque, les affiches ou les publicités commises par les joueurs, mais qui se trouvent également confrontés à la partie la plus sombre du football : la corruption… Cet argent-roi, qui foule au pied la notion de plaisir pour laisser place à des intérêts qui nous dépassent, nous, simples spectateurs dans l’arène des 90 mètres. Mais cette financiarisation n’est pas inéluctable et certains éléments de l’expo démontrent que le football peut aussi se révéler vecteur d’humanité. Pour preuve, cette dernière partie, “Prolongations”, nous rappelant que dans le football d’autres actions sont possibles, plus solidaires, plus humaines.

Que vous aimiez ou non le foot, en quittant le Mucem, vous ne verrez plus ce sport sous le même angle. Avec chevillé au corps une vision globale de notre société sous le prisme du “foot” qui nous fait dire que oui, “Nous sommes foot”, comme nous sommes finalement argent, violence, passion, engagement et culture. 

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