Edito. Tunisie. Retour des djihadistes : une paranoïa nationale et mondiale

Manifestation du dimanche 8 janvier 2017, Avenue Bourguiba

Un millier de Tunisiens ont manifesté le 8 janvier, Avenue Bourguiba, sept fois plus selon les organisateurs, pour dire « Non au retour des terroristes » en Tunisie. Mais de quoi parle-t-on au juste ? Contre quoi s’insurge-t-on en l’occurrence ?

Des portraits de Chokri Belaïd y ont été levés, mais aussi des portraits de Bachar Alassad. Parmi les slogans certes confus et non homogènes, « Ghannouchi assassin ! » ou encore « Laârayedh artisan du terrorisme ! », alors que les organisateurs et une partie de la presse locale nous assurent que la manif était « apolitique »…

Le débat qui fait rage en Tunisie à propos du présumé « retour des djihadistes des foyers de tension » est symptomatique de notre entrée dans l'ère de ce qu'il est convenu d'appeler « post-truth » (« post-vérité »), un monde où les faits ne comptent plus, une réalité parallèle dominée par le web, lui-même intoxiqué par les rumeurs et le complotisme révisionniste qui s'érigent en faits et vérités auprès de larges franges de nos sociétés.

Ainsi la défaite de la résistance syrienne à Alep implique dans l'esprit des pro-régime baathiste (probablement majoritaires en Tunisie) que le conflit syrien est terminé, et que ceux qu'ils tiennent pour « des milliers de daéchistes tunisiens » vont automatiquement et massivement rentrer, en charter, via l'aéroport Tunis-Carthage, ou on ne sait pas vraiment comment, pour se balader demain dans la nature urbaine.

Un climat anxiogène propice à la surenchère fantasmatique

Ce climat de psychose générale a résulté par exemple récemment en une rumeur déclenchée à l'aéroport Enfidha par des employés en proie à ces fantasmes, qui ont aussitôt contacté des médias lorsqu'ils ont vu deux avions atterrir dans cet aéroport secondaire en semi service. Quelques heures plus tard, il d’avèrera qu’il s'agissait de touristes russes entre autres. D’autres fausses alertes affluent quasi quotidiennement désormais, chaque fois que l’Allemagne ou d’autres occidentaux expulsent de simples Tunisiens en situation irrégulière.  

Dans l'esprit d'un certain nombre d’éradicateurs de tout islam politique, le djihadiste type est un jeune paumé qui au lendemain de la perte d'Alep a appelé ses proches pour arranger son retour. Les mêmes sont persuadés que Bachar Al-Assad est aujourd'hui en mesure de porter plainte devant la communauté internationale contre Moncef Marzouki et la troïka, pour avoir « encouragé au départ de djihadistes » depuis la Tunisie, ou encore pour une vague « responsabilité politique » dans les révolution arabes en voie de criminalisation.

« Oui, nous avons peur »... Cette phrase prononcée par Raja Farhat sur un plateau TV, mais aussi dans la manifestation bourgeoise de la capitale il y a quelques jours, résume tout. Le fait que toutes les peurs soient irrationnelles ne doit pas tout excuser, comme les appels inconstitutionnels au retrait de nationalité ou de peine de mort, typiques du vote « Trumpiste » et de l'esprit « tea-partiste » des droites populaires post delirium.

Seif Soudani

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