Algérie.Emeutes à Béjaïa

Algérie - Kabylie. Un bus de l'Etusa brûlé par les manifestants dans les environs d'Ighil Ouazoug, le 2 janvier 2016.

La Kabylie a renoué en ce début de l’année 2017 avec la protesta, et plusieurs blessés dans les rangs des manifestants et ceux des services de sécurité ont été déplorés. 

Ceux qui ont prédit une année difficile pour l’Algérie ont peut-être vu juste. En tout cas, 2017 vient d’être  étrennée de la plus mauvaises des façons avec,  au menu,  deux journées d’émeutes,  hier et aujourd’hui,  dans la wilaya de Béjaïa, en Kabylie, à 300km d’Alger. Le prétexte : une grève des commerçants  pour protester contre la pression fiscale du gouvernement, désavouée par l’Union générale  des commerçants et artisans algériens  (UGCA) qui s’en est lavé les mains.  

Pacifique au début, ce mouvement de protestation a vite dégénéré, hier dans la capitale des Hammadites,  en  affrontements violents entre des manifestants et les agents  de l’ordre quand ces derniers ont fait usage de bombes lacrymogènes pour disperser un attroupement au centre ville.

Résultat des courses, plusieurs jeunes et policiers ont été blessés et admis à l’hôpital.  Un bus du transporteur public Etusa a été brûlé et plusieurs édifices publics et privés, comme le showroom de l’entreprise Condor, ont été soit pillés soit détruits.

La protesta  a pris une telle ampleur qu’il a fallu aux autorités dépêcher  des renforts de CNS. Si la ville de Béjaïa a été plus au moins calme aujourd’hui  la contestation s’est toutefois propagée à d’autres localités comme Tichy, Sidi Aich ou encore  Akbou. Partout, des édifices publics (palais de justice,  Sonelgaz, impôts, etc.), voire même des commissariats, ont été pris pour cible par des manifestants. 

Un mouvement de protestation, pacifique celui-là,  a été également enregistré  à Bouira, une autre wilaya de Kabylie, cette région  à la culture contestataire bien ancrée qui en 2001 a perdu plus d’une centaine de ses enfants dans des affrontements sanglants  avec les services de sécurité, la gendarmerie notamment. 

La tournure prise par les événements ont fini par faire sortir le ministre de l’Intérieur et des collectivités locales, Noureddine Bedoui, de son mutisme qui, à partir de la wilaya de Guelma où il était en visite aujourd’hui, a dénoncé l’« incivisme » des manifestants. « S'affirmer, le plus souvent, par le recours à la violence et en imposant la fermeture des commerces est un acte d'incivisme », a-t-il lâché. «L'Etat algérien, avec ses institutions, ses lois et sa justice, est mobilisé pour préserver les biens publics et privés », a-t-il ajouté. Les manifestants apprécieront !

Avant lui, la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh) est montée au créneau, hier, pour appeler les citoyens au « calme » et surtout à « la vigilance ». « Nous déplorons cette situation de dérapage qui risque de mener le pays vers l’incertitude et le chaos et appelons à la sérénité pour éviter les dérapages. Restons vigilants », a indiqué la Laddh dans un communiqué. Et d’ajouter : «Seul un cadre pacifique serait en mesure de faire aboutir des revendications citoyennes toutes légitimes ».

Des partis d’opposition comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD)  et le Parti des travailleurs (PT) ont appelé eux aussi les citoyens à la retenue et à la vigilance au motif que la violence fait plutôt les affaires du régime en place. 

Yacine Ouchikh

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