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« C’est un communiqué administratif digne de la bureaucratie soviétique des années soixante ! » dénonce le metteur en scène, furieux. « Notre ministère de la Culture vient tout simplement de rendre pratiquement impossible l'organisation de spectacles avec des artistes étrangers », poursuit-il.
Confusion au ministère de la Culture
Renseignement pris auprès de son service presse, le ministère de tutelle nie dans un premier temps quoi que ce soit d’inédit dans sa réglementation.
Nous demandons alors à parler à un responsable. C’est alors que Sarah Cherif nous confirme que la direction chargée de la création musicale a bien émis ce communiqué dont elle nous détaille quelques aspects :
- Création d’une commission spécialisée pour statuer sur les demandes incluant une présence étrangère.
- Une lourde liste de conditions et de documents.
- La commission se réserve un délai de 30 jours pour prendre une décision finale.
« Imaginons que les pays arabes et européens ripostent selon le principe de réciprocité », demande Raja Farhat en guise de commentaire : « plus aucun artiste tunisien ne pourrait travailler dans ces conditions ».
Résolument libéral en la matière, l’auteur de « Bourguiba, la dernière prison », conclut par une préconisation d’indépendance : « Oui au respect des lois et des droits d'auteur, pour cela il y a une technique simple : le guichet unique et une procédure simplifiée et directe ! Il faut laisser le monde du spectacle s'organiser librement selon les lois du commerce. Un artiste et son groupe sont des prestataires de service comme les autres. Il faut alléger les dispositifs essentiellement policiers légués par la dictature. »
Toujours plus de repli et de fermeture
L’artiste ne croit pas si bien dire : c’est en vertu d’un décret daté de juin 2005(no 2005-1707) que le ministère de la Culture (anciennement de la Culture et de l’Information) devient le ministère tunisien chargé « d'exécuter les choix nationaux dans les domaines de la culture et de la Sauvegarde du patrimoine », « dans le cadre de la politique générale de l'État ».
Depuis son entrée au gouvernement Jebali, le contesté ministre Mehdi Mabrouk, officiellement indépendant, ex PDP puis proche de la mouvance conservatrice pro islamiste, défend une « approche réaliste de la création : oui à la liberté d’expression mais dans le respect du sacré », avait-il prôné lors de l’affaire Abdellia.
Ce qui n’est pas pour rassurer les artistes étrangers et binationaux.
L’évènementiel, un secteur sinistré
Raja Farhat nous oriente vers Mourad Mathari, gérant expérimenté d’une société bien établie dans l’événementiel, la production artistique, et l’organisation de concerts, festivals et événements institutionnels, dont le récent Jazz à Carthage qui connut un certain succès malgré les difficultés post révolution.
Dépité, il relativise cependant l’impact des nouvelles règles : « Cela existait déjà, je l'ai toujours décrié. Simplement, ils géraient les choses selon la tête du client. Il semble qu'ils souhaitent désormais compliquer les choses en appliquant stricto sensu les textes. »
« Sous la gouvernance de l’actuel ministre, il n'y a quasiment plus eu d'initiative privée, à part quelques passe-droits comme d'habitude à des opérateurs étrangers proches de nouvelle mouvance... » poursuit-il, ajoutant que les taxes restent le principal frein à ce genre d'initiatives.
Se voulant rassurant et moins opaque s’agissant de la diminution de son budget dont nous traitions en début de semaine, notre source au ministère de la Culture explique que « la baisse enregistrée dans le budget 2013 est limitée au budget de développement, destiné essentiellement la construction et à l'équipement des bibliothèques publiques, des maisons de la culture, des centres d'arts et des instituts de musique », indiquant que les subventions ne devraient pas en pâtir.
« C'est clair, la culture est un produit de luxe, surtout s'il est importé », ironisait à son tour l’éditorialiste Karim Benamor.
Seif Soudani

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