France.Abdellatif Kechiche ou l’histoire de la prise en charge de sa propre image au cinéma

Abdellatif Kechiche, ses actrices Léa Seydoux, à gauche et Adèle Exarchopoulos, à droite, avec la Palme d'Or du 66e Festival de Cannes, dimanche 26 mai 2013 / PASCAL LE SEGRETAIN / AFP

L’œuvre du cinéaste est un point névralgique dans cette réappropriation par la population d’origine maghrébine de la place des immigrés sur le grand écran. Ce postulat est le point de départ de l’auteur de « Le cinéma d’Abdellatif Kechiche », paru aux éditions Riveneuve.

Il s’agit d’un livre basé sur la thèse de doctorat d’Emna Mrabet, en études cinématographiques, intitulée « Contexte et développement du cinéma franco-maghrébin, l’exemple d’Abdellatif Kechiche ». L’auteur a choisi d’étudier l’œuvre du célèbre cinéaste parce qu’il est emblématique du tournant que le cinéma franco-maghrébin a pris ces dernières années. En effet, très peu voire aucune étude n’a été réalisée sur ce mouvement cinématographique, par ailleurs lié à l’histoire de l’immigration. C’est à ce manque que tente de pallier l’ouvrage d’Emna Mrabet.

Echapper à l’enfermement communautaire

L’auteur situe l’origine de cette évolution au moment de la sortie du film « Le thé au harem d’Archimède » de Mehdi Charef, un long-métrage « fédérateur », selon les termes d’Emna Mrabet, qui bénéficie d’une grande visibilité et donc, qui « ouvre la voie aux jeunes cinéastes d’origine maghrébine », parmi lesquels Rabah Ameur-Zaïmèche, Malik Chibane ou encore Karim Dridi. Depuis lors, la figure du travailleur immigré des années 70 laissera doucement place aux jeunes garçons ou filles d’immigrés, des années 80, « inscrits dans une dramaturgie existentielle en symbiose avec le monde français où ils ont grandi ». Dans ses films d’ailleurs, Abdellatif Kechiche « affirme sa volonté de raconter une histoire au détriment de la réalisation d’un film sociologique ». Ainsi, le cinéaste met un point d’honneur à ne surtout pas réaliser des « films communautaires », manifestation flagrante de ce « désir d’échapper à tout enfermement communautaire et culturel ».

Consécration institutionnelle 

Cette évolution décrite par Emna Mrabet verra son point d’orgue dans l’attribution de la Palme d’or du Festival de Cannes en 2013 à Abdellatif Kechiche pour « La vie d’Adèle », « une consécration institutionnelle », « un événement sans précédent dans l’histoire (…) de la prise en charge par la population d’origine maghrébine de sa propre représentation à l’écran ». « Si on n’existe pas à l’image, on n’existe pas du tout », disait déjà très justement Abdellatif Kechiche dans une interview aux Inrockuptibles en 2004.

Chloé Juhel

« Le cinéma d’Abdellatif Kechiche », d’Emna Mrabet, paru aux éditions Riveneuve

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