France-Algérie. « Cette invitation est une reconnaissance de mon travail accompli » : Karim Amellal qui a accompagné le président Macron en Algérie

A droite : Karim Amellal, écrivain et enseignant à Sciences-Po. Emmanuel Macron (C) au Maqam E'chahid, le Mémorial du Martyr à Alger, ce mercredi 6 décembre 2017. Crédit photo : DR

Karim Amellal est écrivain et enseignant à Sciences-Po. Il est également cofondateur du média en ligne Chouf-Chouf porté sur l’Algérie et de SAM Network, un projet vidéo encyclopédique. Il a 39 ans, le même âge que le président français Emmanuel Macron avec lequel il est parti en Algérie ce mercredi 6 décembre. Pour le Courrier de l’Atlas, il a accepté de nous raconter ce voyage un peu spécial.

À quel titre avez-vous accompagné Emmanuel Macron ?

Je suis binational, franco-algérien. J’ai vécu à Alger étant petit. Je suis aussi un Français « issu de l’immigration », comme on aime le dire. Je suis le produit de cette histoire tourmentée, mais aussi passionnelle, entre la France et l’Algérie. J’ai toujours œuvré au rapprochement entre mes deux pays : en enseignant en Algérie, en cofondant Chouf-Chouf, qui est suivi par plus d’1,5 million de personnes sur les réseaux sociaux, en encourageant de multiples initiatives franco-algériennes. L’Algérie sera aussi le thème de mon prochain roman, qui sortira en 2018. C’est à ces divers titres que j’ai accompagné Emmanuel Macron en Algérie, quelqu’un que je connais depuis longtemps. 

Avez-vous été contacté par les proches du président pour aller à Alger ?

Peu de temps après que la date du voyage ait été connue, j’ai en effet été contacté par la Présidence pour accompagner Emmanuel Macron au sein de la délégation officielle. Bien entendu, j’ai tout de suite accepté. Revenir en Algérie, mon autre pays, dans ce cadre, ces circonstances, et avec ce président jeune, que je connais, qui est de la même génération que moi, c’était une perspective formidable !

Un sentiment de fierté aussi ?

Effectivement. Pour moi, cette invitation est une reconnaissance de mon travail accompli, de mes engagements en faveur de la relation franco-algérienne, de la jeunesse des deux pays...

Racontez-nous un peu votre voyage...

Nous étions 15 « personnalités » invitées par le président. Il y avait des parlementaires, des chefs d’entreprises, des entrepreneurs, créateurs de startups, des intellectuels et artistes. Tous avaient bien entendu un lien très fort avec l’Algérie ou envie d’y faire des choses. Nous avons embarqué très tôt, ce mercredi matin à bord de l’avion présidentiel, puis nous avons atterri à Alger où le soleil brillait déjà. Le ciel était d’un bleu sublime, l’accueil solennel et chaleureux. Nous avons suivi le président dans ses déplacements, d’abord au « Maqam E'chahid » d’Alger, le mémorial du Martyr, où Emmanuel Macron, accompagné du président du Sénat algérien, a déposé une gerbe. Puis à la résidence de l’ambassadeur, où le président français a rencontré des intellectuels algériens importants, comme les écrivains Kamel Daoud, Boualem Sansal, le caricaturiste Dilem et d’autres, puis nous sommes allés tous ensemble à la conférence de presse, au dîner…

Quid des rencontres avec les dignitaires algériens ?

Nous n’étions pas avec Emmanuel Macron lors de ses rencontres bilatérales avec les autorités algériennes, ni bien entendu avec le président Bouteflika.

Quel bilan tirez-vous de cette micro halte de quelques heures à Alger du président français ?

J’ai été très ému de revenir en Algérie ainsi, en accompagnant un président qui a à cœur de renouer les liens d’amitié entre les deux pays. J’ai surtout senti qu’il avait envie d’œuvrer concrètement, en plaçant la jeunesse et la société civile au centre de son action, par-delà les turpitudes politiques, et en dépassant la question mémorielle, légitime, mais qui ne doit plus constituer un point de blocage, un frein entre la France et l’Algérie. Je suis surtout très heureux que la diaspora algérienne en France, les Franco-Algériens, mais aussi tous ceux qui « connectent » avec l’Algérie, soient placés au cœur de cette nouvelle relation. Les mots du président sur la réconciliation des mémoires de tous les enfants de l’Algérie ont été forts, importants. Et puis, il y a eu les annonces concrètes : la restitution à l’Algérie des crânes des résistants algériens, la création d’un fonds d’investissement franco-algérien, plus de visas pour que des étudiants algériens puissent faire des stages en France, une école sur le numérique à Alger…

Sur cette question algérienne, en quoi Emmanuel Macron est-il différent de ses prédécesseurs ?

Il est indiscutablement différent de ses prédécesseurs, déjà par son style, mais aussi parce qu’il appartient à une génération différente. Il est jeune, il a envie de faire des choses, de faire bouger les lignes, dans le respect mutuel et l’amitié. Il aime le peuple algérien qui, je crois, le lui rend bien. Il a dit des choses très fortes à Alger, a regardé le passé en face, brisé des tabous... Il l’avait déjà fait en tant que candidat, il le fait désormais en tant que président. J’aurais aimé qu’il reste plus de temps à Alger, qu’il rencontre plus de jeunes Algériens, plus de femmes aussi, des étudiants, des artistes, des gens qui créent, bougent, et incarnent l’Algérie de demain. Ce voyage a été, de mon point de vue, trop court. Mais il y en aura d’autres. Le président Macron a d’ailleurs annoncé ce mercredi qu’il ferait une visite d’État l’an prochain en Algérie.

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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