France."J'ai honte de porter le même uniforme que certains policiers", Sabah, gardien de la paix

Sabah, gardien de la paix : " La brutalité dont font preuve certains confrères dans l'exercice de leurs fonctions, ne m'est pas inconnue. Elle m'indigne au plus haut point.". Photo : DR

Sabah est gardien de la paix depuis une dizaine d'années. Elle a travaillé essentiellement à Paris. Bien que soumise à un devoir de réserve, elle a décidé de passer outre pour confier au Courrier de l'Atlas son dégoût. Et aussi sa honte. Honte de porter le même uniforme que certains policiers. Comme ceux qui ont violé Théo, jeudi, lors de son interpellation à Aulnay-sous-Bois. Le jeune homme est toujours hospitalisé. Pour Sabah, il est grand temps de "dire tout haut ce que beaucoup de ses collègues pensent tout bas". 

LCDL : L'affaire du viol de Théo a été la goutte d'eau de trop...

Sabah : Oui. Trop, c'est trop. J'ai été horrifiée d'apprendre ce qu'il s'était passé. Je pense à Théo, à sa famille, à leurs peines. Je suis mère de famille et personne ne peut accepter de tels actes. Au risque de choquer, je ne suis pas étonnée par de tels agissements. Il faut lire les commentaires tenus par des collègues sur les réseaux sociaux pour se rendre compte de la haine de certains policiers. La brutalité dont font preuve certains confrères dans l'exercice de leurs fonctions, ne m'est pas inconnue. Elle m'indigne au plus haut point. Avec le viol de Théo, ils sont allés encore plus loin. Un pas de plus vers l'impunité. 

Parce que pour vous, il est inadmissible que les auteurs des faits ne soient pas en prison ?

Évidemment. N'importe quel autre justiciable pour des faits aussi graves seraient aujourd'hui derrière les verrous. 

Quel impact peut avoir cette horrible affaire sur la réputation de la police ?

Notre réputation nous précède déjà ! Et elle est méritée ! Déjà, les Français ne nous apprécient pas beaucoup, alors avec cette affaire... La police est censée protéger la population : elle n'est pas là pour régler ses comptes avec une partie de la population.

Que voulez-vous dire ?

Je veux dire qu'avec à peu près la moitié des fonctionnaires de la police qui affirment voter le Front national, on n'est pas étonné d'en voir certains se comporter de la sorte...

Peu de policiers osent dire ce que vous dites...

Oui. Il y a une telle omerta chez nous. On se dit que ça se ne fait pas de parler ainsi de certains collègues qui pourtant nuisent à tous les autres, de peur des représailles. Mais avant d'être flic, je suis un être humain et ma conscience m'interdit de cautionner de tels agissements. 

Avez-vous déjà pensé à démissionner ?

Oui, plusieurs fois. Je fais ce métier par conviction parce que je crois en  l'équité, à la justice pour tous. Malheureusement, je suis tombée de haut quand j'ai découvert l'envers du décor. D'un côté, je me dis qu'il faut des policiers comme moi, pour éviter justement de tels actes, et que si je démissionnais, je les  laisserai gagner.  Mais parfois, j'ai juste envie de quitter ce métier, un métier que j'aime pourtant, mais qui m'use. Parce que mentalement, c'est dur. L'affaire du viol de Théo a mis en lumière la violence de certains policiers, mais ne nous leurrons pas : c'est l'arbre qui cache la forêt.

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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