France.Procès Saboundjian : le professionnalisme du policier fait débat

Croquis d'audience, réalisé le 6 mars 2017, représentant Damien Saboundjian (D) et son avocat Daniel Merchat, durant son procès en appel au TGI de Paris. Le gardien de la paix est accusé du meurtre d'Amine Bentounsi, abattu d'une balle dans le dos, en 2012 à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). BENOIT PEYRUCQ / AFP

Lundi 6 mars, Cour d'appel de Paris. Il est 10h52, Damien Saboundjian, gardien de la paix, présumé responsable de la mort d'Amine Bentounsi, abattu d'une balle dans le dos à Noisy-le-Sec en 2012, fond en larmes. Cela ne fait qu'un quart d'heure que les débats ont commencé. 

Décrit par ses pairs comme un "fonctionnaire moyen", "courageux mais qui manque de rigueur et d'esprit d'initiative", il a été acquitté en première instance en janvier 2016 par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, qui avait estimé qu'il avait agi en état de légitime défense et n'était donc pas pénalement responsable de la mort d'Amine Bentounsi.

Le policier, originaire de La Tronche dans la banlieue grenobloise, était de nouveau à la barre ce lundi 6 mars (le verdict sera rendu le 10 mars) pour répondre de "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Des faits passibles de 20 ans de réclusion criminelle.

Incarcéré pour des vols à main armée, Amine Bentounsi, 28 ans, faisait l'objet d'un mandat de recherche pour n'être pas rentré de permission. Il était Incarcéré à la prison de Châteaudun (28). Avisée de sa présence à Noisy-le-Sec, une patrouille s'était lancée à sa poursuite.
Damien Saboundjian, colosse d'un mètre 90, pesant un peu plus de 100 kg, a-t-il cédé à la panique quand il a tiré sur Amine Bentounsi, le blessant mortellement d'une balle dans le dos ? Le professionnalisme de ce gardien de la paix a été de nouveau, ce lundi, au cœur des débats, comme lors du premier procès.

"Il n'y a pas un jour depuis ce 21 avril 2012 où je ne pense pas à ce qui s'est passé. J'ai jamais voulu tuer, je me suis défendu", a déclaré Damien Saboundjian.

Selon le récit de l'accusé, qui avait tenté de le prendre à revers en faisant le tour, en voiture, d'un pâté de maison, le fuyard avait pointé à deux reprises son arme sur lui.
S'estimant menacé, le gardien de la paix avait expliqué avoir "riposté", mais le fait que la balle se soit logée dans le dos d'Amine Bentounsi avait aussitôt suscité des doutes sur sa version.

Fait peu courant, c'est d'ailleurs le parquet général qui a fait appel de l'acquittement, estimant que les conditions de la légitime défense n'étaient pas "démontrées".

Face à lui, digne dans sa douleur, Amal Bentounsi. A côté d'elle, son père. Lors du premier procès, Damien Saboundjian était placé beaucoup plus loin. 

Depuis la mort de son petit frère, Amal Bentounsi est à la pointe du combat contre les "violences policières", n'hésitant pas à parcourir la France pour venir en aide aux autres familles de victimes.

Lundi, le témoignage de Zejloko Ilic, alors chef du service de nuit au sein de la police départementale de Seine-Saint-Denis, a laissé planer de nouveau un doute sur le professionnalisme de l'accusé. 

Avant de devenir policier, Damien Saboundjian a été pâtissier. "J'ai raté le CAP deux fois à cause du chocolat", avoue-t-il à la barre. Mal placé au concours de police, "aux alentours de la 850ème place sur un total de 1200 inscrits", précise-t-il. Lors du premier procès, Saboundjian avait évoqué avoir terminé à la 1100ème position. "Si j'avais été mieux classé, je n'aurais pas choisi de venir en Seine-Sain-Denis", avoue Damien Saboundjian. 

Selon ce supérieur hiérarchique, arrivé le premier sur les lieux après le tir mortel, Damien Saboundjian était "choqué" et tenait des "propos confus, saccadés, décousus".

"J'ai eu la peur de ma vie. J'ai tiré, je me suis recroquevillé et j'ai pleuré", aurait déclaré le gardien de la paix, selon M. Ilic. Quant à ses coéquipiers, "leur leitmotiv c'était "on va perdre notre boulot", poursuit le commissaire, qui pèse ses mots.

Michel Konitz, pour la partie civile, se fait un plaisir de retourner ce témoignage contre l'accusé.

Comment doit réagir un policier qui se fait braquer?, l'interroge l'avocat. "Le premier réflexe, c'est de se mettre à l'abri", répond le témoin. Or son collègue, après avoir vu le fugitif braquer son arme sur lui alors qu'il était au volant de sa voiture, en est descendu pour le poursuivre.

L'avocat relève aussi qu'à en croire M. Ilic, "pas un mot n'a été prononcé sur l'état du blessé", qui devait décéder dans la nuit, par des fonctionnaires selon lui plus soucieux de leur carrière que du sort d'Amine Bentounsi.

"Réflexe corporatiste", admet le supérieur qui rappelle toutefois qu'ils ont non seulement prévenu les pompiers, mais sécurisé la "scène de crime" pour les besoins de l'enquête.

Fin d'après - midi, c'est au tour de M Nieto, inspecteur à L'IGPN, la police des polices d'apparaître à la barre. 

"Damien Saboundjian avait deux options. Soit le laisser partir, soit l'interpeller. Est ce qu'il a choisit la bonne option ?", interroge M. Nieto. "Bien sûr, dans un monde idéal il aurait pu attendre du renfort", embraie-t-il. 

Il est 20H. Cour d'appel de Paris. Accablé par l'inspecteur de L'IGPN qui revient sur les mensonges des policiers, Damien Saboundjian  craque de nouveau. La fragilité de ce policier interroge.

Nadir Dendoune

Avec Afp 

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