Kaoutar Harchi romancière et essayiste : "L’écriture est une manière de m’extraire et de rompre"

Kaoutar Harchi romancière et essayiste auteure de Je n’ai qu’une langue et ce n’est pas la mienne, des écrivains à l’épreuve, paru aux éditions Pauvert (septembre 2016).

Le Prix Goncourt a récompensé Leila Slimani, une romancière franco-marocaine. Livre Paris 2017, qui se tient du 24 au 27 mars, a comme invité d’honneur les femmes de lettres marocaines. Entretien avec Kaoutar Harchi qui participe aujourd'hui à 18 h à une table ronde sur les femmes écrivaines, au salon Livre Paris, où Le Courrier de l'Atlas sera présent. 

Comment en êtes-vous venue à l’écriture ?

J’étais jeune, je vivais encore chez mes parents, à Strasbourg. Un jour, j’ai voulu partir. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à m’intéresser à l’écriture. Elle a été une manière de m’extraire, de sortir, de quitter, de rompre.

Vous sentez-vous libre de tout écrire ?

Si je vous disais oui, je mentirais. J’écris avec la censure, fut-elle imaginaire, mais je la sens de plus en plus palpable. Et je tiens à dire qu’elle n’est pas mienne. C’est une censure du dehors qui vous suit perpétuellement, que vous croyez semer parce qu’elle n’est plus derrière vous. Puis, vous vous retournez, et voilà, la censure est en face de vous. Elle vous a devancé.

Etes-vous féministe?

Nous vivons dans un monde organisé pour la satisfaction de l’intérêt des hommes. Ce rapport-là, homme/femme, structure tous les échanges à l’échelle de tous les espaces, de toutes les époques. Ce qui importe, c’est d’être conscient de cela. Il y a quelque chose, dans l’écriture, qui relève d’un travail de dévoilement. En cela, les sexualités féminines sont un thème littéraire majeur parce qu’éminemment politique qu’on peut de moins en moins séparer de la question des sexualités masculines ! Car hommes et femmes vivent sous le poids d’un même modèle patriarcal, “hétéronormé”. Et je crois que les femmes qui écrivent, parce qu’elles ont - au regard des autres femmes - un accès relativement plus aisé à l’espace et à la parole publique, doivent porter ces débats.

Quelles auteures ont compté pour vous ?

J’ai été sensible aux travaux de Fatima Mernissi, Assia Djebar, Leila Sebbar. Elles ont contribué à ouvrir des voies dans ma vie. Plus proche de nous, dans des registres distincts, je pense à Nelly Arcan ou Virginie Despentes qui ont touché à l’intouchable !

De quelle manière le Maroc est-il présent dans vos écrits ?

Je l’ignore, je dirais une place obscure, mouvante. Parfois, il existe puis parfois, il cesse d’exister. Je crois peu à l’idée de Nation, de pays, de patrie. Tout cela porte en germe l’idée du choix, du camp, de la guerre. Ce que je garde, ce sont des souvenirs d’enfance. Pour les vacances, mes parents rentraient chez eux, dans leur pays, et moi je les suivais. Tout était à la fois étranger et familier. Je ne connaissais rien mais je reconnaissais tout.

Propos recueillis par Fadwa Miadi

Article paru dans le dossier "FEMMES DE LETTRES UN VASTE ROYAUME !" du magazine Le Courrier de l'Atlas du mois de mars 2017

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