La chronique du Tocard. Bûche

 

Les silences de ceux que vous aimez sont souvent les plus assassins mais pas ceux d’Alain, qui me comprenait mieux que quiconque parce qu’il avait été à mes côtés aux premiers instants de ma vie et tout le long de mon existence, surtout dans les moments où il n'y avait plus grand chose pour me secourir. C'est pour cette raison que son amitié était immortelle.

 

 

Alain, que tout le monde au quartier avait fini par appeler Bûche, un surnom donné à cause d'une après - midi de jeux d'enfants à la cité, de troncs d'arbres, de branches, de chutes et de rigolades ...

Au tout début des années 2000, Alain, enfin Bûche, avait quitté le quartier pour aller vivre pleinement dans le sud de la France où il se réveillait chanceux chaque matin, alors, forcément on était moins connecté que quand il vivait à un bloc d'immeuble de chez moi, à l'époque où on faisait tout ensemble, le meilleur avec le pire ; mais je savais qu'il n'était jamais vraiment loin. 

Mon ami de l'enfance était remonté à l'île-Saint-Denis quelques jours, voir sa famille et ses amis mais pas plus : il ne supportait plus la vie parisienne. Ni le quartier, ni la cité, qu'il avait vu changer du tout au pire. Il ne la reconnaissait plus. Celle qu’il avait connue si généreuse, où les voisins étaient des amis, où chacun pleurait la mort des autres, une grande famille à elle toute seule. Une cité où la couleur et la religion de l'autre importaient peu. L'amitié entre fils d'ouvriers effaçait toutes les différences. 

On avait eu une enfance difficile, c'est vrai, parce que sans le sou, sa famille ressemblait à la mienne, à celles des copains avec lesquels nous tuions le temps, coincés à l'intérieur d'un hall d'un des immeubles de la cité.

Mais on était heureux tous ensemble, les copains de toutes les couleurs, parce qu'on ne se trompait pas d'ennemi et qu'on connaissait très bien les responsables de notre misère, ces riches qui n'en finissaient pas de s'engraisser. 

Chaque année, on se retrouvait même pour la fête de la cité Maurice Thorez  qui durait toute une journée et où on tenait un stand de jeux pendant que les plus grands chantaient du rock sur une grande scène installée au plein cœur du quartier.

Toutes les générations de 3 à 92 ans répondaient On est présent, et chacun avait compris que la cité avait besoin de mélange pour avancer. 

J’étais avec Bûche ce mardi matin à Paris Gare de Lyon où son TGV démarrait dans quelques minutes pour Perpignan et on était là tous les deux comme de vieux cons autour d'un café à nous remémorer tous ces instants magiques. Quand j'oubliais les détails de certaines aventures passées, Alain  était toujours là pour me rafraîchir la mémoire ...

Mon ami repartait. Déjà … Dans cette ville où la tramontane, quand elle souffle, vous fait oublier qui vous êtes, tellement elle vous fait tourner la tête. Dans cette ville située à quelques bornes de l'Espagne où j'aimais me rendre de temps à autre, aussi bien pour me détendre, que quand j'éprouvais le besoin de retrouver des forces.

Comme en 2013, quelques jours après Bagdad, où j'étais parti chercher de l'oxygène, moi qui avais tellement de mal à respirer depuis mon retour à Paris, où tout le monde me mettait la pression atmosphérique …

Bûche était venu me chercher à la descente du train et m'avait insulté de tous les noms comme il le faisait toujours et j'avais compris que c'était sa manière à lui de me dire qu'il s'était vraiment inquiété pour moi, et qu'il m'aimait tout autant. 

Contrairement à d'autres, il avait vu ma souffrance dans mes yeux qui n'en finissaient plus de couler et c'est pour ça qu'il n'avait pas abordé le sujet de l'Irak. Un ami était juste là pour tendre l'oreille. 

Bûche vivait à Perpignan depuis plus de 15 ans et sa vie était un conte de fées. Et il méritait amplement son bonheur. Il avait 48 ans aujourd'hui mais il était resté le couillon que je connaissais et il avait trop de cœur pour perdre son humanité qui faisait de lui un être d'exception. Il avait tout bon là-bas, une vie 10 sur 10 où il prenait le temps pour tout. Il vivait à son allure où le stress était mis de côté.

Bien dans sa tête depuis qu'il était arrivé à Perpignan, il était sans surprise tombé Croc Dingue Badaboum d'une fille et il avait tout fait en son pouvoir pour que rien ne puisse casser la branche sur laquelle leur amour se reposait.  

Une nana qui l'aimait en retour, consciente, elle aussi, de la chance qu'elle avait d'avoir mis le grappin sur un type comme lui. Et pour rien au monde, me répétait-il, les deux aurait pris le risque de mettre ce bonheur en péril ...

Nadir Dendoune

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