La chronique du Tocard. Elsa et Salah

 

Elsa a dit Oui à Salah le 5 juin 2014 à Ramallah. Ils se sont tout de suite installés à Jérusalem où Salah a toujours vécu. Les débuts de cette Française dans son nouveau pays n'ont pas été simples. Mariée à un Franco-Palestinien, elle aurait dû normalement (comme tout le monde) obtenir un visa d'épouse mais les autorités israéliennes en ont décidé autrement en lui refusant arbitrairement un « visa épouse ».

Elle a fini par être embauchée au consulat français de Jérusalem. Grâce à son nouveau job, elle a pu obtenir en octobre 2015 un « visa de service » d'une validité d'un an. Rassurée, en règle, Elsa décide de venir passer les fêtes de fin d'année en France.  Salah l'accompagne. Le 4 janvier, il repart tout seul pour Tel Aviv. Elsa, prend un avion le jour d'après.  

Le lendemain donc, Elsa atterrit à l'aéroport Ben Gourion. Salah l'attend de l'autre côté de la douane. En vain. Sa femme sera placée très vite dans un centre de détention, avant d'être renvoyée 48h plus tard à Paris. Officiellement parce qu'Elsa est "dangereuse". En vérité, les autorités israéliennes aimeraient que Salah quitte Jérusalem. Elsa et Salah attendent un bébé. L'accouchement est prévu pour mars. Aujourd’hui, Elsa et Salah sont séparés. 

J'ai décidé de republier cette chronique du Tocard parue sur le site du Courrier de l'Atlas au lendemain de leur mariage. Parce que leur amour doit être plus fort que tout...


Elsa et Salah

La chose que je peux vous dire d’emblée c’est que les larmes de Salah alors qu’il arrivait, au bras d'Elsa, sa promise, ce jeudi 5 juin au soir, dans cette salle de Ramallah où 300 personnes l’attendaient, ça voulait dire énormément de choses. Il n’y avait pas que la joie de sceller son union avec la femme qu’il aimait. Il y avait aussi ce soir-là dans ce torrent de larmes, une partie de sa vie qui défilait, le fait de savoir qu’il revenait de très loin.

Ce soir-là, entouré de sa famille et de ses amis, Salah prenait une revanche sur la vie. L’histoire de ce Franco-Palestinien, né en 1985 à Jérusalem d'un père palestinien et d'une mère française, originaire de Bourg-en-Bresse, était la preuve vivante, qu’il ne fallait jamais lâcher prise et espérer pour des jours meilleurs. Que la vie n’était pas toujours une salope.

La sienne de vie s’était stoppée net le 13 mars 2005, quand cet étudiant en sociologie de 19 ans avait été arrêté sur la route de Ramallah par les forces de sécurité israéliennes après une dénonciation anonyme. Il était soupçonné d’avoir voulu assassiner un rabbin, un délit d’intention sans aucune preuve (même Juppé finira par dire en 2011 que le dossier d’accusation était vide). Salah était juste comme beaucoup de Palestiniens : il dénonçait l’occupation militaire de son pays, la colonisation à outrance, comme l’aurait fait tout être normalement constitué.

Elsa, sa nouvelle femme, une Française, le cœur bien à gauche avait grandi dans une banlieue au sud de Paris et quand son papa, un ancien député communiste, s’était investi à 500% pour la libération de Salah, elle lui avait emboité le pas. Elsa s’était occupée de contacter les journalistes français pour qu’ils s’intéressent enfin au sort de Salah, une injustice de plus dans cette pseudo-démocratie qu'est Israël, saluée pourtant comme un modèle par tous les pays occidentaux. En vain, puisque très peu de confrères avaient eu le courage de parler du sort de ce jeune homme.

Son cas était un cas parmi d'autres mais le fait qu'il soit Français, laissait espérer qu'il puisse émouvoir la communauté nationale. Plus généralement, le sort des prisonniers palestiniens n'intéressait personne en France ou ailleurs. Depuis 1967, 800000 Palestiniens avaient été enfermés dans des prisons israéliennes, soit 20% de la population totale ; c’est comme si en 50 ans, 12 millions de fromages qui puent avaient été placés au frigidaire. Elsa avait écrit à ce type qu’elle ne connaissait pas du tout sans savoir qu’il allait devenir l’homme de sa vie.

L’idylle avait, sans qu’ils le sachent encore, commencé, derrière les barreaux à travers les lettres qu’ils s’envoyaient. Leur relation avait pris forme une fois la libération de Salah, le 18 décembre 2011, sept  années après avoir été injustement enfermé. Il y avait entre ces deux-là un lien très fort, qui n'existe qu'entre ceux qui partagent une douloureuse épreuve : ils étaient désormais unis pour la vie.

Quand Salah avait été libéré, Elsa était là. Un peu en retrait. La famille, les amis de l'ancien prisonnier avaient accouru au domicile de ses parents pour l'accueillir et lui témoigner tout son respect. Elsa était revenue chez elle, mais son cœur était déjà là-bas. Dehors, une nouvelle vie commençait pour Salah. Il était devenu le porte-voix de tous ces prisonniers, l'ambassadeur de tous ses camarades de lutte, de simples numéros pour la majorité des gens.

Salah ne parlait jamais de lui, mais toujours des autres, qu'il avait laissé derrière et qu'il n'oublierait jamais. Et il allait parcourir la France, pour remercier toutes celles et ceux qui l'avaient soutenu. Et y en avait eu du monde qui avait été touché par son histoire ! Peu de politiques, peu de journalistes c'est vrai, mais Salah avait reçu un soutien populaire et entre nous, c’était encore plus beau. Certains allaient même devenir de véritables amis.  Et à chaque fois que Salah était de passage en France, il venait voir Elsa.

Les deux apprenaient à se connaître. Ils s'aimaient déjà avant de se rencontrer, ils allaient s'aimer dans la vraie vie... Elsa quittait Paris à chaque congé pour aller retrouver Salah. Deux ans après la libération de son amoureux, elle décidait de franchir le pas. Elsa allait s'installer en Palestine, comme Denise, la maman de Salah, qui avait rejoint les terres palestiniennes au début des années 80. Elsa acceptait désormais de devenir Palestinienne…

Nadir Dendoune

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