La chronique du Tocard. Le Blanc

 

Le Blanc, surtout s'il est en haut, n’aime pas que tu l’appelles ainsi : peu importe si le terme est neutre, peu importe, si lui, passe son temps à appeler les autres Beur, Beurette, Black, Asiatique, pour les plus polis, ou Négro, Bougnoule, Face de citron, pour les autres, les amateurs de la race supérieure.

 

Peu importe si il n’existe pas de terme plus clair pour désigner une personne de couleur blanche et que parfois, on a besoin d’appeler un Blanc, un Blanc, notamment pour pointer les différences de traitement entre individus. Pour les études sociologiques ! 

Mais le Blanc qui n'aime pas ce terme est malin : il sait que si tu commences à utiliser ce mot, c’est que t’es politisé à l’intérieur, que t’as compris certains mécanismes. Il n’aimerait surtout pas qu’à terme, le mot Blanc devienne monnaie courante. Il préfère mille fois que tu utilises Français, ou « dit de souche », comme ça, ducon, ça veut dire que lui, il est d'ici, et toi d’ailleurs, et comme ça, tu t’exclues direct de la communauté nationale ! 

Ne  pas nommer le Blanc, c'est partir du principe que c'est la norme, l'étalon à partir duquel,  on peut nommer les autres...

En vérité, le mot Blanc, lui rappelle sa position de dominant. Ce terme lui fait penser à ses privilèges, hérités des filsdeputerie qu’ont commis certains de ses ancêtres et qui continuent à faire de lui un citoyen français à part, pas tout à fait comme les autres. Un peu au dessus de la mêlée. 

Parfois, quand il en a marre, quand il veut que tu arrêtes d’utiliser le mot Blanc, qui lui hérisse les poils charnus de ses oreilles, il s’indigne, fait sa vierge effarouchée et te traite de raciste. Fastoche. Pourtant, t’as pas mis d’adjectif désobligeant avant. T’as pas dit « Sale Blanc », ou « Fils de pute de Blanc ». Non, t’as juste dit « Blanc ». T'as presque envie de lui rappeler que le racisme anti-blanc n'existe pas dans notre pays. Le Blanc ne se fera jamais arrêter par la police pour sa couleur de peau, le Blanc ne se fera jamais discriminer à l’embauche ou se verra refuser un appart parce qu’il est trop « clair ». Bien au contraire, sa « blancheur » est un avantage très appréciable au pays des Droits de l’Homme. 

Les avantages, justement. Le Blanc les aime tant et il veut tellement les garder, qu'il ne veut pas être dérangé dans son confort : il aimerait s'il te plaît, que toi basané, tu le laisses un peu tranquille avec toutes tes revendications d’égalité, pardon, de normalité. Peu importe si la République lui est toujours et encore favorable : il ne faut pas brusquer les choses. Il faut laisser le temps au temps. A chaque fois que tu l'ouvres un peu trop fort, il te demande d'arrêter de chialer, de miauler. Parce que tu vois: tu le gonfles ! 

Quand tu grattes un peu, tu te rends compte qu’il regrette un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, l’époque de tes parents. Il aimait bien leur discrétion. Leur docilité, c’est un synonyme. Une époque bénie où le Blanc pouvait exploiter tranquillement les bougnoules et les bamboulas.

Comme il y a quarante nuances de Bougnoules, il y a forcément aussi quarante nuances de blanc. Il y a d’abord le Blanc d’extrême droite. Le facho primaire. Avec lui, au moins, c’est clair. Si t’es pas content, si la France elle te plaît pas, tu rentres dans ton pays. Enfin, celui de tes parents, mais c’est la même chose pour lui : il ne croit pas au droit du sol. Il ne croit pas en « l’égalité des races », ce qui est hautement osé, vu son quotient intellectuel, proche de celui d’une huître. Le Blanc d’extrême droite, c’est notre ennemi ultime ! Enfin, celui que la Gauche brandit comme une menace à chaque fois qu’elle est à deux doigts de perdre une élection. La Gauche qui a beaucoup promis et qui n’a jamais rien fait pour les Bougnoules. Les conditions de vie dans les quartiers populaires sont toujours exécrables, les discriminations à l'emploi, au logement sont toujours aussi phénoménales, les violences policières sont toujours commises en totale impunité, l'islamophobie dans notre pays a atteint un niveau stratosphérique et la promesse du droit de vote des étrangers a été placée très vite dans les oubliettes, etc., etc. Et pourtant, le Bougnoule continue à voter pour la Gauche. Il continue à  la sauver. Le Bougnoule et son grand cœur ! 

Un peu moins à droite, encore que !, il y a les Blancs....de droite ! Ceux qui votent Sarko, Fillon, Estrosi, ou Wauquiez, des raclures finies qui pensent en vrai la même chose que leurs collègues facho, mais ils sont juste incapables de voter FN parce que ça leur renvoie une sale image d’eux-mêmes. Ils ne se sentent pas (encore) prêts à assumer la responsabilité d’être un personnage aussi puant. Mais ça viendra. Encore quelques attentats « djihadistes » et ils franchiront le pas. 

Un peu plus au centre, il y  a le Blanc de droite à la sauce sociale, plus connu sous le nom du « gaulliste », ceux qui se revendiquent de la doctrine du Général de Gaulle, une époque où la France n'était pas le lèche-cul des Américains. Pas ma sensibilité politique mais souvent ils sont ceux avec qui les rapports ont été les plus honnêtes. Peu de racistes chez eux et surtout très peu de condescendance à notre égard.  L’impression de converser d’égal à égal avec eux.

Et enfin, le Blanc « préféré » des Bougnoules, et vice-versa : le Blanc de Gauche. Sur le papier, notre allié. En vérité, de loin, notre plus gros ennemi ! Et parmi le Blanc de Gauche, il y a d'abord, la tendance PS.Le Blanc socialiste, sans doute le plus haï à ce jour par le Bougnoule. Héritier de SOS racisme,  l'association qui mérite de se jeter toute seule d'une falaise, c'est elle qui a inventé l'antiracisme moral, niveau Cm1, en mode Bisounours, Black-Blanc-Beur, venez on fait des crêpes ensemble ! Surtout pas l'antiracisme politique, le seul capable d’inverser la donne, trop dangereux pour l'émancipation du basané. Ce Blanc là, tendance PS aime nous inviter à dîner dans son bel appart parisien pour montrer à ses amis qu’il n’est pas raciste. Une fois par semaine, il bouffe du couscous, ou du tagine, a chez lui tous les Cd’s de Cheb Khaled, adore Tahar Ben Jelloun, le « meilleur écrivain crouille »... surtout pour rassurer le Blanc dans ses privilèges…

Un peu plus à gauche, le Blanc communiste ou, et d'extrême gauche. Il a souvent grandi avec nous. Il ne nous a jamais appris à débattre, surtout pas à revendiquer pour notre propre poire, préférant prendre les décisions à notre place. Comme un tuteur désigné par le juge. Au lieu de nous aider à nous émanciper, il a toujours préféré venir à notre secours, en nous considérant comme des pauvres victimes. Il est tellement gentil que sa gentillesse, t’as l’impression qu’il va s’étouffer dedans. Habité par une « culpabilité » (colonialisme, esclavage) qui le ronge tellement, il est souvent plus nerveux que nous sur ces questions. Tu peux lui cracher à la gueule dix fois qu’il te trouvera toujours des excuses. Il pourrait même donner sa vie pour nous « sauver ». On le soupçonne même parfois d'avoir honte d'être blanc. Ah, si il avait la possibilité d’être un Négro ou un Bougnoule, il changerait de couleur direct ! Ce Blanc là est tellement aveugle et sourd qu'il ne voit pas ou n'entend pas qu'il devrait plutôt s'occuper de sa vie. Parce que malgré les difficultés, de nombreux Négros et Bougnoules ne l’ont pas attendu pour avancer.  A ce Blanc qui fantasme tant sur la condition des Bougnoules et des Noirs en France, je parie un couscous ou un poulet yassa qu'il ne tiendrait pas 10 mètres si il glissait ses pieds quelques minutes, dans les godasses d'un « Indigène de la République »...

Parfois, pour pas dire souvent, on aimerait bien pouvoir renoncer à notre couleur, à notre origine un peu trop visible, ce serait plus simple, surtout pour avancer, surtout ici. Mais moi, comme tant d’autres, je préfère en être fier de ma couleur. Et dire qu’être fier de sa couleur, chacun de nous – avec nos 160 nuances de blanc, de noir, de gris ou de jaune – et ne pas s’occuper de celle du voisin, suffirait peut-être, sûrement, à vivre bien tous ensemble...

 

Nadir Dendoune

La chronique du Tocard. Le Bougnoule (27-09-2016)

La chronique du Tocard. A l’école de la République (13-09-2016)

La chronique du Tocard. La Chambre 112 (30-08-2016)

La chronique du Tocard. Madame la France (23-08-2016)

La chronique du Tocard. La communautarisation des chagrins (16-08-2016)

La chronique du Tocard. Voleur un jour... (09-08-2016)

La chronique du Tocard. L’école arabe (02-08-2016)

La chronique du Tocard. Inchallah, tu vas guérir (26-07-2016)

La chronique du Tocard. Mes souvenirs de colos (19-07-2016)

La chronique du Tocard. L'opium du peuple (12-07-2016)

La chronique du Tocard. Je t’aime moi non plus (05-07-2016)

La chronique du Tocard. L’ascenseur de madame Dendoune. (28-06-2016)

a chronique du Tocard. Les ramadans de ma mère (20-06-2016)

La chronique du Tocard. L’homophobie n’a pas de religion (14-06-2016)

La chronique du Tocard. De l'eau du robinet seulement (07-06-2016)

La chronique du Tocard. La tête de mon père (31-05-2016) 

La chronique du Tocard. Nos rêves de pauvres (24-05-2016) 

La chronique du Tocard. Coup de foudre à Ighil Larbaa (17-05-2016)

La chronique du Tocard. Maurice Sinet (10-05-2016)

La chronique du Tocard. L'Humanité et les épluchures de ma daronne (03-05-2016)

La chronique du Tocard. Pour une poignée de dinars (26-04-2016)

La chronique du Tocard. Bandougou (19-04-2016)

La chronique du Tocard. Ma cité Maurice Thorez (12-04-2016) 

La chronique du Tocard. Le premier Skype avec ma daronne (05-04-2016)

La chronique du Tocard. Le sherpa blanc (29-03-2016) 

La chronique du Tocard. Les silences de ma mère (22-03-2016)

La chronique du Tocard. Nous les Juifs, on a rien demandé. (15-03-2016)

La chronique du Tocard. Bwana est mort, vive Bwana (08-03-2016)

La chronique du Tocard. Lolo (01-03-2016)

La chronique du Tocard. A deux doigts de tout lâcher (23-02-2016)

La chronique du Tocard. La revanche (16-02-2016)

La chronique du Tocard. Les lettres de Mohand Arezki (09-02-2016)

La chronique du Tocard. L'absent (02-02-2016)

La chronique du Tocard. Elsa et Salah (26-01-2016)

La chronique du Tocard. Amal (19-01-2016)

La chronique du Tocard. La dernière séance (12-01-2016) 

La chronique du Tocard. Aïcha, notre pépite. (05-01-2016) 

La chronique du Tocard. L'école de la République (29-12-2015)

La chronique du Tocard. Le jour où j'ai commencé à lire (22-12-2015)

La chronique du Tocard. L'indulgence (15-12-2015)

La chronique du Tocard. « Sale Français ! » (08-12-2015) 

La chronique du Tocard. La poésie de maman (01-12-2015)

La chronique du Tocard. Sabrina… (24-11-2015)

La chronique du Tocard. Chaque fois un peu moins (17-11-2015)

La chronique du Tocard. Bûche (10-11-2015)

La chronique du Tocard. Les mots comme les oiseaux (03-11-2015)

La chronique du Tocard. Des trous de souvenirs (27-10-2015)

La chronique du Tocard. Les larmes de Shaina (20-10-2015)

La chronique du Tocard. Mon frère (13-10-2015)

La chronique du Tocard. Le regard des siens (06-10-2015)

La chronique du Tocard. Son petit Gnoule à elle (29-09-2015)

La chronique du Tocard. Les 60 piges de ma frangine (22-09-2015)

La chronique du Tocard. L'amour Fakebook (15-09-2015)

La chronique du Tocard. Quand le cœur déménage… (08-09-2015)

La chronique du Tocard. De se cogner mon coeur doit prendre son temps (01-09-2015)

La chronique du Tocard. Lou Bric Bouchet mon amour (25-08-2015)

La chronique du Tocard. L'amour en voyage (18-08-2015)

La chronique du Tocard. Le bordel de ma vie (11-08-2015)

La chronique du Tocard. Patrick Dendoune (04-08-2015)

La chronique du Tocard. La femme est un homme comme les autres (28-07-2015) 

La chronique du Tocard. Une bouteille à la Seine (21-07-2015) 

La chronique du Tocard. Sans son Gnoule (14-07-2015)

La chronique du Tocard. L'amour à travers le Mur - Suite et fin (07-07-2015)

La chronique du Tocard. Baumettes et des lettres (30-06-2015)

La chronique du Tocard. La maison de mon daron (23-06-2015)

La chronique du Tocard. Quand le temps des cerises kabyles n'est plus … (16-06-2015)

La chronique du Tocard. Les ex sont des mariées comme les autres (02-06-2015)

La chronique du Tocard. Né sous le signe du Tocard (26-05-2015)

La chronique du Tocard. L’amour à travers le Mur (19-05-2015)

La chronique du Tocard. Ma dixième première fois en Palestine (12-05-2015)

La chronique du Tocard. Une femme dans toute sa splendeur.... (05-05-2015)

La chronique du Tocard. La chance d'être toujours là (28-04-2015)

La chronique du Tocard. Touche pas à mon Parc  (14-04-2015)

La chronique du Tocard. L’ascenseur de madame Dendoune. (28-06-2016)

a chronique du Tocard. Les ramadans de ma mère (20-06-2016)

La chronique du Tocard. L’homophobie n’a pas de religion (14-06-2016)

La chronique du Tocard. De l'eau du robinet seulement (07-06-2016)

La chronique du Tocard. La tête de mon père (31-05-2016) 

La chronique du Tocard. Nos rêves de pauvres (24-05-2016) 

La chronique du Tocard. Coup de foudre à Ighil Larbaa (17-05-2016)

La chronique du Tocard. Maurice Sinet (10-05-2016)

La chronique du Tocard. L'Humanité et les épluchures de ma daronne (03-05-2016)

La chronique du Tocard. Pour une poignée de dinars (26-04-2016)

La chronique du Tocard. Bandougou (19-04-2016)

La chronique du Tocard. Ma cité Maurice Thorez (12-04-2016) 

La chronique du Tocard. Le premier Skype avec ma daronne (05-04-2016)

La chronique du Tocard. Le sherpa blanc (29-03-2016) 

La chronique du Tocard. Les silences de ma mère (22-03-2016)

La chronique du Tocard. Nous les Juifs, on a rien demandé. (15-03-2016)

La chronique du Tocard. Bwana est mort, vive Bwana (08-03-2016)

La chronique du Tocard. Lolo (01-03-2016)

La chronique du Tocard. A deux doigts de tout lâcher (23-02-2016)

La chronique du Tocard. La revanche (16-02-2016)

La chronique du Tocard. Les lettres de Mohand Arezki (09-02-2016)

La chronique du Tocard. L'absent (02-02-2016)

La chronique du Tocard. Elsa et Salah (26-01-2016)

La chronique du Tocard. Amal (19-01-2016)

La chronique du Tocard. La dernière séance (12-01-2016) 

La chronique du Tocard. Aïcha, notre pépite. (05-01-2016)

Dernière minute


La chronique du Tocard

  • La chronique du Tocard. Grève des mots au Bac

    C'était comme à l'usine et les candidats se succédaient à la chaîne. Mon tour allait arriver malheureusement plus vite que prévu parce que deux garçons de mon âge qui me devançai...

    LIRE SUITE Tous les articles de la rubrique Economie»


Edito