La chronique du Tocard. Le Juif

 

Rien que le titre de la chronique, tu te dis que ça va être tendu du string jusqu’à la dernière virgule, que l’auteur de ces lignes a de grandes chances d’être taxé d’antisémite.

 

Pas de panique ! En République française, c’est écrit noir sur blanc : tout le monde est soumis à la même égalité de traitement. Je ne vois pas pourquoi, après les deux chroniques écrites sur le « Bougnoule » et le « Blanc », il n’aurait pas droit, lui aussi, à son portrait tout craché, même si rappelons que le Juif n’est pas une « race », mais une confession, une identité et un héritage culturel.

Ne pas oser critiquer le Juif parce que, dixit certains, « ça pourrait coûter cher », c’est surtout réconforter les fachos et complotistes de tout bord qui profitent de notre malaise à aborder ce sujet hautement glissant, et qui continueront à avoir de grands boulevards devant eux, si nous continuons à nous taire.

Ne pas oser critiquer le Juif, comme il nous arrive de critiquer les autres « communautés », c’est donner raison à ceux qui sont persuadés que le Juif est intouchable. Le Juif a deux bras, deux jambes, il est aussi con ou intelligent que les autres, capable des pires crasses, comme de faire les plus belles choses. Alors, déstressons un peu !

Oui, certains Juifs ont instrumentalisé la mémoire de l’Holocauste pour faire peur à tout le monde et faire taire notamment toute critique de la politique israélienne. Ce qui est dégueulasse, parce qu’on ne devrait pas se servir d’un truc aussi grave. Au final, cette instrumentalisation a eu l’effet inverse escompté : aujourd’hui, j’entends de plus en plus de gens, dire « en avoir ras le casque d’entendre parler de la Shoah », comme ils disent. Et aujourd’hui, rien n’est fait pour améliorer les choses.

La Licra, les grands médias et les politiques, en dissociant « l’antisémitisme » des autres racismes, accentuent toujours un peu plus le sentiment de frustration chez certains. Et ne parlons pas du CRIF, le porte parole du gouvernement israélien en France, qui prend en otage toute la communauté juive, en s’exprimant en son nom.

Un petit retour en arrière s’impose. Les Juifs, je les connais depuis tout petit. J’ai grandi avec eux à la cité Maurice Thorez de l'Ile-Saint-Denis (93). Des frangins comme les autres. A l’époque, ils n’étaient pas juifs pour un shekel. A part leur zizi coupé, ils ne fêtaient ni Shabbat, ni ne consommaient casher. Comme nous, ils ne mangeaient juste pas de porc pour éviter de se transformer en zombie. Ils buvaient de l’alcool à outrance pour pouvoir perdre tout contrôle sur la vie et faisaient l’amour avant le mariage. Ils s’en battaient même les steaks de l’avenir d’Israël !

Certes, certains d’entre eux avaient des têtes de Bougnoules, ce qui n’était pas une bonne nouvelle pour eux, mais leur physique « désavantageux » ne les a jamais empêché de jouir des mêmes privilèges que les autres Blancs. Mes amis juifs ne s’appelaient jamais Mohamed : ils n’étaient donc pas discriminés à l’embauche ou au logement et une fois que le flic avait compris que David n’était pas arabe, il arrêtait de lui prendre le chou.

Après la première Intifada (palestinienne), en 1987, la bonne entente est partie malheureusement en couilles et le clivage s’est fait tout seul. On a eu très vite deux catégories de Juifs : la première, celle que j’aime le moins forcément, celle qui s’est mise à soutenir bec et ongles Israël, parfois à en perdre la raison. Pour eux, protéger Israël était l’assurance que l’Holocauste ne se reproduirait jamais. Avec Israël, ils auraient toujours un endroit où aller.

Parmi eux, très vite, le pire, ça a été le Juif de « gauche ». Humaniste sur le papier, moraliste qui aime faire la leçon à la terre entière, intellectuel forcené, se définissant lui-même comme un « droit de l’hommiste », il allait de loin être le plus gros faux cul de tous les juifs. Toute sa vie, cette enflure avait dénoncé le colonialisme en Afrique, milité contre les guerres d’Algérie, d’Indochine, du Vietnam, etc. Toujours du côté des opprimés. Pour Israël, il allait faire une exception dans ses condamnations, trouvant toujours des excuses à son comportement inadmissible, n’hésitant pas parfois à renvoyer dos à dos colonisé et colonisateur. Une malhonnêteté intellectuelle à aller chercher dans une pseudo-appartenance à un groupe ethnique.

La deuxième catégorie, celle que je connais le mieux, avec qui j’adore discuter, avec lesquels je vais souvent aux manifs, ce sont les Juifs qui aiment trop la justice pour être de mauvaise foi. Je les compare à des « Justes »… On peut même dire que ce sont les « vrais juifs » puisque la Torah rappelle que « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ils sont beaucoup plus nombreux que ce qu’on pense mais ils ont du mal à se faire entendre. Je les aime pour leur courage, d’autant plus qu’ils sont régulièrement menacés par les extrémistes juifs qui voient en eux des traîtres.

Il paraît qu’il y a une troisième catégorie de Juifs, celle qui s’en bat les steaks de ce qu’il se passe au Proche Orient, même si j'en ai jamais rencontrés. 

Un autre « problème »: celui du Juif originaire d’Algérie. Il aurait dû rester Bougnoule, parce que c’est sa vraie nature. Il a tort de croire que le Blanc a changé. Le vrai antisémite, c’est lui. Il faut dire que le Juif avait toutes les chances de devenir Blanc quand le décret Crémieux en 1870 lui a donné une totale citoyenneté française alors qu’il vivait en Algérie aux côtés de son frère musulman, le faisant passer  dans les papiers, de colonisé à colonisateur, de dominé à dominant. Mais en Algérie, le Juif résiste et continue à vivre en paix avec le Musulman. A la fin de la guerre en 1962, le Juif qui était français à part entière, ne se sentant plus le bienvenue dans son pays, est parti en France. Quelques uns sont restés en Algérie, mais trop peu pour faire changer la donne. Pour pouvoir continuer à s’aimer.

Puis, est venu le problème de la Palestine, où les choses s’empirent à vitesse grand V, où Israël écoeure de filsdeputerie par le sort qu’il réserve aux Palestiniens. Par ricochet, beaucoup, aux quatre coins du monde, en veulent aux Juifs qui ne sentent plus en sécurité nulle part. La haine engendre la haine.

Le Blanc a compris ce mécanisme depuis longtemps. Il a compris ce qu’il avait à gagner en excitant le Juif avec l’Arabe musulman, les montant les uns contre les autres. Se réunir autour du même ennemi commun, afin de faire de l’islam, le paria de la République, d’où son insistance à rappeler les racines judéo-chrétiennes de la France, remixant l’Histoire, oubliant la détestation éternelle de l’Occident envers les Juifs.

De son côté, le Juif, soutien d’Israël, en tire aussi les bénéfices. Les « racines judéo-chrétiennes » lui permettent d’inclure et de légitimer l’entité sioniste dans une histoire biblique, de lui ôter tout caractère colonial à sa naissance, renforçant ainsi la fracture Orient-Occident.

En février 2006, quelques jours après la mort d’Ilan Halimi, ce jeune Juif français, sauvagement assassiné par « le gang des barbares », j’étais allé couvrir en tant que journaliste le rassemblement en son hommage, devant la grande synagogue de la victoire à Paris. Philippe de Villiers, islamophobe notoire était présent. Il avait été accueilli avec des applaudissements. J’en croyais pas mes yeux. J’étais dégoûté.

Depuis, de plus en plus de Juifs (sans qu’on puisse savoir le nombre exact : les statistiques ethniques sont interdites), ne cachent plus leur sympathie pour Marine Le Pen, quelques uns votent même pour elle. Et il parait que le phénomène n'est pas prêt de s'inverser. Dans sa stratégie de dédiabolisation, la fille a tourné le dos à « l’antisémitisme » crasse de son papa, n’hésitant pas à plusieurs reprises à condamner fermement les propos de Jean-Marie. Mais c’est un leurre : le nouveau FN se sert juste de son combat apparent contre l’antisémitisme pour apparaître respectable. Et cela marche !

Pour certains Juifs, elle est même la seule à pouvoir les protéger de la menace arabe, oubliant que le Front National est un parti d’extrême droite et qu’il est infecté de toutes parts par de racistes antisémites. Contrairement à son père, Marine Le Pen est même la bienvenue en Israël…

En donnant une confiance aveugle au Blanc, surtout à celui d’extrême droite, le Juif se trompe. Lourdement. Parce que tôt ou tard, le problème de la Palestine ne sera plus. Ce jour là, plus aucune raison pour les Arabes d’en vouloir aux Juifs. « L’antisémitisme » blanc est quelque chose de plus profond, de biblique. Et chasse le naturel, il reviendra indéniablement au galop …

Nadir Dendoune

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