La chronique du Tocard. Le sherpa blanc

 

Au Nepal, où je me trouve en ce moment pour le tournage du film qui raconte mon ascension improbable mais victorieuse sur L'Everest en 2008, ou en Tanzanie où j'ai gravi le Kilimandjaro il y a deux semaines, les locaux m'appellent "le sherpa blanc".

 

Ils disent ça parce que je suis pas comme les autres occidentaux et que je porte mes propres affaires, et aussi parce que je carbure pas mal pour un quadragénaire de mon espèce.

Je sais pas pourquoi mais le surnom qu'ils m'ont donné m'a tout de suite fait penser à Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR) et aux accusations de racisme anti-blanc que les grands médias lui collent à la figure à chaque fois qu'elle ouvre le bec.

Au passage, je ne savais pas que le racisme anti-blanc existait en France. Je ne savais pas que les Blancs étaient discriminés à l'emploi, au logement, ou étaient victimes de contrôles au facies.

Mes collègues journalistes répètent aussi qu'Houria Bouteldja est antisémite et homophobe. Ils disent "antisémite " parce qu'elle déteste le sionisme qui est devenue une idéologie néo-coloniale qui cherche à expulser de son propre pays le peuple palestinien. Houria B. a tellement la haine du Juif que l'Union juive française pour la paix recommande son dernier bouquin...

Ils disent aussi qu'elle est homophobe. Mais dans son dernier livre "Les Blancs, les Juifs et Nous, vers une politique de l'amour révolutionnaire", j'y ai plutôt lu une dénoncation de l'homophobie. Une "homophobe" qui rend hommage tout au long de son bouquin à deux de ses écrivains préférés, à un certain Jean Genet, homosexuel assumé, mais aussi au noir américain James Baldwin, qui, lui aussi, préférait les hommes....

Bref. Sur le papier, cette Houria Bouteldja c'est le shetan par excellence. Peu de gens osent s'afficher avec elle. Elle, face à toutes ces attaques, elle reste costaud. Elle plaisante même et répond qu'en plus d'être antisémite et homophobe, elle mange également les enfants.

Depuis que j'ai osé défendre la liberté d’expression pour la plus célèbre des Indigènes de la République, jamais condamnée par la justice, j'ai reçu quelques messages de ces fameux collègues journalistes. Des messages bienveillants, c'est sûr, mais teintés de mise en garde. Le 6 ème que j'ai reçu ce lundi était celui de trop. Comme pour les précédents messages, on m'a demandé de "choisir mon camp".

Il y aurait donc deux camps.

Surprenant pour des gens qui abhorrent le communautarisme, la pire menace, selon eux, qui pèse sur la République laïque et indivisible. Drôle de parler de choisir un camp pour des personnes qui prônent pourtant l'unité. Je ne parle même pas de leurs louanges à Charlie, au droit indéniable au débat, à la pluralité des points de vues.

A les lire, leur "camp" serait le meilleur pour moi. Pour que je continue à "avancer" ? Pour ne pas être lynché à mon tour sur la place publique ? On me somme donc de rentrer dans le rang. Comme l'immense majorité de ces journalistes Gnoules qu'on a accepté dans les grandes rédactions, avec la certitude que ces derniers ne feront jamais de vagues ?

Va falloir que tu te grattes encore un peu pour que j'obéisse à tes injonctions. C'est à désespérer.

Il y a quelques semaines, Houria Bouteldja a écrit un livre. La Bicot a osé l'ouvrir. Un ouvrage très irrévencieux, mais en même temps, un bouquin c'est aussi fait pour te bousculer dans tes idées, sinon reste branché sur BFM.

Pour parler de son livre, elle a été invitée il y a un peu moins de deux semaines, dans l'émission de Frédéric Taddei, Ce soir ou Jamais, et depuis ce jour, elle fait l'objet d'attaques tous azimuts. Un lynchâge nucléaire.

En vérité, on la lynche parce qu'elle n'est pas blanche. Quand Renaud, Philippe Katerine ou Raphael chantent leur haine pour une certaine France, ça passe. Quid de l'essayiste Emmanuel Todd qui n'y va pas non plus avec le dos de la cuillère, et qui continue pourtant à être invité partout. Les frisés, on les aime bien polis, bien obéissants.  Comme au temps des colonies.

Dans son livre, en aucun cas, Houria Bouteldja ne dépasse les limites de la loi. Donc débat possible et même indispensable puisqu'ici, on a affaire à une parole qu'on n'entend pas et qui pourtant parle à une partie de la population française. #Je suis Charlie.

Mes confrères journalistes s'en sont donnés à coeur joie pour faire d'elle l'ennemi public numéro un. Plus surprenant, enfin pas vraiment!, la réaction des chercheurs, sociologues, et autres pseudo-spécialistes des quartiers populaires, euh pardon des Gnoules, dans l'inconscient national c'est la même chose.

Eux, ont méprisé carrément le livre, ne prenant (dans l'immense majorité) même pas le temps de le lire ! Bon, faut se mettre à leur place: Houria B. leur enlève aussi le pain de la bouche. Ils préfèrent ce temps béni où ils venaient avec leur calepin en banlieue quelques semaines, puis repartaient à Paris pour pondre un bouquin...

Donc, je dois choisir mon camp. Très bien. Je ne  choisirai pas le vôtre. Parce qu'il est puant. Votre camp est communautaire. Vous restez entre Blancs Bourgeois où seuls les Crouilles bien dociles sont tolérés. En plus de vous marier entre vous, vous vous pistonnez mutuellement pour le boulot. Et si quelqu'un a le malheur (surtout si c'est un métèque) d'attaquer l'un des vôtres, vous le lynchez.

Le plus drôle, c'est que vous avez réussi à faire passer les Bicots pour des communautaires. C'est fort. Lynchée sur la place publique, Houria Bouteldja s'est bien retrouvée seule. Bien sûr, quelques-uns de ses amis sont venus à son secours. Mais la fameuse "communauté musulmane", comme vous dites, n'a pas réagi. Tout simplement parce qu'elle n'existe pas. 

Nadir Dendoune

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