La chronique du Tocard. Maurice Sinet

 

Moi, Maurice Sinet, que tout le monde appelait Siné, qui était avant tout un dessinateur de qualité supérieure, je le connaissais pas comme je connais ma mére, mon père, mes soeurs, mon frère ou mes amis les plus proches, mais je l'aimais bien quand même. J'ai été triste quand j'ai appris la nouvelle de sa mort. Il était né en 1928 comme mon papa. Je l'aimais parce qu'il était branché blagues de cul à fond la caisse avec ses dessins dans Hara-Kiri et qu'il n'avait aucune limite. Je l'aimais surtout parce qu'il ne faisait pas de différence avec les origines des autres et qu'il était "con" avec tout le monde.

La majorité des médias n'ont pas retenu cette analyse et ont préféré dire à la France entière qu'il avait seulement une carie contre les Juifs. Et dans notre pays, ça pardonne pas ce genre d'accusation liée à l'antisémitisme. Il faut dire que les autorités françaises ont beaucoup à se faire pardonner pour ce qu'il s'est passé dans les années 40 quand elles ont fait les collabos en aidant les nazis à massacrer les juifs.

Dans la nécrologie consacrée à Siné, le terme qui désigne la manière de raconter la vie de ceux qui ont quitté notre royaume des abrutis, les journalistes qui ont tellement une carte de presse identique que ça commence à se voir, sont, dans leur grande majorité, revenus sur la fameuse polémique de l'affaire du fils Sarko qui aurait pécho la fille Darty juste pour son pognon.

Rappel des faits : Siné, qui aimait la provocation sinon il aurait fait un autre métier avait pondu un papier qui était paru le 2 juillet 2008 dans Charlie Hebdo, un hebdomadaire satirique qui pratique souvent le "faux-cuisme" parce qu'il accepte pas forcément qu'on puisse rire de tout.

Siné avait écrit : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !». 

Un texte qui vaut au dessinateur de se faire lourder par Philippe Val qui avait pourtant accepté de publier le billet de Siné, vu que c'est lui... le directeur de la publication! 

Mais Askolovitch de son prénom Claude (journaliste et éditorialiste de profession), qui parfois défend les "minorités" pour brouiller les pistes, découvre le texte sur "l'histoire d'amour financière" entre Fiston Sarko et Melle Darty. Le 8 juillet 2008 (6 jours après la parution du texte de Siné), Claude Askolovitch affirme sur RTL que le papier de Siné est antisémite. Ça suffit pour déclencher la polémique et la chasse aux sorcières.

Sarko mis au courant appelle Philippe Val qui est un ami de sa femme, accessoirement la chanteuse Carla Bruni. Le président français demande au boss de Charlie Hebdo de prendre des sanctions : il s'agit ici de son fils, du prince héritier. Philippe Val obéit. Ca l'arrange: ça fait quelques temps qu'il peut plus le sentir. Et hop, Siné est viré. Sans préavis. Siné, qui est pourtant un historique de Charlie Hebdo est foutu à la porte en 30 secondes, douche comprise.

Comme la justice fait parfois bien son boulot, elle donnera raison heureusement au caricaturiste qui touchera des indemnités pour licenciement abusif, jugeant aussi que la chronique incriminée n’avait rien d’antisémite.

Pour justifier le traitement injuste pris à l'encontre de Siné, Philippe Val dit : « Je suis rarement d'accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes » et « cette latitude est bordée par une charte qui proscrit notamment tout propos raciste et antisémite dans le journal ».

Mes couilles sur la table, pour être raccord avec l'esprit Siné.

Très crédible les justifications de Philippe Val. Le même qui ne moufte pas quand Siné toujours, paix à son âme, s'en prend directement aux musulmans le 11 juin 2008.

Un mois donc avant la célèbre chronique jugée antisémite sur le fils Sarko, Siné publie sur Charlie Hebdo : « Je n'ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s'arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j'avoue que, de plus en plus, les musulmans m'insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j'ai envie de leur botter violemment le cul !». La suite: « Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n'ont rien à leur envier d'un point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon coeur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche ».

En vrai, Siné aurait été gaga devant ces tous enfants qui bouffaient pas de ralouf comme il a été un super papa avec sa fille Stéphane que je salue au passage, et qui a la chance d'avoir un prénom de mec, sans doute une idée de son daron. Siné était juste un emmerdeur olympique.

Je l'aimais bien parce qu'il ne faisait pas de différence entre les origines des uns et des autres. Il était "con" mais sa connerie n'était pas sélective. Il foutait tout le monde dans le même sac. Et au final, passer pour le roi des connards, il s'en tapait comme de l'an 40. 
 

 

Nadir Dendoune

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