La chronique du Tocard. Une bouteille à la Seine

 

J’étais arrivé au fin fond de nulle part, dans un petit bled en Espagne et c’était l’endroit idéal pour réfléchir et prendre du recul sur la vie qui passe. Je repensais à elle. A celle que j’avais toujours aimée. Et que j’avais laissée partir il y a quelques années. Comme ça, sans prévenir. Comme un connard. Et aussi parce qu’on regrette toujours après.

 

La vérité de la preuve par dix c'est que je l'aimais toujours. Je l'aimais tellement que je lui avais dit le contraire, parce que je savais qu'au fond c'était elle la bonne et que la flippe amoureuse c'était quelque chose de profondément masculin. Toute ma vie, j'avais été un Tocard en amour et il était temps que ça change.

Croyez en mon cœur, fallait pas aller chercher à des kilomètres à la ronde une autre qu'elle. Cette nana, j'avais fini par la trouver. C’était la fille idéale et parce qu’il fallait bien mourir un jour, c’était celle avec qui tu voulais t'éteindre à ses côtés. J'avais enfin rencontré quelqu'un qui me plaisait intellectuellement et physiquement.

C'était une nana qui allait de l'avant et qui voyait la vie avec des fleurs partout. On s'était croisé par hasard même si elle avait un peu forcé les choses. Elle avait un diplôme en rencontre virtuelle, un master en amitié et pour une fois sa gentillesse sur Facebook c'était une photocopie parfaite de ce qu'elle représentait dans la vie des quatre saisons.  

Cette nana qui avait des origines du Maroc, ce qui l'a rendait encore plus  belle par rapport à l'ensemble des maghrébines, avait une fille en plein dans l'adolescence. Une pianiste en herbe qui savait aussi jouer de la danse mais avec une coupe de cheveux à la Autant en emporte le vent.

La modestie et l'humilité lui allaient à ravir et la jeune Mozarte me ressemblait à cause de son affaire douloureuse avec les mots qui pour elle aussi s'envolaient comme des oiseaux. J'avais vu ça comme un signe du Mektoub alors que Dieu a toujours été à part dans ma vie. 

Mon amoureuse me connaissait de l'écriture, de cette chronique qu'elle aimait tant et depuis que je la connaissais, le niveau avait augmenté ostensiblement. Elle aimait la lire avant parution pour y ajouter une touche féminine, une épice grammaticale. C'était un cordon Gnoule aussi et sa spécialité c'était les pancakes au miel 100% bio qu'elle maîtrisait de la tête au pied.

Elle avait passé son temps à me dire qu'on était fait l'un pour l'autre, et c'est vrai qu'on pouvait rester tous les deux des soirées ensemble sans se rendre compte qu'il y avait un autre monde qui tournait autour de nous. Elle était parfaite pour pas qu'on s'ennuie tous les deux, parce qu'elle aimait lire ou écrire et parfois même le sport, enfin surtout le patin à roulettes malgré le fait qu'elle aimait fumer sa cigarette, qui fait rire qu’elle de temps à autre.

On avait passé des moments uniques lors de week-ends, à la campagne, au milieu des chèvres que je ne regardais plus par respect pour elle. Je préfère blaguer avec ça car j’ai en fait trop mal à l’amour…

Pris de panique, j'avais arrêté la relation amoureuse avec elle très vite. Je lui avais surtout menti en lui disant que je l'aimais d'amitié mais à l'intérieur, bien entendu, c'était l'amour qui dégoulinait de partout. Elle regrettait que je ne lui offre pas la possibilité de cultiver l'amour qu'elle avait pour moi.

Plusieurs fois, j'avais voulu l'appeler pour lui dire que j'avais peur. Et que j'avais besoin de son aide pour lâcher prise. J'avais peur de la décevoir et qu'elle me déçoive à son tour. J'avais le passé douloureux en ligne de mire, des histoires d'amour qui s'étaient mal terminées, et tous ces mauvais souvenirs m'empêchaient de me projeter vers l'avenir. Et puis, la vérité c'était que j'avais tellement grandi avec la difficulté affective, habitué à la violence des relations humaines, que je croyais que le bonheur c'était que pour les autres.

A l’époque, elle avait eu raison de prendre de la distance avec moi, je lui donnais que dalle en retour, si ce n'est de la peur, de l'angoisse, et des maux de tête à n'en plus finir. 

Aujourd'hui, ce message, cette bouteille à la Seine, lui arrivait sans aucun doute un peu tard. Allah-vait dû retrouver un autre Gnoule, un type un peu moins flippé que moi. Elle m’avait quitté, fâchée de ma poire. Elle était partie amoureuse de moi. Elle devait m’aimer toujours encore un peu à cause de l’amour qui ne s’éteint vraiment jamais. Elle avait pris sur elle tout ce temps. Je l'avais fait tellement souffrir comme on est souvent cruel avec les gens qu'on aime le plus.

Aujourd’hui, j’avais rien à perdre et tout à emporter. Je voulais juste qu'elle sache qu'elle avait eu raison depuis le début et que le couillon c'était moi au final. Je sais pas si je méritais qu’elle me redonne une chance. En vérité, je lui disais pas toutes ces choses pour ça. Le principal était ailleurs.

Bien sûr qu'elle m'avait manqué tout ce temps-là, et l'air était devenu rare en la voyant s'éloigner. Mais l'important était plus loin. Grâce à cette folle qui m’avait tellement plu, avec tous les défauts qu'elle avait en stock et les quelques kilos avec, j'avais juste compris qu'il fallait à l’avenir vivre les histoires. Toutes les histoires. Surtout celles qui nous faisaient peur...

Nadir Dendoune

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