La chronique du Tocard. Une femme dans toute sa splendeur....

  • Par admin
  • le mardi 5 mai 2015

Pour Safia, le ciel lui tombait sur la tête, comme si ses ancêtres étaient de la lignée directe des Gaulois, parce que son mec l'avait largué. Zut ! D’habitude, c’était elle qui abandonnait ses amoureux, surtout quand elle sentait souffler derrière sa nuque la brise de l’euphorie complète, parce qu’elle trouvait que la félicité n’allait pas avec le  bonheur.

 

Son Jules en avait rencontré une autre, au hasard d'une soirée bien arrosée. Une belle plante, plus jeune, plus fraîche, plus sauvage aussi, comme un nouveau jouet qu’on découvre à Noël, et il était tombé croc d'elle au premier clin d’œil, mais aussi à cause de sa plastique hors norme.  Classique pour un mec de 40 piges. Moins classique: son nouvel ex avait eu la décence de lui dire la vérité et je l’estimais pour ça. Mais je crois que cette fille lui servait surtout à oublier Safia, parce qu'il l'aimait toujours autant.



Comme à son habitude, mon amie avait débarqué à mon domicile ilodyonisien, sans prévenir, à une heure avancée de la nuit, comme si c’était elle qui payait la facture de gaz de mon appartement. J’avais ouvert la porte, sapé en cycliste, sans t-shirt, j’étouffais dans ma chambre à coucher, et Safia avait découvert bouche bée mon corps d’éphèbe.  D’emblée, pour pas qu’elle ne s’enflamme, je lui avais conseillé de fermer sa bouche : « Safia, mes muscles saillants ne seront jamais à toi. Ils appartiennent à une autre». Une fois entré dans mon F2, elle s’était mise à chialer. C’était bien la première fois que Safia pleurait pour un mec, ou pour tout autre chose d’ailleurs…Avec elle, ce soir là, j’avais opté pour la méthode Coué et je lui avais dit : « Cocotte, essuie tes larmes, tu vas en mettre partout, déjà que c’est crade chez moi. Reprends toi, tu as un corps à faire bander une salle d'attente chez l'urologue, des yeux à rendre fou un aveugle, une intelligence à couper le souffle, alors, ça va aller : pense à toutes ces moches, qui elles, n’ont que leur gentillesse pour réussir dans le grand jeu de l’amour ». 

 

Le problème avec mon amie, c’est qu’elle avait toujours cru qu’elle pouvait faire Disney Parade avec tous les mecs. Cette fois-ci, elle était tombée sur un os, une autre espèce d’homme, un type digne, en kabyle, on aurait dit un « Argaze », doté d’un gros orgueil et qui avait fini par dire Stop à tous les caprices de sa chérie. Il en avait eu le ras le casque de ces indécisions, des ses reculades. Il s'était lassé d'attendre. Safia avait tous les atouts pour être heureuse en amour mais elle bégayait avec ses histoires de cœur parce qu’elle était une femme dans toute sa splendeur et donc paradoxale jusqu’au bout des ongles. Elle avait été bien, même très bien avec son dernier Jules, « le Marc Dutroux », comme elle l’appelait, parce qu’il s’était barré avec une plus jeune qu’elle. Son ex-gars était gentil, attentionné, il savait cuisinier, il était plutôt pas moche. Il avait même de l’humour. ! Et elle, cette pauvre conne, qui intellectualisait tout, jusqu’au moindre détail de la vie, et au lieu de se laisser bercer tranquillement par le bonheur renversant de deux êtres qui s’aiment, avait paniqué. Un matin, elle s’était levée à ses côtés et elle l’avait regardé. La nuit avait été d'une douceur exquise. Safia aimait sa peau, ses caresses. Elle lui mettait 20 sur 20, même 21, la mention excellente parce que les maths, ça n’avait jamais été son fort. Même sexuellement, le compte était bon. Bref, il était parfait. Plus bon que le plus bon de tes copains. Safia oubliait tout dans ses bras. Enfin, pas tout à fait…



Ce matin donc, alors qu’elle nageait à l’air libre dans un bonheur immaculé, elle alla se demander, son cerveau compliqué travaillait d’arrache pied, si elle en voulait vraiment de cette perfection. Si elle ne finirait pas par s’en lasser. Elle cherchait la petite bête : les détails se trouvaient dans le Shetan, se disait-elle. Mais tout était nickel; un type très investi dans la relation, qui laissait même ouvert toutes les options GPGnoule qu’offre une vie à deux : le mariage halal, les bébés, la maison avec le jardin, les voyages…On aurait pu croire que ses hésitations venaient de là, que les engagements de son très cher lui faisaient peur. C'était mal la connaître. Safia était lucide.


A 36 ans passé d’un hiver doux, elle savait très bien qu’elle avait beau changer les piles de sa montre au gré des rencontres, son horloge kilométrique tournait quand même très vite. La vérité c'est qu'elle avait peur d’autre chose. Elle avait peur du bonheur. Comme si elle n’en avait pas le droit. Comme si il était réservé qu’aux autres. D’ailleurs, elle ne connaissait personne dans son entourage qui était heureux à deux, alors pourquoi elle le serait elle ? Et puis, comme pour chacune de ses relations, elle se demandait s’il n’existait pas un autre monsieur dans ce bas-monde qui pourrait lui correspondre mieux. Pourquoi pas un gars avec quelques défauts mais qui s’améliorerait avec les années ? 

 

Safia était trop compliquée pour être heureuse. Elle était tellement belle et drôle et intelligente  qu’elle savait qu’elle n’aurait aucun mal à trouver un autre homme. Pourtant, elle ne se rendait pas compte que pour être totalement heureuse, nul autre choix que de choisir. A force d’être perdue dans ses perpétuels doutes, de se comporter comme une enfant gâté, elle renonçait de fait à l’amour véritable.....

 

Nadir Dendoune

 

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