Le militant

ND - LCDL

Le militant, le vrai, le sincère, pas celui qui se sert des causes qu'il défend pour aller mieux, ou pour avancer dans sa propre carrière, a toutes les raisons aujourd'hui d'être en colère. Déjà parce que le nombre de ceux qui souffrent ne cesse de grimper et qu’il a l’impression, malgré tous ses efforts, qu’il ne peut rien faire pour enrayer la machine à fabriquer la misère. Et aussi parce qu'il n'y a jamais eu autant d'individualisme dans notre société. Faut vraiment qu'il soit archi motivé, ou dopé ! pour continuer à lutter. Surtout quand on pense à la manière dont se comporte la majorité de ceux qui se définissent, eux aussi, comme « militants ».

Aujourd’hui, on a l’impression que de plus en plus de militants militent d'abord pour se sauver eux-mêmes. Pour donner un sens à une vie, parfois médiocre où ils s'ennuient à mourir. On retrouve parmi eux des artistes ratés, des gens malheureux dans leur boulot, ou en amour. Ils n'ont pas encore compris que pour être en capacité d'aider les autres, il fallait déjà aller bien.

C'est pour cela que ce militant là est constamment sur les nerfs. Il est aussi intolérant qu’insupportable et aimerait tant que tous les autres lui ressemblent, en oubliant que les autres ont aussi le droit de s’en foutre. Quelque chose qu’il devrait comprendre aisément, lui qui passe son temps à faire la promotion du mot « liberté ». Résultat :  il finit par éloigner, voire dégoûter, celles et ceux qui auraient pourtant aimé le rejoindre. 

Le pire de tous, c'est le « militant opportuniste » classique, sans conviction aucune. Tout le monde en connaît au moins un. Le « pseudo militant » a compris très vite qu'il pouvait faire carrière sur la misère des autres. Si il arrive à la jouer fine, la « célébrité cathodique » n’est jamais loin. Parfois, elle est en mesure de lui offrir même une « jolie place au soleil ».

Pour cela, comme c’est un filou de première catégorie, il sait qu’il doit choisir avec précaution les causes qu'il va défendre. Celles qui présentent le moins de danger sur le papier, celles où tu risques le moins de prendre de coups : l’anti-racisme moral Bisounours Black-Blanc-Beur, la lutte contre l’antisémitisme, l’égalité Hommes-Femmes (en banlieue et dans les pays musulmans, pas dans les milieux bourgeois, ou au Sénat ou à l’Assemblée), l’Ecologie, voire les droits des homosexuels,…etc.

Une fois qu’il a choisi sa ou ses causes, parce que diversifier c'est toujours mieux, il faut qu’il soit visible. On le retrouve souvent en tête de cortège des manifestations, parfois avec une pancarte, ou un beau t-shirt, histoire de se faire remarquer, et un super slogan imparable, toujours prêt à répondre aux médias qu’il prétend pourtant maudire sur sa page Facebook, pour se donner un look de « vrai militant ». Il lance aussi des opérations « militantes marketing » pour ne pas qu'on l'oublie. Si ça marche, il crée une association qu'il présidera bien sûr. Une belle vitrine pour lui. 

Son militantisme devient alors un métier et il s’arrange toujours pour dégager du temps pour « être visible ». Mais comme il n’a pas vraiment de talent, sinon d'être un bon orateur, il finit par se diriger lentement vers la politique. 

A côté de lui, on trouve le « militant expert ». Par rapport à l’opportuniste de base, lui a commencé à militer avec sincérité. Sans arrière pensées. Et puis, comme il a commencé à être bon, efficace dans ses analyses,  les médias lui ont tendu le micro. Pour gagner en crédibilité et être invité un peu partout, il a fallu écrire des tribunes. Puis des livres.

Aujourd’hui, il participe à des conférences à travers le monde. Parfois, gratuites, si la pension complète à New-York est comprise, surtout payantes, si elles ont lieu à Paris, ou dans un établissement scolaire en province. Le militantisme a été la chance de sa vie et lui a permis de s’élever socialement. 

Place désormais au virtuel. La plus grande partie du militantisme d’aujourd’hui. Le militant wifi, 2.0, ne milite pas vraiment, même s’il est persuadé de l’inverse, puisqu’il n’est jamais en relation physique avec ceux qu’il est censé aider. Il croit qu’il suffit de partager un événement ou d’appeler à signer une pétition pour faire de lui un vrai militant.

Parfois, pour donner l’illusion qu’il va sur le terrain, il se photographie à une manif, où il reste 30 secondes, avant de retourner sagement derrière son écran. Certains osent même se mettre en scène en se prenant en photo avec des SDF ou des réfugiés….

S’il a le malheur de savoir écrire un peu, le militant Wifi peut devenir le Super militant des réseaux sociaux (et même pécho, grâce à ça !) et se targuer d’avoir plusieurs milliers de suiveurs, sur Facebook, mais surtout sur Twitter où il n’hésite pas à livrer une guerre virtuelle sans merci mais sans aucun coup donné ! avec d’autres militants qui ne sont pas d’accord avec lui…On s'insulte derrière un écran mais quand on se voit, on baisse les yeux !

Les plus virulents s'avèrent être ceux qui s’expriment sous un pseudo. Plus ils sont moches à l’intérieur, et plus ils se cachent. Ils ne mettent également jamais de photos. Faudrait pas qu'on les reconnaisse les bouffons ! Ils expliquent leur lâcheté, euh pardon leur geste, en te disant qu'ils n'ont pas le choix parce que s’ils se « dévoilaient », cela pourraient leur procurer des soucis au boulot. Ouais. Comme s'il était le seul à avoir un job ! Pas vraiment courageux quoi ! 

Le militant, le vrai, le sincère, pas celui qui se sert des causes qu'il défend pour aller mieux, ou pour avancer dans sa propre carrière, est celui qui aide en toute pudeur et en toute discrétion. Il dégage souvent du temps qu’il n’a pas, au détriment de sa propre vie, comme toutes ces femmes courageuses qu'on croise dans les manifs ou dans les maraudes, qui donnent des cours de français bénévolement aux réfugiés, ou qui filent un coup de patte au secours populaire.

En plus d’aider les autres, elles doivent souvent s’occuper en plus de leur foyer, d'autant plus méritantes si elles vivent seules avec leurs gamins. Le vrai militant est donc celui qui agit sans communiquer autour de ce qu’il fait. Il ne cherche pas la reconnaissance des autres, mais espère le mieux-être de ceux qui ont besoin de lui. Forcément, on le connaît moins parce qu'on le remarque moins et c'est pourtant à lui, à elle, que je tiens à rendre hommage...

Nadir Dendoune

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