Les cadres sup’ convertis à l’islam se cachent pour jeûner

Le quartier de La Défense à Paris. THOMAS COEX / AFP

 

Cinq ans. Cinq ans que Sophie*, cadre dans une grande entreprise à La Défense, « ruse » au moment du ramadan. Convertie à l’islam depuis 2010, cette trentenaire, qui vit dans un studio coquet de 50m2, pas très loin du parc Monceau (Paris 17ème), « préfère cacher » à son employeur (et à ses collègues) qu’elle est musulmane. 

 

« A un moment, j’ai voulu leur dire mais je me suis abstenue. J’avais peur de leur jugement », raconte-t-elle, d'un ton convaincu. « Aujourd’hui, c’est trop tard. Avec ce qu’il se passe en ce moment, je pourrais en subir les frais et perdre mon emploi », dit Sophie dépitée. « Heureusement pour elle », comme elle le précise, Sophie ne porte pas le voile, s’habille « comme les autres filles », sa foi n’est donc pas visible. « Quand on occupe ma position, on déjeune souvent à l’extérieur. Mes collègues aiment commander du vin. Un jour, un confrère m’a dit sur le ton de la plaisanterie, en voyant que je refusais de boire de l’alcool : « T’es convertie à l’islam ou quoi ?». Sophie est une coureuse assidue, elle a motivé donc son refus par sa pratique sportive. 

Ne pas vouloir boire un verre de vin est une chose, jeûner pendant un mois, en est une autre. Chaque année, Sophie redoute la période du ramadan. « J’essaie de prendre un maximum de congés à ce moment », explique-t-elle. Pour les autres jours où elle est au bureau, elle dit à ses collègues qu’elle a « trop de boulot pour pouvoir aller manger à l’extérieur ». Elle s’arrange aussi pour fixer ses rendez-vous professionnels au sein de l’entreprise. Bref, elle fait des pieds et des mains pour ne pas se retrouver dans une situation « inconfortable ». 

Ce jeudi 2 juillet, Sophie a rompu le jeûne avec un ami, également converti à l’islam, également cadre… Jérôme*, 35 ans, en charge d’une équipe de 20 personnes dans une grosse entreprise d’informatique, raconte les mêmes choses que son amie. « J’ai l’impression que plus tu occupes une position importante, moins les gens acceptent ta conversion. Tant que les musulmans avaient des postes subalternes, ça ne dérangeait pas. Ils pensent désormais que les musulmans vont prendre le pouvoir », explique celui qui a « connu l’islam il y a dix ans lors d’un voyage en Indonésie ».

Pour Jérôme, être un converti, « c'est une circonstance aggravante ». « On nous considère comme des traîtres », lâche-t-il, amer. « En plus, de nombreux actes terroristes sont commis par des convertis. Bref, je suis très pessimiste pour la suite », avoue-t-il. Sophie et Jérôme connaissent d’autres convertis (tous sont cadres) qui ont du mal à se faire accepter. Que ce soit au travail, mais aussi, au sein de leur propre famille...

Les parents de Sophie vivent depuis toujours à Montigny-le-Bretonneux, commune des Yvelines, située à 25 kilomètres de Paris. Un ancien petit village qui compte aujourd’hui plus de 30 000 habitants. Ils ont fini par être au courant de la conversion de leur fille. « Le dimanche, quand je peux, je viens déjeuner chez eux. Je leur ai juste dit que je ne mangeais plus de porc. Ils n’ont rien dit », lâche-t-elle. « Je suis leur unique enfant. Ils sont chrétiens. Et je peux me mettre à leur place. Je sais que ce n’est pas simple pour eux », continue Sophie. Cinq ans après, sa mère n’a toujours pas accepté la nouvelle religion de sa fille. « En plus, elle regarde la télé et elle a peur pour moi. Elle craint que je puisse partir un jour en Syrie. Elle voit l’islam comme une religion oppressante pour la femme », continue Sophie. « Mon père voit bien que je suis heureuse. Pour lui, c’est tout ce qui compte », dit-elle, les yeux pétillants.

Jérôme, lui, n’a encore rien dit à sa famille. Ses parents le croient quand il leur dit qu’il est devenu végétarien…

*Les prénoms ont été modifiés

Nadir Dendoune 

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