France. Ouverture du procès aux assises du policier responsable de la mort d'Amine Bentounsi

FRANCE, Noisy-le-Sec : Amal Bentounsi (G) participant à une manifestation à la mémoire de son frère, Amine Bentounsi, abattu d’une balle dans le dos le 28 avril 2012, par le policier Damien Saboundjian. MEHDI FEDOUACH / AFP

 

Du 11 au 15 janvier 2016 se déroulera, à la Cour d’assises de Bobigny, le procès du policier responsable de la mort d’Amine Bentounsi, abattu d’une balle dans le dos en 2012. D’abord poursuivi pour « homicide volontaire », Damien Saboudjian sera finalement jugé pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique ». 

 

Amal Bentounsi attend ce procès depuis près de quatre ans. Depuis ce 21 avril 2012, quand son frère Amine a été abattu par un policier à Noisy-Le-Sec (93). Le gardien de la paix, responsable de sa mort, a été renvoyé devant la Cour d’assises de Bobigny. Le procès se tiendra du lundi 11 janvier au 15 janvier, et ce, malgré les vives protestations de la police. 

Quatre jours après le drame, le 25 avril 2012, la mise en examen de Damien Saboundjian, âgé de 35 ans au moment des faits, pour homicide volontaire provoque la colère des policiers qui décident alors de défiler sur les Champs-Élysées.

A dix jours de la présidentielle, le démago Nicolas Sarkozy leur promet s’il est réélu « une présomption de légitime défense, car dans un État de droit, on ne peut pas mettre sur le même plan, un policier dans l'exercice de ses fonctions et le délinquant dans l'exercice de ses fonctions à lui ». Leur offrant en quelque sorte, un permis de tuer…

Depuis, l'accusation d'homicide volontaire a été revue à la baisse. Damien Saboundjian a été renvoyé devant les assises pour «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

Le 19 septembre 2014, Nicolas Aubertin, vice-président chargé de l’instruction au tribunal de Bobigny avait décidé de requalifier les faits, un grade en dessous, car selon lui « l’information n’a pas permis de démontrer formellement que Damien Saboundjian avait voulu tuer Amine Bentounsi en tirant volontairement à quatre reprises dans sa direction », précise-t-il dans son ordonnance de mise en accusation. Pour autant, Nicolas Aubertin écarte l’état de légitime défense

Retour sur ce drame

En 2012, Amine Bentounsi a 28 ans. Vers 20 h 30, un appel anonyme prévient le centre de commandement de la police de Seine-Saint-Denis de la présence d’un individu nommé « Amine », qui indique que le jeune homme serait en cavale. Repéré par un équipage de Police secours, Amine, s’enfuit. 3 policiers le poursuivent. En vain. Amine leur fausse compagnie. 

Un quatrième policier Damien Saboudjian, resté dans le véhicule, contourne le pâté de maisons et tombe nez à nez avec Amine.  Des coups de feu retentissent et Amine Bentounsi tombe face contre terre, touché par une balle au bas du dos. 

Et là, les versions divergent. Pendant plusieurs mois, les collègues du gardien de la paix font bloc derrière leur partenaire, affirmant avoir tout vu. Pressé par l'IGS, la police des polices, ils reviendront sur leurs propos. Au final, ils n’ont rien vu.

Ce qui n’est pas le cas de six autres personnes, présentes au moment de la tragédie. Aucun n’a vu Amine Bentounsi  braquer le gardien de la paix. Par contre, deux d’entre eux ont vu le jeune homme chuter puis se relever juste avant les coups de feu. Chose qu'oublieront d'évoquer les policiers…

Pire : quatre filles, à bord d’une Peugeot 306 affirment même avoir été braquées un court instant par Damien Saboundjian. « Il était complètement paniqué », finiront-elles par dire. Malgré tous ces éléments gênants pour la défense du fonctionnaire de police, la condamnation de ce dernier ne semble pas acquise.

Amal Bentounsi, la soeur d'Amine, garde une lueur d'espoir. "Le fait qu'un policier soit traduit en assises est rarissime. Ce procès doit donc être l'occasion de rendre justice à mon frère tout en n'oubliant pas les nombreuses victimes de crimes policiers pour lesquelles la justice répond dans l'écrasante majorité des cas par des non-lieux ou par la relaxe des policiers impliqués", explique Amal.

"L'exception, c'est donc  ce policier qui a abattu mon frère d'une balle dans le dos et qui va devoir s'expliquer devant une cour d'assises. La règle, ce sont les non-lieux à répétition par lesquelles se soldent la plupart des affaires de crimes policiers", continue la sœur d'Amal. "Reste à savoir si, à Bobigny la semaine prochaine, l'exception viendra confirmer la règle", conclut-elle. 

Nadir Dendoune

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