Palestine.Jérusalem - Lune de miel entre Sionistes et Wahhabites

Le prince héritier saoudien Mohamed Bin Salman (D) et le Premier ministre d'Israël, Benyamin Netanyahou. © AFP

Netanyahou et Trump doivent une fière chandelle à Mohammed Bin Salman. En effet, sans le tout-puissant prince héritier du royaume saoudien, les faucons israéliens n’auront jamais osé mettre le doigt dans la poudrière de Jérusalem. Cette reconnaissance de Jérusalem comme ambassade des Etats-Unis en Israël, qui est vécue comme une provocation par la plupart des acteurs impliqués de près ou de loin dans le conflit israélo-palestinien, est la conséquence d’une alliance au grand jour entre l’Arabie saoudite et Israël qui mettent la pression pour convaincre – ou plutôt pour contraindre – les dirigeants palestiniens à accepter le fait accompli.

Ce projet d'accord a été préparé en secret depuis des mois par deux des plus proches conseillers de Donald Trump : son gendre Jared Kushner et son émissaire pour le Proche-Orient, Jason Greenblatt en collaboration avec MBS qui n’a pas hésité à se prendre en Selfie avec Kushner dans la mosquée de la Mecque !

C’est le New York Times qui a révélé que le nouvel homme fort de la monarchie wahhabite a convoqué, le mois dernier, Mahmoud Abbas, afin de lui faire une proposition que le chef de l’Autorité palestinienne, malgré ses accointances avec Israël n’a pas osé entériner : renoncer à faire de Jérusalem-Est la capitale du futur État palestinien. De toutes les façons, ses heures sont comptées à la tête de l’Etat palestinien, puisque les Saoudiens et les Israéliens ont déjà adoubé le sulfureux Mohammed Dahlan qui se démène dans les coulisses pour prendre les rênes du pouvoir en Palestine.

Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre ce qui motive les Saoudiens.

Il faut juste savoir que la plupart des décisions ont été prises par l’omnipotent prince saoudien. La course effrénée contre la montre que le prince héritier de 32 ans joue pour asseoir son pouvoir, le pousse à faire toutes les concessions possibles et imaginables à l’administration Trump et au chef de l’Etat hébreu, censés lui faciliter ce coup d’Etat, qui a commencé par la mise à l’écart de Mohamed Ben Nayef et qui se poursuit avec l’incarcération de plusieurs dignitaires saoudiens.

Il y a quelques mois, personne n’aurait parié un kopeck sur MBS : nettement moins diplômé que ses demi-frères aînés, il n’a pas fait d’études à l’étranger, n’a qu’une licence de droit obtenu dans l’université du Roi-Saoud à Ryad, ne maîtrise pas bien l’anglais et son QI ne serait pas aussi brillant qu’on le laisserait croire.

Aujourd’hui, l’ambition dévorante du personnage en quête de légitimité laisse planer le doute sur l’avenir de la Mecque du wahhabisme. L’implos​ion probable du pouvoir saoudien serait une question de mois, voire de semaines. En effet, le fait de bouleverser un pouvoir réparti entre les différents princes, ajouté à l’attaque frontale contre le wahhabisme, socle de la monarchie saoudienne, quand une redistribution des revenus du pétrole ne fonctionne plus et le « Vietnam » yéménite à coup de milliards, font que le jeune prodige, sous couvert de lutte contre la corruption, est en train de scier la branche sur laquelle il est assis en s’attaquant notamment aux réseaux princiers.

Un cocktail explosif qui laisse présager du fameux printemps arabe qui a épargné jusqu’à présent les Al saoud.

Dans ce pays où le tribalisme menace, l'islam fondamentaliste et médiéval est plus que jamais une réalité. Le royaume, allié inconditionnel de l'Amérique, qui soutient partout, et en douce, les pires intégrismes ne peut se transformer du jour au lendemain en pays moderne où les femmes conduisent leur voiture et où quelques dignitaires, clament leur amour pour « Israël, un pays qui n’a jamais fait de mal au royaume ».

Nous ne sommes plus dans les émotions populaires, les rumeurs du bazar ou dans une télénovela de la télé arabe du jour; la stratégie retorse et explosive menée par les Al Saoud a atteint ses limites. Et le djihadisme antioccidental et terroriste qu’on disait en recul a, désormais, dans cette alliance inédite entre le sabre saoudien et l’étoile israélienne, une occasion en or pour recruter de nombreux soldats dans les masses arabes, écoeurées par l’hypocrisie affichée du pouvoir saoudien et pour lesquelles, le statut d’Al Qods est une ligne rouge à ne pas franchir.

Malheureusement, la seconde version du printemps arabe risque d’être plus sanglante que la première, avec le risque d’alimenter les brasiers moyens-orientaux avant de s’étendre au Maghreb. 

Abdellatif El Azizi

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