France.Procès en appel du policier Saboundjian : les mensonges de ses collègues pour le protéger

Des policiers devant le TGI de Paris, le 6 mars 2017. Alpha CIT / Citizenside

Protéger leur collègue coûte que coûte. Ghislain Boursier et Charles Accary ont tous les deux menti pour couvrir Damien Saboundjian, un gardien de la paix de 38 ans, poursuivi par la justice pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Des faits passibles de 20 ans de réclusion criminelle. Le 21 avril 2012, il a abattu d'une balle dans le dos, à Noisy-le-Sec, Amine Bentounsi. 
 

Incarcéré à la prison de Châteaudun pour des vols à main armée, ce jeune homme de 28 ans, faisait l'objet d'un mandat de recherche pour n'être pas rentré de permission. Avisée de sa présence à Noisy-le-Sec (93), une patrouille s'était lancée à sa poursuite.

Jugé en première instance en janvier 2016 par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, Damien Saboundjian avait été acquitté : la justice estimant qu'il avait agi en état de légitime défense. Le parquet général avait fait appel de cette décision. Ce deuxième procès a démarré ce lundi 6 mars. 

Ce mardi a été consacré essentiellement au récit des trois collègues de Saboundjian, présents au moment du drame. 

Le premier à s'avancer à la barre est Charles Accary. C'est lui, le chef de bord, responsable de l'équipage. Damien Saboundjian est le chauffeur de ce groupe composé donc de quatre personnes. 

Ce soir là, il n'y a qu'un véhicule de disponible. Un peu plus tôt dans la journée, Ludovic Thomas, fonctionnaire de police, l'un des premiers arrivés sur les lieux du drame, regrettera que "cette mission ait été confiée à police secours, et pas à la B.A.C, plus compétente pour ce genre d'interventions". 

Après avoir été abattu d'une balle dans le dos, Amine Bentounsi gît sur le sol, face contre terre. Charles Acary découvre ce qu'il vient de se passer. Il ne posera quasiment aucune question à ses autres collègues. Il est pourtant leur supérieur. 

"Comment comptiez-vous faire votre rapport, questionne interloqué alors le juge ? "J'ai pensé que la procédure pouvait attendre. On avait un collègue en état de choc et un individu à terre", répond Accary. 

Effectivement, le chef d'équipage attendra le lendemain pour écrire son rapport. Un rapport écrit à la première personne, alors qu'il fut rédigé en concertation avec ses trois autres collègues, y compris l'auteur des tirs, Damien Saboundjian, comme le relève l'instruction. 

"Pourquoi faites-vous un rapport alors que l'IGS mène son enquête ?", demande le juge. Les quatre policiers ont été entendus un peu plus tôt par la police des polices.

"Parce qu'on doit rendre compte à notre hiérarchie", répond Accary. "A qui exactement ?", questionne encore le juge. "Je crois que c'est la commissaire", bredouille le témoin. 
Dans ce rapport, Accary affirme que Damien Saboundjian a été "braqué agressivement" par Amine Bentounsi, alors que comme ses trois autres collègues, il n'a rien vu de la scène du crime. 

"Quand on prétend dire ce qu'on a pas vu, en français, ça s'appelle un mensonge", raille Maître Konitz, l'avocat de la partie civile. 

Troublant aussi l'échange radio quelques minutes après les tirs de Saboundjian.  "Il est en train de perdre connaissance gentiment", dit Acary à son interlocuteur. Amine Bentounsi était en train de mourir.

Ghislain Boursier, lui, a menti ouvertement. Lors de ses premières déclarations, ce dernier a affirmé en apportant des détails : " Il (Amine Bentounsi) ne fuyait pas. Il était bien campé sur ses positions. Il était de ¾ ". Pourtant, après son passage à l’IGPN, il reviendra sur ses propos. Au final, il n’aura rien vu de la scène.

- "Est-ce que vous avez inventé ?", demande le juge 
- "Je n'ai pas vu. J'ai juste dit ce que j'avais entendu". 
- "Pourquoi ne pas avoir dit la vérité ?", veut savoir Maitre Louise Tort, l'avocate de la partie civile. 
- "Je ne peux pas répondre".  

Maitre Konitz excédé s'avance : "Je  vous le dis dans les yeux, vous êtes un menteur". Il ne s'acharne pas sur Boursier. 

Placé sur écoute par l’IGPN, M. Charles Accary appelle M. Boursier. "L’IGPN veut savoir la position de Bentounsi pendant les tirs ", dit M. Boursier à son supérieur. "On s’en fout de la position de Bentounsi", lui répond M. Accary. 

Peu de temps après le drame, un barbecue est organisé avec tous les protagonistes. Amal Bentounsi, la soeur de la victime, craque pour la première fois. 

Nadir Dendoune

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