France.Rétrospective Polanski : « Ca participe à la banalisation des violences faites aux femmes »

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski et les actrices françaises, Eva Green (G) et Emmanuelle Seigner, au Festival de Cannes, le 27 mai 2017. ALBERTO PIZZOLI / AFP

Dans un contexte où l'affaire Weinstein a conduit à une certaine libération de la parole concernant les violences faites aux femmes, aux Etats-Unis mais aussi en France, la rétrospective de l’œuvre de  Roman Polanski qui débute ce soir (30 octobre), à la Cinémathèque française, provoque la polémique. Ainsi, l'association Osez le féminisme appelle à un rassemblement, ce soir devant la cinémathèque française, pour manifester leur indignation face à ce choix de programmation.

 

Timing

Lorsqu'au printemps dernier, la cinémathèque française annonçait cette rétrospective consacrée à Roman Polanski, elle était loin de se douter du climat dans lequel se déroulerait cet « hommage ». Suzy Rojtman, présidente du collectif national pour les droits des femmes (CNDF), pointe notamment ce timing : « Dans la période actuelle, avec toutes les dénonciations qu'il y a, les hashtags #balancetonporc ou #metoo, je trouve que c'est très, très mal venu. Ca participe à la banalisation des violences faites aux femmes. Une façon de dire que ce n'est pas grave, quelque part. Cette rétrospective n'est pas opportune ».

Deux poids, deux mesures ?

Outre cette question de timing, les accusations de viols sur mineures portées, de longue date, contre Roman Polanski et pour lesquelles, il n'a toujours pas été jugé, pose problème au moment de cette rétrospective de son œuvre : « C'est comme les Inrocks qui avaient mis Bertrand Cantat en couverture [Début octobre, ndlr]. Est-ce qu'on oserait faire ça avec quelqu'un qui est raciste, par exemple ? Ça fait des années que Polanski n'ose plus rentrer aux Etats-Unis parce qu'il a peur d'être incarcéré pour viol » s'indigne la présidente du CNDF.

A ceux qui considèrent qu'il faut dissocier l’œuvre de l'individu, cette dernière a son avis : « Polanski a fait de très beaux films, comme « le pianiste ». Mais comment peut-on dissocier un individu de son œuvre d'art, alors que je dirais même que l’œuvre d'art est indissociable de l'individu ? ».

Sur la défensive

Face à la polémique grandissante, la Cinémathèque française a réaffirmé son point de vue dans un communiqué : « Fidèle à ses valeurs et à sa tradition d'indépendance, La Cinémathèque n'entend se substituer à aucune justice (…) Nous ne décernons ni récompenses ni certificats de bonne conduite. Notre ambition est autre : montrer la totalité des œuvres des cinéastes et les replacer ainsi dans le flux d'une histoire permanente du cinéma ».

« Osez le féminisme ! demande au gouvernement de tenir ses engagements à lutter contre l’impunité des agresseurs et de se désolidariser de la direction de la Cinémathèque » indique l'association en amont du rassemblement prévu ce soir à 19h30 devant la Cinémathèque française. L'ambiance devrait y être électrique.

CH. Célinain

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