France/Toulouse. Il y a 19 ans, Habib Ould-Mohamed était abattu par un policier

Ahmed Ould Mohamed, le père du jeune Habib, répond aux journalistes, le 15 décembre1998 à Toulouse, après avoir été reçu par le préfet de Haute-Garonne. JEAN-LOUP GAUTREAU / AFP

Le jour de sa mort, le 13 décembre 1998, Habib Ould-Mohamed avait dix-sept ans. On l'appelait Pipo. Il était élève au lycée polyvalent du Mirail à Toulouse. Il y a dix-neuf ans jour pour jour, cet adolescent était abattu par un policier. 

"Je me souviens encore très bien de ce drame. Je me souviens surtout qu'il aurait pu être sauvé", explique Salah Amokrane. "Les policiers n'ont pas appelé les secours et sont juste rentrés au poste", continue encore ce militant associatif de longue date. 

Effectivement, au commissariat, les fonctionnaires de police évoquent simplement un vol de voiture mais ne disent pas à leurs supérieurs qu'ils ont ouvert le feu....

Ce dimanche 13 décembre 1998, à 3 h 30 du matin, Habib est en compagnie de son copain Amine. Les deux adolescents repèrent une BMW garée quand ils sont interceptés par une brigade de quatre policiers. Une brigade dirigée par Henri Bois, un policier expérimenté de 41 ans et, jusqu'ici, sans histoire. Il est à l'origine du décès du jeune homme.  

Pour échapper aux policiers, Habib, au volant, tente sans succès de faire une marche arrière. A ses côtés, Amine s'enfuit. Un policier auxiliaire, bousculé par la portière, tire un coup de feu... ou plusieurs. Amine affirme que quatre ou cinq tirs ont eu lieu, sans l'atteindre. Pendant ce temps, le brigadier Bois, a ouvert la portière du conducteur : d'une main, il cherche à sortir Habib du véhicule, de l'autre, il tient un Manurhin de calibre 9 millimètres. Un coup part. Habib parvient à s'échapper.

L'adolescent, touché au niveau du poumon est découvert sans vie par une passante à quelques dizaines de mètres du lieu de son interpellation, près du trottoir opposé, sous une voiture qui lui avait servi de cachette. Il est 5 heures, soit 1h20 après qu'il eut été blessé mortellement. Ce n'est qu'à ce moment-là que la brigade de police, responsable de sa mort, admet avoir fait usage de ses armes. 

L'autopsie du corps d'Habib révèlera qu'une balle l'a atteint entre le cou et l'épaule avant de traverser le thorax. L'adolescent est décédé d'une hémorragie interne et de lésions pulmonaires.

"Ce drame déclencha les premières véritables émeutes de Toulouse. Elles ont duré plus d'une semaine", se rappelle Salah Amokrane. "On n'avait jamais vu ça. Jusqu'à alors, Toulouse était plutôt perçue comme une ville relativement calme avec des quartiers "sages", embraie encore Salah qui se souvient qu'une "belle marche, réunissant plus d'un millier de personnes s'était déroulée dans le calme". 

Elsa avait neuf ans en 1998. Elle a grandi au Mirail d'où était originaire Habib. 

"On a toujours parlé de cette histoire malheureuse et on en parle encore. Elle est très emblématique. Elle fait partie de la mémoire de nos quartiers populaires ici à Toulouse. C'est par ce drame que ma colère contre le système est née", affirme la jeune militante. "Des rappeurs locaux évoquent souvent la mort d'Habib dans leurs chansons et sur les murs de nos quartiers, on peut lire parfois "Pipo, on ne t'oubliera jamais", explique encore Elsa. 

Mis en examen pour homicide involontaire, le Brigadier Henri Bois fut laissé en liberté. Jugé en 2001 par le tribunal correctionnel de Toulouse, il écope de trois ans de prison avec sursis. Deux mois plus tard, le tribunal accordait plus de 700 000 F (106 000 €) de dommages et intérêts à la famille d'Habib.

Nadir Dendoune

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