Algérie.Tourisme et patrimoine culturel (1ère partie)

Algérie, Touggourt, Hôtel Oasis. FREDERIC SOREAU / PHOTONONSTOP / AFP

La mise en tourisme en Algérie est une grande entreprise appelée à mobiliser des connaissances, des expertises et de l'expérience. Analyse et propositions.

Introduction

La diversification économique est une question qui a toujours nourri les débats sur le développement en Algérie. Aujourd'hui, les difficultés induites par la chute brutale du prix des hydrocarbures sur le marché mondial en font la première préoccupation du pays.

Dans toutes les stratégies imaginées sur le sujet, le tourisme occupe une place importante. Il ne saurait en être autrement dans un pays dont le potentiel touristique, de l'avis unanime, est considérable.

Cependant, en la matière, la concurrence est féroce aussi bien dans le bassin méditerranéen que dans le reste du monde.

L'avance prise par de très nombreux pays dotés d'atouts comparables est difficilement rattrapable. Les capacités d'accueil, le savoir-faire, la réputation, l'adaptabilité aux conditions économiques, à la variation de la demande, à l'évolution culturelle et même aux exigences sécuritaires ne s'acquièrent ni aisément ni en peu de temps.

De longues années d'efforts, de fréquentation de l'autre et de retours d'expériences ont forgé un segment économique des plus exigeants qu'il n'est pas facile d'investir sans une laborieuse préparation.

Toutefois une opportunité se dessine aujourd'hui à une volonté bien déterminée dans le domaine : la demande de tourisme est en pleine mutation. La clientèle, notamment européenne, ne se satisfait plus du sable fin et du soleil mais désire s'imprégner de la réalité humaine des lieux visités et s'impliquer intellectuellement dans la marche du monde. Elle ne veut plus être considérée comme" un passant désinvolte" mais comme un interlocuteur qui veut comprendre une partie, jusque là ignorée, de lui même.

Il y'a dans cette perspective tout un tourisme culturel, patrimonial et géopolitique à développer. Mais la grande difficulté est que le tourisme culturel ne peut naitre d'une politique économique de façon mécanique. Le patrimoine, par exemple, est d'abord une passion, une soif de connaissance, un intérêt scientifique, une obligation d'entretien et de préservation et ensuite un besoin d'échange et une offre de partage intelligent.

Le patrimoine qu'il soit naturel, archéologique, architectural ou même immatériel n'est pas éligible à l'exploitation économique par nature; il ne peut le devenir que par destination.
 La mise en tourisme est une grande entreprise appelée à mobiliser des connaissances, des expertises et de l'expérience.

I- Deux préoccupations 

1- Patrimoine

- L’Algérie renoue avec son histoire et son identité nationale au moment où l’actualité l’appelle à s’ouvrir et à se faire une place dans le processus de la mondialisation.

- Elle se trouve face à trois défis concomitants :

          - se découvrir

           - se construire

           - s’ouvrir

- Le patrimoine important dont elle a hérité des civilisations qui l’ont façonnée et des peuples qui l’ont visitée et souvent aimée est aussi important que vierge d’application scientifique.

 - Il est avant tout pour elle un encrage identitaire, un repère historique et un ingrédient essentiel de sa personnalité.

- Mais en même temps c’est une part de l’autre en elle et une part d’elle dans l’autre. C’est sa première source de l’interculturalité.

- Ce patrimoine est archéologique, urbanistique mais aussi naturel, immatériel et vivant.

- Il est donc à la fois vecteur de connaissance, de partage et de rencontre.

Et c’est toutes ces dimensions qui l’élisent à l’exploitation touristique.

2- Tourisme 

 - Les blessés de l’histoire récente ont un rapport très complexe à la circulation des hommes. Ce rapport est même contradictoire. Ils veulent à la fois affirmer leur identité fraichement reconquise face à l’autre et prouver à ce dernier que l’hospitalité est une dimension importante de leur personnalité.

Le rapport  à l’autre est alors un rapport échange-affirmation et ne prend le caractère économique que de façon volontaire par la mise en œuvre d’une politique économique.

Le tourisme est alors une activité économique dont il faut apprendre les bases, les concepts et les outils.

L’apprentissage se fait donc par des actions délibérées et par l’approche des expériences des autres.

Il faut mobiliser des moyens et élaborer des programmes à même d’assurer au pays sa part dans la circulation mondiale des hommes.

II- Deux sphères différentes

1- La sphère économique

L’objectif économique a deux facettes : attirer du monde et se préparer à le recevoir.

Attirer, c’est mettre en évidence ses atouts en utilisant tous les supports de la publicité touristique, c’est  s’inscrire dans les réseaux internationaux, c’est être présents à tous les rendez-vous, c’est diversifier son offre en permanence, c’est améliorer sans cesse la qualité de ses services, c’est offrir toujours mieux en rapport qualité-prix, c’est être compétitif.

Recevoir, c’est améliorer l’infrastructure d’accueil et de transport, perfectionner la prise en charge dans tous ses aspect, assurer le meilleur accompagnement.

Il faut alors former et améliorer sans cesse les compétences humaines.

2- La sphère culturelle

« Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. So usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, c’est donc dépasser son droit que de le distraire »*. Victor Hugo, « Halte aux démolitions », littérature et philosophie mêlées, 1832, Paris.

Le tourisme culturel ne peut pas naître d’une politique économique de façon mécanique, il ne peut être le résultat que de l’intérêt et du soin que porte une population à son patrimoine dans tous ses aspects.

Chaque peuple doit pouvoir apporter sa contribution spécifique à l’universalité.

Le patrimoine est d’abord une passion, un intérêt scientifique, une soif de connaissance, une obligation d’entretien et de préservation et ensuite un besoin d’échange et de partage intelligent.

C’est pourquoi le visiteur doit préparer et l’accueillant se préparer à recevoir. 

M. Abbou 

* Victor Hugo, « Halte aux démolitions », littérature et philosophie mêlées, 1832, Paris.

Suite de l'article :

Algérie. Tourisme et patrimoine culturel (2ème partie)

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