Tunisie. Démonstration de force historique des salafistes

A l’appel de la galaxie web islamo-salafiste, une marée humaine a convergé vers le Bardo à la mi-journée pour exiger que la charia soit l’unique source du droit. Photo LCDA.

Quelques milliers de militants de sensibilités islamistes diverses, dont une majorité de salafistes, se sont rassemblés en ce vendredi 16 mars devant l’Assemblée nationale constituante pour réclamer l’instauration de la charia comme source de la législation de la future Constitution. Une mobilisation record.


 

C’est désormais une tradition importée d’Egypte et des pays du Golfe, les vendredis sont les jours de la semaine dédiés à la contestation, instrumentalisés pour mêler politique et religion. 

Le Bardo avait des airs de Kandahar en cet après-midi ensoleillé. A l’appel de la galaxie web islamo-salafiste, une marée humaine a convergé vers le Bardo à la mi-journée pour faire pression sur les élus de la Constituante et exiger que la charia soit l’unique source du droit. Quand nous arrivons à midi, le décor est déjà planté, le service d’ordre très discipliné est au grand complet. 

Un pic est atteint vers 15h où nous estimons à quelques milliers le nombre de manifestants. Les pages salafistes parlent même de 30 000 fidèles. Jamais la Place du Bardo n’aura été aussi noire de monde. Une foule compacte et déchainée qui, lorsqu’elle criait « Allah akbar », faisait trembler le bitume !

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des vagues de militants continuent à affluer à la sortie des mosquées du centre-ville : le bouche-à-oreille a achevé de fédérer, l’évènement étant servi par un esprit résolument missionnaire.

Les quelques médias étrangers présents s’étonnent de la séparation faite entre hommes d’un côté et femmes de l’autre. Les hommes haranguaient celles-ci qui répétaient systématiquement les slogans. « Le peuple veut l’application de la charia ! » n’était pas le seul leitmotiv. Des slogans anti laïcité étaient légion, très hostiles à l’égard des laïcs qu’il s’agissait de diaboliser.  

Les autorités ont laissé faire une prière de rue à-même l’esplanade du Bardo. L’imam l’avait décidé : « Nous allons prier ici ! », a-t-il promis quelques minutes auparavant, avant de se lancer dans une tirade plutôt conciliante : « Voyez comme j’ai choisi de m’habiller à l’occidentale, histoire de montrer que l’islam n’est pas une question d’apparences », ironise-t-il.

Quelques abus préoccupants

La radio coranique Zitouna FM, mise sous tutelle judiciaire depuis la révolution, mais appartenant encore à l’Etat, avait relayé l’appel à manifester quelques jours auparavant. Une dérive sans précédent, rappelant les heures sombres de l’ancien régime et ses pratiques déloyales.

Depuis l’avant campagne électorale d’octobre 2011, absolument toutes les manifestations ont subi des contre-manifestations d’éléments pro gouvernement, sauf celle-ci. Nul ne s’y est aventuré.

Quelques intimidations ont été constatées notamment par nous-mêmes où dès que notre objectif s’attardait sur quelqu’un, il n’était pas rare que l’on se dirige aussitôt vers nous pour nous demander notre identité et pour qui nous travaillons.

Si les dirigeants d’Ennahdha étaient absents, sa base la plus radicale était en revanche représentée. Ce qui laisse présager, au vu de la popularité en hausse du mouvement salafiste, que le parti islamiste au pouvoir devra composer de plus en plus avec une mouvance qui nuit à l’image de modération qu’il tente de véhiculer depuis qu’il est au pouvoir.

Même si les bannières djihadistes noires et blanches étaient plus nombreuses, beaucoup ont brandi le drapeau national aux côtés des drapeaux religieux, voulant se racheter de l’acte qu’ils savent impopulaire de la profanation du drapeau la semaine dernière par l’un des leurs.

Aujourd’hui était un jour noir pour l’universalisme. En s’ouvrant au jeu démocratique, la Tunisie, pays appartenant à une région non sécularisée, change de visage, avec la naissance d’une autre Tunisie multiple, dont l’une des composantes considérables est islamique et extrême.

Les progressistes peinent à rassembler, là où l’extrême et l’ultra droite bénéficient de l’effet exaltation des pulsions religieuses. Les organisateurs étaient confiants qu’ils pouvaient faire le plein de sympathisants, lorsque la plupart sont mus par une dynamique du défoulement sur le mode identitaire.

Seif Soudani

Reportage photo :

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