24 heures avec.24 heures avec un facteur

crédit photos : Damien Lefauconnier

Avec son chariot au logo jaune, tout le monde le reconnaît, mais le connaît-on vraiment ? Vivien Duviller, 31 ans, est postier depuis onze ans. Chaque jour, de 6 heures du matin à 13 heures, il trie et livre à pied lettres et colis aux riverains du XIVe arrondissement de Paris, secteur Denfert-Rochereau, où il est affecté. Nous l’avons suivi tout au long de sa tournée : un parcours bien rodé d’environ 10 kilomètres, parfois ponctué de quelques imprévus… 

6 h : Comme tous les jours depuis onze ans, Vivien quitte son domicile de Jouy-en-Josas (Yvelines) et file en direction du périphérique parisien. En ce début juillet, les voies d’accès à la capitale sont encore désertes. Arrivé au centre de tri du XIVe arrondissement, le jeune homme de 31 ans file à son poste de travail. L’énorme hangar grouille déjà. Sous les plafonniers, des dizaines de facteurs s’affairent entre les énormes bacs à roulettes remplis de courrier. A peine quelques bonjours en passant, il n’y a pas une minute à perdre : “Pas le temps pour une pause café ! Le matin, il ne faut pas chômer”, lance Vivien, en s’asseyant face aux multiples casiers de rangement qui constituent la tournée 3-31 : les rues adjacentes à la place Denfert-Rochereau. “Ce tableau nous sert à gérer des réexpéditions, explique-t-il. En rouge les gardes de courrier et les gens qui ont déménagé, en jaune ceux qui sont en vacances.” Entassée derrière lui, la tournée du jour : un millier de lettres et de colis ont été déposés avant l’aube, à trier au plus vite. “Ça me prend environ une heure. J’aime bien classer par nom. Quand je connais bien la tournée, je range de la première boîte en haut à gauche à la dernière en bas en droite.”

7 h 30 :  Le facteur finit de remplir son chariot au logo jaune. Direction la file d’attente du bureau des recommandés, où, comme dans une administration, les facteurs s’adressent à un guichetier. Le jeune homme récupère une trentaine de plis de toutes tailles. Il se dirige ensuite vers la “BF” (brigade financière) pour récupérer une pochette de timbres : “On les propose aux clients, mais on n’a pas d’objectif de vente”, assure Vivien. Il sort un téléphone portable de sa poche afin de vérifier la charge de la batterie : “Nous nous en servons pour faire signer les clients grâce à une application fournie par La Poste. Aujourd’hui, nous faisons la tournée TC3-31 colis et TL3-31 lettres. Dans notre travail, il y a beaucoup de sigles. En début de carrière, on a beaucoup de choses à apprendre en peu de temps. C’est pas facile !”

8 h 30 : Les facteurs se dirigent vers la sortie arrière, où sont alignées une trentaine de camionnettes, coffres ouverts, prêtes à acheminer les facteurs sur les secteurs qui leur sont affectés. Vivien, lui, préfère se rendre à pied au point de départ de sa tournée. “J’en ai à peu près pour vingt-cinq minutes de marche. Ça me fait faire un peu de sport. On a une belle journée, il faut en profiter. En hiver, avec le froid et la neige, c’est plus dur.”

9 h : Rue Victor-Schœlcher, début de la tournée. En bas des immeubles haussmanniens, des portes alignées tous les dix mètres. Il faudra s’arrêter à chacune. Le facteur abandonne son chariot sur le trottoir, pénètre dans la première entrée et sonne chez le gardien. “Bonjour, c’est pour le cabinet d’architecte”. Une dame, aimable, passe la tête : “C’est au fond de la cour à gauche, premier étage.” Son pli à la main, Vivien gravit les marches. “Bonjour, j’ai un courrier pour vous”. La porte se referme rapidement. Le facteur s’attaque ensuite aux boîtes aux lettres dans l’entrée. Il glisse les plis à une vitesse impressionnante, comme s’il connaissait par cœur le nom des habitants. “On acquiert vraiment des réflexes, explique-t-il. Avant de distribuer, je regarde vite fait la première, la deuxième et la troisième lettre, c’est vraiment une question de mémoire.” Vivien passe ainsi de porte en porte. Quand celle-ci ne s’ouvre pas, il sort son passe-partout : “C’est la T10. Avec ça je peux rentrer partout. La M10, sert à ouvrir les BOT (boîtes à ouverture totale), pour pouvoir livrer un colis.”

9 h 30 : Vivien poursuit sa tournée. Dans la rue, il se fait interpeller par un touriste qui cherche son chemin : “Le boulevard Brune ? Vous allez tout droit, vous en avez pour dix minutes”, répond le postier qui semble habitué à rendre ce genre de service : “Les gens nous sollicitent tout le temps pour trouver des adresses, et c’est encore plus vrai l’été parce que la ville regorge de touristes.” Prochaine mission : un recommandé rue Froidevaux. “Bonjour, j’ai un courrier pour Monsieur Christophe P.” “7e étage”, lance une voix depuis l’interphone. Pas d’ascenseur. Vivien gravit les marches d’un pas élastique. “Il m’est déjà arrivé de gravir 13 étages à pied. Ça fait partie du truc !” confie-t-il en hochant les épaules.

10 h 10 : Rue Victor-Considerant. Encore des recommandés pour des cabinets d’avocats, qui semblent être les clients principaux de La Poste. Plus loin, livraison d’un colis à la RATP. Vivien semble un peu perdu dans le dédale de couloirs et doit, à contrecœur, demander son chemin. “Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait cette tournée. D’habitude, je sais exactement où aller.”

11 h : Un orage d’été gronde. De grosses gouttes commencent à tomber sur le chariot. “Le courrier est protégé, il n’y a pas de souci”, assure Vivien en longeant les immeubles pour tenter de se protéger. Un peu plus loin, il désigne une fente dans un mur, une espèce de trou aménagé dans le béton à hauteur du genou : “Il n’y a pas de porte mais c’est bien une boîte aux lettres. Il y a de tout dans les tournées : même des boîtes dans les arbres ! Parfois, les facteurs reviennent sans avoir trouvé.”

12 h : L’arrivée dans la très commerçante rue Daguerre signe la fin de la tournée. Vivien passe de boutique en boutique pour donner le courrier en main propre. Après trois heures de marche, il ne semble pas fatigué. “C’est vrai qu’il y a une certaine pénibilité à se lever tous les jours à 5 heures. Je marche à peu près 10 kilomètres le matin. La première fois que je suis sorti tout seul en tournée, je suis rentré à 15 heures. J’ai déjà vu des collègues rentrer à 18 heures !” Vivien ne fait pas de secret sur sa rémunération : “Quand je suis rentré à La Poste j’étais à 1 200 euros net. Aujourd’hui je gagne 1 600 euros, parce que j’ai gagné deux échelons.”

13 h : Retour au centre de tri. Le temps de traiter les réexpéditions, Vivien termine sa journée, comme chaque jour, à 13 h 30 précises. Direction la salle de sport.

MAGAZINE SEPTEMBRE 2017

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