France."Nous manifesterons jusqu’à ce que "Les Patriotes" comprennent qu’ils ne sont pas les bienvenus à Saint-Ouen", Benoît Belloni, militant communiste

Au mégaphone, le militant communiste Benoît Belloni, lors de la manifestation tenue à Saint-Ouen le 18 décembre 2017, contre l'installation du parti de Florian Philippot (FN) dans la ville. Crédit photos : Samantha Fouquart

Benoît Belloni habite Saint-Ouen (93) en région parisienne. Militant associatif, il est également membre du Mouvement des jeunes communistes (MJCF). En fin de semaine dernière, il a appris que l'ancien numéro 2 du FN Florian Philippot avait décidé d'installer le QG de son nouveau parti dans sa ville. Le siège des Patriotes est hébergé à deux pas des Puces de Clignancourt, dans les locaux de Marcel Campion (NDLR: Le roi des forains), un « ami » selon Philippot qui semble lui louer l'endroit à un bon prix.  Depuis la "nouvelle", Benoît Belloni mène, en compagnie de ses camarades, la fronde. But affiché : pousser Philippot et les siens à quitter Saint-Ouen. 

LCDL : Comment avez-vous appris l'installation du parti de Florian Philippot dans votre ville ? 

Benoît Belloni : Nous avons appris l’installation du parti d’extrême-droite Les Patriotes à Saint-Ouen la semaine dernière, très tardivement donc. Jusqu’au jour de l’inauguration du local, Florian Philippot a refusé de communiquer, même aux journalistes, l'adresse exacte de son nouveau QG. Il devait se douter des risques d’être très mal accueilli dans notre ville... 

Malgré cela, la mobilisation a été très rapide...

Effectivement. Au pied levé, une vingtaine de militant.es s’est mobilisée, ce lundi matin (12 décembre), dès que Florian Philippot a annoncé le lieu exact de son local. Il devait tenir une conférence de presse une demi-heure plus tard. Après plusieurs échanges sur les réseaux sociaux et le groupe « Le Saint-Ouen Politique », l’idée d’un rassemblement pour manifester notre mécontentement a émergé et nous avons lancé l’invitation spontanément sur Facebook. Aujourd'hui, le combat que mène Saint-Ouen contre l'extrême droite est un rassemblement large qui transcende les clivages politiques

Pourquoi êtes-vous si remontés ?

Nous vivons l’arrivée de l’extrême droite dans notre ville comme une véritable provocation. Saint-Ouen est une ville historiquement de gauche, marquée par une tradition de résistance, une histoire sociale et populaire, qui s’est construite sur tout ce que l’extrême droite exècre : la solidarité, le partage et la diversité. Il y a un fort maillage social à Saint-Ouen, un tissu associatif et culturel très dense qui s’inscrit à rebours des logiques de haine et de division que distille l’extrême droite et qui représente autant de remparts pour combattre ses idées xénophobes. Nous honnissons la préférence nationale : Saint-Ouen est une ville internationale où nos différences, nos multiples origines, nos trajectoires de vie, nos divers engagements sont notre richesse. 
Nous ne laisserons jamais l’extrême droite, comme tous ceux qui s’en inspirent, tirer parti du mécontentement populaire et du sentiment de relégation présent dans certains quartiers désertés, notamment par les services publics.

Pourtant, certains y compris Philippot disent que l'ancien vice-président du FN n'est pas d'extrême droite...

Franchement, qui peut croire que Philippot, sous prétexte qu’il aurait quitté le Front national alors qu’il en a été l’un des artisans pendant de nombreuses années, serait devenu plus fréquentable ? Nous n'avons pas la mémoire courte. Nous nous rappelons que l’ancien bras droit de Marine Le Pen considérait, il y a encore quelques mois, que nos banlieues populaires s’apparentaient à des zones de non-droit. Nous savons pertinemment qu’à travers cette division d’apparence et sous couvert d’un habillage social totalement fallacieux, l’extrême droite tente d’imposer toujours plus largement son idéologie xénophobe et néo-fasciste. En plus d’être absente des luttes sociales pour défendre les droits des travailleur.euse.s et des populations stigmatisées et discriminées, elle enfante les discours les plus réactionnaires et néolibéraux, les plus racistes, sexistes et homophobes qui imprègnent aujourd’hui toute la société et dont les habitant.e.s des quartiers populaires sont les premières victimes. 

Vous manifestez depuis une semaine. Que demandez-vous ?

Nous demandons que Les Patriotes quittent notre ville, notre département. Et nous ne lâcherons rien jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas les bienvenus à Saint-Ouen. Philippot nous rétorque que nous ne respectons pas la liberté d’expression. Nous lui répondons que ce qui porterait atteinte à la liberté d’expression serait, d’une part, de nous empêcher de manifester. Une des nombreuses libertés que l’extrême droite voudrait annihiler. Et d’autre part, nous considérons que les partis d’extrême droite mettent profondément en péril la démocratie. 

Vous vivez à St-Ouen. Quelle place occupe le FN dans votre ville ?

A Saint-Ouen, comme en Seine-Saint-Denis, les scores du Front national demeurent relativement faibles aux différentes élections intermédiaires même si Marine Le Pen a réalisé un score à la dernière présidentielle qui demeure, dans un territoire comme le nôtre, encore trop élevé (environ 9%) mais bien en deçà des scores nationaux. Cette désaffection des habitant.es de Saint-Ouen pour le Front national se traduit par une absence totale de sa présence dans notre ville. Voilà pourquoi, au-delà de l’effet de surprise, nous vivons l’arrivée de ce parti comme un véritable affront dans une ville populaire totalement hermétique au Front national et à ses satellites groupusculaires comme Les Patriotes.

Pensez-vous que le "peu de mobilisation" est une preuve de la banalisation du FN ?

En deux jours, nous avons réussi à réunir plus de 150 citoyen.nes devant le QG des Patriotes, au-delà de nos logiques partisanes ou de nos affinités politiques. Plus de 800 personnes ont répondu à notre appel sur les réseaux sociaux. La majorité des Audonien(ne)s n’est pas encore au fait de leur installation. Nous pouvons espérer que le mouvement spontané s’intensifie et se structure dans les semaines à venir. Nous déplorons pour le moment l’absence de réaction du maire de Saint-Ouen.

Je crois que la mobilisation naissante démontre que, cette fois-ci, nous refusons « de ne rien dire » comme certains nous l’avaient conseillé pour ne pas « leur donner trop d’importance ». Car voilà des décennies qu’à force de détourner le regard, voire de considérer le FN comme une force politique « ordinaire », le processus de banalisation de l’extrême droite a effectivement gagné les consciences. Et ce ne sont pas les quelques menaces que nous avons reçues sur les réseaux sociaux qui freineront notre mobilisation.

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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