Tunisie. Mehdi Mabrouk, ministre révolutionnaire de la Culture

« Je fais partie des ministres issus de la révolution : nous n’avons pas à rendre systématiquement des comptes », a déclaré le ministre tunisien de la Culture Mehdi Mabrouk. Photo LCDA.

Conviés par la « cellule com’ » du gouvernement au point presse de ce mardi 6 mars, nous avons pris part à ce qui ressemblait davantage à une conférence de presse du ministre de la Culture. Mehdi Mabrouk se savait être le centre d’attention de tous les médias, après des déclarations polémiques pour les uns, audacieuses pour les autres, autour du bouleversement de la programmation du Festival international de Carthage.


 

Ses propos du 16 février dernier avaient fait l’effet d’un mini séisme pour le show business et la chanson arabes.

Interrogé sur la programmation, au Festival de Carthage 2012, de stars libanaises de variété telles que Nancy Ajram, Illissa Khoury ou encore Fadl Shaker, le fraîchement nommé ministre de la Culture du gouvernement Jebali avait émis un refus catégorique : « Il faudra me passer sur le corps pour voir ceux-là à nouveau au Festival de Carthage », avait-il même surenchéri.

Une guerre par déclarations interposées dans les journaux avait alors suivi, les chanteuses concernées ayant été blessées dans leur égo.

Logiquement, le personnage haut en couleurs qu’il est a vite fait d’éclipser les deux autres intervenants au Palais du Gouvernement à la Kasbah aujourd’hui, deux responsables respectivement aux ministères de l’Agriculture et à l’aménagement du territoire, venus parler des dégâts tragiques des dernières intempéries.

Mehdi Mabrouk ne s’est pas fait prier pour parler du « pain béni des médias » selon ses propres termes : « Vous voulez que je vous parle de la polémique, n’est-ce pas ? », a-t-il ironisé à l’issue de sa présentation qui concernait essentiellement l’agenda culturel annuel (voir notre vidéo dans laquelle il détaille le calendrier des festivals de cette année).

« Je suis un ministre de la révolution ! »

Beaucoup ont cru, suite aux déclarations sulfureuses du ministre, que celui-ci se révélait à l’opinion en tant que censeur puritaniste et pudibond, allant jusqu’à croire qu’il était issu du parti islamiste Ennahdha.  

En réalité, l’homme est un indépendant. Il est sociologue, universitaire et ex membre de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution d’Yadh Ben Achour.

C’est davantage de « censure de la médiocrité » qu’il s’agit, a-t-il longuement expliqué aujourd’hui.

Jadis jouissant d’un grand prestige régional, le Festival international de Carthage a perdu de sa superbe au profit d’autres festivals de renom, plus récents. La faute à une programmation toujours plus populiste, voire indigne, selon les termes durs de Mehdi Mabrouk.

Ce matin, il persiste et signe : « Je maintiens mes propos. Néanmoins, je n’ai pas parlé de bannissement de ces artistes du territoire tunisien, ni de nudité, comme certains médias l’ont rapporté ».

Répondant à l’une de nos questions, il en a profité pour réaffirmer son autorité sur son secteur de tutelle : « Je fais partie des ministres issus de la révolution : nous n’avons pas à rendre systématiquement des comptes. Et j’appartiens heureusement à un gouvernement qui ne me révoque pas lorsque je prends de telles initiatives ».

Plus qu’un technocrate, Mehdi Mabrouk se présente donc avant tout comme un homme avec une vision pour son ministère. Un ministre de la Culture qui, probablement pour la première fois en Tunisie, n’a pas les mains liées par une hiérarchie.

« La Culture ne fera pas les frais de la politique économique d’austérité », s’est-il enfin engagé, en se prévalant d’une année record en termes de subventions malgré la crise (25 millions de dinars tunisiens au total).

De quoi rassurer les plus sceptiques quant à la situation de la culture, à l’heure d’une gouvernance en partie islamiste.

Seif Soudani


 

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