Tunisie. Un documentaire sur l’affaire de Soliman fait polémique

Sabeur Ragoubi, l’un des terroristes djihadistes libérés au lendemain de la révolution tunisienne.

Un documentaire qui revient sur l'affaire de Soliman (2006), diffusé mardi sur la chaîne Ettounsiya, agite web et réseaux sociaux en Tunisie. Beaucoup pensent qu'il humanise les terroristes djihadistes en les présentant comme étant avant tout des victimes de l’ex régime Ben Ali.


 

Depuis sa création par le magnat des médias Sami Fehri (un ex proche du clan Trabelsi), après des démêlés judiciaires suite à la révolution, la chaîne privée Ettounsiya brille par une certaine créativité conceptuelle, même si les concepts sont souvent largement inspirés d’émissions occidentales.

« L’audience est levée » s’inspire ouvertement de l’émission présentée jusqu’en 2011 par Christophe Hondelatte sur France 2 « Faites entrer l’accusé », alliant reconstitution de crimes célèbres et commentaires, voire contre-enquêtes.

Dans son dernier opus en date diffusé en prime time hier soir mardi, avec la mention interdit au moins de 12 ans, l’émission se propose de revenir sur l’affaire dite de Soliman. Un groupe d’une trentaine de djihadistes tunisiens armés, dont des éléments algériens affiliés au GSPC, s’était retranché dans les montagnes de la région du même nom au sud-ouest du Cap Bon, pour fuir la traque des forces de l’ordre.

L’intervention de troupes d’élite de la gendarmerie (deux fusillades fin 2006 et début 2007) s’était soldée par la mort de 3 gendarmes et de 10 terroristes. L’un des leaders du groupe, Sabeur Ragoubi, avait été condamné à la peine de mort.

Une relecture historique ?

Première spécificité de l’épisode controversé : le quota des témoignages fait la part belle aux terroristes eux-mêmes qui font le récit de leurs propres péripéties. Ceux-ci ont en effet tous été libérés au lendemain de la révolution tunisienne, dès le 1er mars 2011, à la faveur de l’amnistie générale décrétée par le gouvernement provisoire de Mohamed Ghannouchi.

Cela rappelle incidemment que la définition des « prisonniers politiques » ou d’opinion avait alors englobé les prisonniers purgeant une peine pour actes de terrorisme.

La forme que prend la narration pose aussi problème selon plusieurs spectateurs qui continuent de fustiger un choix éditorial irresponsable de la part de la chaîne : la réalisation a opté pour une mise en scène d’une épopée héroïque, louant par moments le courage et la détermination des combattants salafistes.

L’accent est mis sur la description détaillée des affres de la torture et de ses traces physiques encore présentes, de la simulation de noyade à l’arrachage de dents.

Autre polémique, le vocabulaire choisi par les témoins tout sourire : il s’agit de « frères » accomplissant « un devoir », martyrisés par des forces de l’ordre dont aucun représentant n’est entendu par l’équipe de l’émission.

On apprend ainsi que les militants islamistes ont pris les armes dès 2004 suite à une fatwa du cheikh Qaradhaoui, en représailles aux mesures d’interdiction du voile islamique par l’ancien régime.

Ethiquement problématique

Une semaine après le 11 septembre 2001, le célèbre éditorialiste américain Bill Maher perdait son show, évincé suite aux pressions des annonceurs. Il avait acquiescé aux propos de l’un de ses invités qui avait considéré que les terroristes étaient davantage des guerriers en affirmant : « Rester dans un avion qui va se crasher dans un building, on peut dire ce qu'on veut, ce n'est pas de la lâcheté. »

Septembre 2002, le yéménite Ramzi Ben Al Chib est arrêté suite à la diffusion d'un entretien réalisé à Karachi au Pakistan par Al Jazira, dans lequel il revendique l'organisation logistique des attentats du 11 septembre 2001.

Des voix s’élèvent en Tunisie pour dénoncer une surenchère dans le sensationnel médiatique. Avec l’explosion de la parole libre en Tunisie, les médias alternent le pire et le meilleur. Si le documentaire d’Ettounsiya a une valeur historique indéniable, il a contribué selon de nombreux spectateurs à la banalisation de la parole djihadiste.

Seif Soudani


 

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