Yadh Ben Achour présente La Deuxième Fâtiha ouvrage philosophique pour les uns, politique pour les autres

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En ces temps politiquement difficiles et denses en actualité pré-électorale, chaque apparition publique de Yadh Ben Achour, président de la Haute Instance de la réalisation des objectifs de la révolution, est un événement à part entière. L’homme se sait attendu au tournant, et même si c’est l’auteur Ben Achour qui était venu présenter son livre ce mercredi soir à l’espace Sophonisbe de Carthage, ni lui-même ni l’audience au rendez-vous (plus de 300 personnes) n’étaient dupes : c’est l’homme politique qui s’exprimait aussi à l’occasion de cette séance de signature – débat.

Etaient présents à ses côtés l’islamologue Abdelmadjid Charfi, ainsi que Ghazi Ghrairi, ex porte-parole de l’Instance, invité surprise. Pour ce dernier, la publication de l’ouvrage de Ben Achour serait même « plus importante encore pour son auteur, en tant qu’acte éminemment politique, que le fait d’avoir présidé en 2011 la Haute Instance » a-t-il insisté en conclusion de son intervention.

La deuxième Fâtiha, c’est selon l’intellectuel auteur de l’essai événement avant tout un livre qui découle d’une réflexion philosophique, fruit d’années d’étude de textes théologiques et d’exégèses du coran. Il en ressort ce qu’il en a dégagé comme ensemble de versets sur lesquels il veut attirer l’attention du lecteur, en ce qu’ils constituent le cœur de la dimension universaliste du Coran selon lui, en plus d’être « littérairement et linguistiquement d’une beauté rare ». D’où le titre de l’ouvrage qui souligne l’importance de ces versets dignes de constituer une seconde Fatiha (littéralement « ouverture »), par laquelle devrait commencer toute lecture du texte sacré.

Véritable manifeste moderniste, le livre de 200 pages sous-titré « l'islam et la pensée des droits de l'homme » affirme la nécessite d’une réactualisation de la lecture du coran à l’abri de tout obstacle à la marche de la modernité et prenant en compte les impératifs de l’adaptation au monde mondialisé d’aujourd’hui à l’écart duquel le monde arabo musulman est resté trop longtemps, a-t-il déploré. La faute à un système éducatif archaïque, et de surcroît dans le cas de la Tunisie à « 23 ans de règne sans partage de la médiocrité », une période catastrophique selon l’auteur et dont nous n’avons pas fini de voir les répercussions.

Le cœur du débat fut une joute verbale ayant opposé Abdelmadjid Charfi, islamologue reconnu par ses pairs, et Ben Achour. Charfi reprochant à celui-ci sa négligence, voire son mépris, d’une approche se basant sur l’historicisme pour réhabiliter la culture islamique, « champ dans lequel devrait être pensé tout universalisme ». Ferme désaccord de Ben Achour qui se livra à une très applaudie définition de ce qu’est l’universalisme : « une pensée des Droits de l’Homme transcendant les particularismes identitaires, les nations, les ethnies, les sexes, etc. » Un dépassement sans lequel l’homme se condamne à rester dans une logique d’affrontement avec autrui.

L’affluence record pour ce type de présentations, les applaudissements nourris, les compliments usant souvent de superlatifs de la part du public présent, laissent inévitablement à penser que Yadh Ben Achour acquiert chaque jour un peu plus une stature de possible présidentiable pour la Tunisie post-révolution. Les journalistes présents ne s’y sont d’ailleurs  pas trompés en lui posant la question restée sans réponse. Ni l’homme venu chahuter la fin de la séance en demandant la parole pour l’accaparer et chanter un chant identitaire et religieux. Une provocation qui jeta un froid sur une salle médusée, mais enthousiaste et rassurée sur le sort du pays au moment de quitter l’endroit, après deux heures riches en enseignements et intellectuellement stimulants.

Seif Soudani

 

 

 

 

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