Algérie. Covid-19 : la solidarité tente de pallier les défaillances de l’État

Collectes de matériel médical, fabrication de gel hydroalcoolique, distributions alimentaires pour les hôpitaux : en Algérie, toute une chaîne de solidarité s’est mise en place pour lutter contre la propagation du nouveau coronavirus et pallier les faiblesses des pouvoirs publics.

L’Algérie, qui recensait lundi soir environ 600 cas, dont 35 mortels, a décrété le confinement total du principal foyer de contamination, à Blida, à l’ouest d’Alger, et un couvre-feu dans la capitale. Le wali (gouverneur) de Mascara dans l’ouest figure parmi les malades diagnostiqués, indique le ministère de l’Intérieur, qui dément toutefois le décès du haut fonctionnaire un temps relayé sur les réseaux sociaux.

Sur le front sanitaire, même si l’épidémie n’en est qu’à ses débuts, la cadence s’accélère dans des hôpitaux déjà malmenés en temps normal. Les professionnels de santé voient le manque chronique de ressources s’aggraver au détriment de leur sécurité et de prise en charge des patients.

« Le personnel paramédical du service de réanimation de l’hôpital Frantz Fanon de Blida a fait grève, car il n’avait aucun moyen de protection » : ni masques, ni gants, ni gel, ni blouse jetable, a dénoncé en début de semaine sur Facebook, Khedidja Bessedik, cheffe de l’un des services de cet établissement. « Où est l’État algérien ? Où est le ministère de la Santé ? Où sont les 50 millions de bavettes (masques), monsieur le Président ? », s’est-elle indignée, appelant à une « collecte citoyenne » de matériel.

Même le président mal élu, Abdelmadjid Tebboune, a reconnu le manque de moyen des établissements de santé. « Vous êtes source de fierté pour nous tous, car vous êtes souvent là avec des moyens insuffisants, mais à l’avant-garde, vous continuez à mener une guerre acharnée », a-t-il déclaré dans un message adressé au ministre de la Santé.

Lors d’un Conseil des ministres, M. Tebboune a demandé d’allouer près de 91 millions d’euros à l’importation de produits pharmaceutiques, d’équipements de protection et d’appareils d’analyse chimique.

Mais dans l’ensemble, le gouvernement du pays du Maghreb le plus touché par le covid-19 tarde à prendre des mesures fortes, contrairement à ses voisins marocains et tunisiens, faisant craindre une catastrophe sanitaire rapide et de grande ampleur. Francis Ghilès, chercheur au Centre de relations internationales de Barcelone, interrogé par France 24, accuse même le pouvoir d’avoir détourné l’aide envoyée par le groupe chinois CSCEC, qui a gagné le contrat de construction de la Grande Mosquée d’Alger, pour l’envoyer au seul hôpital militaire, réservé aux officiers et dignitaires du régime.

Mobilisation des bonnes volontés

En attendant, les Algériens répondent en faisant don de modestes collectes aux services en ayant le plus besoin. Et lorsque les produits ne sont plus disponibles en pharmacie, les professionnels du privé font don des stocks de leurs cabinets pour soutenir le secteur public, dont les besoins ont soudainement augmenté.

À Tizi Ouzou, à l’est d’Alger, les étudiants en pharmacie et chimie de l’Université Mouloud-Mammeri s’attellent à la fabrication de solutions hydroalcooliques, une initiative désormais imitée par d’autres établissements, selon les médias locaux. Des vidéos, montrant des groupes de jeunes fabriquant et distribuant des masques aux automobilistes, circulent également largement sur les réseaux sociaux.

Outre le matériel médical, des bénévoles se chargent aussi du ravitaillement alimentaire. À Oran, des organisations caritatives, en coordination avec les autorités, livrent désormais des repas aux hôpitaux.

Réagissant à l’arrêt des transports publics, l’application VTC Yassir propose - en collaboration avec des conducteurs « volontaires » - un service gratuit à destination des médecins, infirmiers, aides-soignants et agents d’entretien. La plateforme a aussi mis à disposition un annuaire médical pour des consultations en ligne afin de « désengorger les hôpitaux et les cabinets qui représentent un milieu favorable à la propagation du virus ».

Partout dans les médias et sur réseaux sociaux, une campagne de sensibilisation martèle le mot d’ordre « #Restezchezvous » et tente d’appliquer la distanciation sociale malgré l’absence de confinement général décrété par le gouvernement.

Le mouvement de contestation antirégime (« Hirak ») qui secoue l’Algérie depuis treize mois a ainsi dû suspendre ses manifestations hebdomadaires. Dans un clip vidéo, les artistes et militants qui avaient lancé le tube « Libérez l’Algérie » à l’adresse du régime au printemps 2019 exhortent désormais les Algériens à préserver leur santé afin de « se protéger pour que la Révolution ait un avenir ».

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