Discours d’Obama : acte fondateur d’une nouvelle diplomatie USA – Monde arabe

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Il se savait attendu au tournant. Pour son discours du 19 mai annoncé la veille en grande pompe, Barack Obama avait le ton solennel et la posture de ces grands discours dont il a le secret, en fin communicant. Et pour cause, en s’adressant au monde arabe quatre mois après que la Tunisie ait initié un Printemps à effet domino, il sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur face à une opinion sceptique après un premier discours historique au Caire en 2009 pour entamer son mandat, dans l’Egypte de Moubarak, certes placé sous le signe de la rupture et de l’apaisement, mais perçu par une large partie de l’opinion comme simplement grandiloquent et non suivi d’effets.
Cette fois, les enjeux sont autrement plus importants, et l’occasion trop belle de réformer la diplomatie américaine en profondeur, fort de sa nouvelle légitimité acquise avec l’élimination d’Oussama Ben Laden qui clôt définitivement une ère de militarisation sans précédent de la politique étrangère US. Retour sur les temps forts d’un discours aux allures de session de rattrapage.
Une Tunisie première de la classe et un « accompagnement » à défaut d’une aide
Le président américain n’a pas manqué de revenir sur le fil des récents événements en rendant hommage au Tunisien Bouazizi dont tout est parti, vendeur ambulant « humilié par la police », « comme cela arrive encore trop souvent dans les régimes autoritaires de par le monde, » a-t-il insisté,  rappelant qu’il s’agit avant tout dans la région de révolutions de la dignité, une occasion pour lui de revenir sur les valeurs et les droits fondamentaux universels auxquels les Etats-Unis sont attachés, dont les droits « non négociables, » a-t-il dit de rassemblement pacifique, de liberté de culte et d’organisation et pluralisme politiques. Aussi est-il revenu à deux reprises sur le fait que selon lui « davantage a été accompli dans ce domaine en Tunisie et en Egypte en 5 mois qu’en 10 ans », preuve que ce qui est obtenu par l’aspiration irrésistible des peuples à la liberté ne saurait l’être avec les moyens du terrorisme, doctrine rejetée selon lui par les populations de la région « qui lui ont tourné le dos ».

 

A l’attachement aux idéaux progressistes a succédé un éminent plaidoyer en faveur des idées libérales. Ainsi, une longue partie centrale du discours a eu pour objectif de promouvoir l’idée d’une plus grande intégration de la région dans les instances internationales, inciter à davantage d’échanges commerciaux en levant certains obstacles actuels tels que la corruption, bureaucratie et clientélisme entravant encore trop souvent la création d’entreprises dans la région selon lui, les PME étant le nerf de la guerre, a-t-il insisté.

Pour autant, très attendu sur le volet des aides économiques concrètes, le président a déçu en n’annonçant en tout et pour tout qu’un milliard de dollars d’annulation de dette pour l’Egypte, ainsi qu’un milliard de prêts au même pays qui, il faut le reconnaître, est infiniment plus dépendant économiquement des Etats-Unis que ne l’est la Tunisie bien moins endettée si l’on considère le ratio dette / PIB et à la croissance encore prometteuse malgré la crise, se contentant d’assurer cette dernière de son soutien auprès de la Banque Mondiale et du FMI.

Cet accompagnement (le mot a été un leitmotiv du discours) à défaut d’une aide vient rappeler que les Etats-Unis sont désormais eux-mêmes un pays endetté à des niveaux records et que l’ère de la superpuissance économique absolue est sans doute révolue.

Clôturant la partie portant plus précisément sur l’Afrique du Nord, le président a marqué les esprits en liant les destins respectifs des USA et de la région : « ces pays sont lointains par rapport à nous, mais ne nous y trompons pas, nous savons que le destin de notre nation est lié à cette région » a-t-il martelé, très applaudi, ajoutant qu’il faut cependant tenir compte des spécificités de ces sociétés pour accompagner le changement démocratique.

Un ton ferme à l’égard de la Syrie et une résonance électoraliste

Visiblement soucieux d’en finir avec la doctrine néoconservatrice du « Bien contre le Mal » dans un monde post bipolaire et post idéologies, Barack Obama a néanmoins condamné avec fermeté et vigueur le régime syrien de Bachar Assad qui se dirigerait selon lui vers l’Iran des mollahs au lieu de répondre aux aspirations légitimes de son peuple. Pas d’adresse directe cela dit au président syrien, mais un bref retour sur la révolution verte avortée de la jeunesse iranienne, salué aussitôt par l’opposition sur place, toujours muselée et en mal de soutien occidental suffisant selon ses leaders expatriés.

Enfin Obama s’est attardé sur le délicat volet du conflit israélo-palestinien, en surprenant l’audience par une inédite prise de position favorable au retour aux frontières de 1967 comme base aux négociations de paix. Déclaration accueillie de façon mitigée le soir-même en Israël, puisque cela remet sur la table de fait la possibilité de Jérusalem Est comme capitale d’un Etat palestinien…

Le Hamas et sa réconciliation restent en outre un problème pour Obama, problème encore plus grand chez la majorité républicaine avec laquelle il doit composer au congrès et qui est très hostile à ce rapprochement, avouant être encore préoccupé par le fait que l’organisation ne reconnaît pas encore à ce jour l’existence de l’Etat d’Israël, « posture contre-productive » a-t-il tenu à rappeler.

L’opportunité du discours était donc double, voire triple : en plus des soulèvements en cours dans le monde arabe, la mort de Ben Laden a changé la donne et crée une ouverture dans laquelle Obama n’a pas manqué de s’engouffrer à l’approche des échéances électorales des présidentielles de 2012. Il s’agissait donc de marquer le coup en se livrant sans détour à une critique de la politique étrangère Etats-Unienne des 40 dernières années, reconnaissant des erreurs dans les choix stratégiques du passé, ce qui est à mettre au crédit du ton « obamien » inédit diront les analystes les plus admiratifs de son bilan pourtant en demi-teinte au terme d’un premier mandat mitigé mais prometteur.

S.S

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