Bagnolet. Procès en diffamation contre Youcef Brakni : la relaxe demandée

JACQUES DEMARTHON / AFP

Le procès a été assez expéditif. Ce lundi 7 novembre entre 10h et midi, la 17ème chambre correctionnelle de Paris a jugé la plainte en diffamation déposée par Marie-Laure Brossier à l'encontre de Youcef Brakni. Le verdict sera rendu le 13 décembre 2016 à 13h30.

Marie-Laure Brossier, élue société civile, membre de l'équipe municipale socialiste à Bagnolet  (93) reproche à Youcef Brakni, militant associatif d’avoir publié des contenus sur les réseaux sociaux, ayant pour but, selon elle, de « salir sa réputation ».

Tout commence en janvier 2015 quand Marie-Laure Brossier partage sur sa page Facebook un article du Point où Malek Boutih, député PS de l’Essonne, dénonce ces « élus locaux corrompus » qui ont « pactisé avec les gangsters et les islamo-nazis ».

Marie-Laure Brossier y fait alors un parallèle avec les agissements de l’ancienne équipe municipale de Bagnolet dirigée par le maire communiste Marc Everbecq (2008-2014). Pour muscler son argumentaire, elle dénonce « la présence illégale d’une école coranique dans les locaux municipaux ».

Une salle mise à disposition à l'époque gratuitement par la mairie à l’Association des musulmans de Bagnolet (AMB), entre 2012 et 2013. Selon elle, une preuve supplémentaire des dérives locales de certains élus de la ville. 

N’ayant pas accès à sa page Facebook, Youcef Brakni découvre les propos de Marie-Laure Brossier sur le mur d’une autre personne. Le militant voit dans les propos de l'élue une attaque directe contre l’AMB. Une accusation dont s’est toujours défendue Marie-Laure Brossier, qui dénonce une manipulation de Youcef Brakni.

A la barre, ce lundi matin, devant une salle aux trois quarts remplie, Marie-Laure Brossier a juré une nouvelle fois qu'elle "n'a jamais mis en cause l'AMB", "une association installée à Bagnolet depuis 25 ans et qui a toujours travaillé avec les équipes municipales". "Il y a donc l'AMB d'un côté et l'école coranique de l'autre", tient - elle encore a préciser.

"J'ai par ailleurs déjà rencontré les responsables de cette association et je n'ai jamais eu aucun problème avec eux. Nous leur avons même consacré une double page dans le magazine de la ville", explique Marie-Laure Brossier. "C'est l'établissement de cette école coranique illégale qui posait problème", précise-t-elle encore.

Pour demander la fermeture de "l'école coranique illégale", l'association dont est membre Marie-Laure Brossier, "Citoyens en actes", ira "interpeller tout le monde, du maire, au député, en passant M.Valls ou Mme Taubira", raconte l'élue à la barre. "Mais rien n'a été fait", regrette devant le juge Marie-Laure Brossier. 

"On a du mal à croire que l'AMB n'était pas au courant de cette école. Elle n'a pas poussé comme un champignon ! 800 élèves la fréquentaient. Les parents venaient déposer leurs enfants, comme dans une garderie.  Rien ne prouve que c'était une école coranique", pointe de son côté l'avocat de Youcef Brakni, Maître Taleb. 

Deuxième à la barre, l'accusé tente de prouver au juge qu'en ne condamnant pas les propos de Malek Boutih sur les "islamo-nazis", Marie-Laure Brossier les soutient. 

Pour Youcef Brakni, ce n'est pas parce que Marie-Laure Brossier n'a pas cité L'AMB,  qu'elle ne visait pas l'association. "Il suffit de taper sur Google islamo-nazis pour tomber sur l'AMB", ajoute-t-il. "Il faut également se rappeler du contexte au moment des faits : nous étions quelques jours après la tuerie de Charlie. Le rôle d'un élu de la République est d'apaiser les choses pas d'alimenter les tensions", continue le militant. 

La juge semble peu convaincue des arguments avancés par Youcef Brakni, préférant rester sur les faits. "Marie-Laure Brossier n'a jamais accusé explicitement l'AMB", rappelle la magistrate. Le procès semble tourner en rond, chacun restant sur ses positions. 

La procureure générale prend alors la parole. Elle requiert la relaxe. Choix justifié par une erreur technique. En effet, Marie-Laure Brossier a porté plainte pour diffamation envers un particulier, sauf "qu'elle s'est exprimée pendant cette affaire sur les réseaux sociaux en qualité d'élue", rappelle la procureure. On ajoute que l'élue a demandé et obtenu la protection fonctionnelle (une aide financière votée au conseil municipal pour payer les frais de justice). 

"Le fait de s'être fait attribuer la protection fonctionnelle laisse donc entendre qu'elle se considérait attaquée en qualité d'élue", soutient l'avocat de Youcef Brakni, rappelant qu'un "élu victime de violences conjugales ne peut pas avoir droit à la protection fonctionnelle ". 

Le verdict sera rendu le 13 décembre 2016 à 13h30. 

Nadir Dendoune

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