Moyen-Orient.Chiites versus sunnites : Guerre totale

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président des Etats-Unis, Donald Trump, lors d'une assemblée générale de l'ONU tenue à New-York en septembre 2017. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Il ne faut pas se faire trop d’illusions, la rhétorique utilisée par l’Arabie saoudite à propos du fameux missile tiré par les Houthis sur le territoire saoudien, est en fait une véritable déclaration de guerre contre l’Iran. 

Le Maroc qui n’est pas dupe, s’est contenté d’un timide soutien « au royaume d’Arabie saoudite frère dans sa lutte contre tout ce qui porte atteinte à la sécurité de ses territoires et à la quiétude de ses populations ».

La suite du communiqué des Affaires étrangères est plus explicite puisqu’il est précisé que « le Maroc fait part également de sa profonde inquiétude à l’égard de cette escalade dangereuse qui va aggraver davantage la crise yéménite, porter atteinte à la stabilité de la région et accentuer les souffrances du peuple yéménite frère ».

L'Iran aura beau démentir "fermement" les accusations américaines et saoudiennes selon lesquelles il fournirait des armes aux rebelles houthis du Yémen, ( selon le porte-parole du ministère des AE iranien ), tous les observateurs auront beau répéter que l'Iran joue un rôle très limité au Yémen - il ne participe d’ailleurs pas aux bombardements et n’a pas d'hommes sur place -, le jeune va-t-en-guerre saoudien ira jusqu’au bout pour appliquer à la lettre les instructions du Docteur Netanyahou et de Mister Trump.

Le « petit Salmane » n’a cure des dizaines de milliers de morts yéménites victimes directes de ses bombardements sauvages dont la moitié sont des civils. Le prince que la presse occidentale regarde désormais avec des yeux de Chimène depuis qu’il a décidé de serrer la main des dignitaires israéliens se fout bien de la « pire crise humanitaire au monde » et des 8,4 sur 30 millions d'habitants qui sont directement menacés par la famine (d’après l'ONU).

Sans oublier que, rien que depuis fin avril dernier, plus de 2000 personnes sont décédées du choléra dans la plus grande épidémie jamais enregistrée (près d'un million de cas suspectés depuis mars 2017, selon la Croix-Rouge). Des cas mortels de diphtérie ont également été signalés en raison de la faible couverture par vaccination des enfants de moins de cinq ans. Par ailleurs, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’alarme des deux millions et demi d'habitants qui sont privés d'accès à l'eau potable. Selon l'ONG Acted, 21 millions de personnes sont dans un besoin urgent d'une aide humanitaire.

Merci qui ? Mohamed ben Salmane, qui cherche avant tout d’améliorer son image auprès des puissances occidentales, d’où les fameux effets d’annonce comme la multiplication de lieux de loisirs, la levée de l’interdiction aux femmes de conduire, ou encore l’annonce récente de la construction de villes futuristes où alcool et espaces mixtes seraient servis à volonté; qui, aveuglé par une soif de pouvoir, n’a pas épargné ses cousins les plus proches.

C’est sur ce pyromane écervelé que s’est porté le choix d’appliquer le nouveau plan diabolique de la clique qui tient le pouvoir à Washington-Tel Aviv. Salmane, son fils, Trump et Netanyahou, quatre dirigeants embarqués dans le même rêve fou : mettre à feu et à sang un monde arabo-musulman déjà à terre. Mais dans la logique de ces personnages au cynisme sans limite, on tire aussi sur les ambulances.

Le plan est tout simple, tout bête, comme Netanyahou joue la course contre la montre et qu’il sait qu’il ne peut se maintenir au pouvoir que si son pays est en guerre contre l’Iran et son bras armé au Liban, le Hezbollah, que le clan Salmane est contesté au sein même de sa propre famille et qu’il a besoin d’une guerre avec un ennemi extérieur ( la mayonnaise du Yémen n’ayant pas pris), et que Trump doit satisfaire les faucons qui l’ont porté au pouvoir, ces compères vont la faire cette fameuse guerre Chiites/ sunnites.

Le 18 décembre, le président américain n’a- t-il pas dévoilé dans un rapport la nouvelle stratégie des Etats-Unis ? Elle est construite autour de quatre « piliers » : protéger le territoire, promouvoir la prospérité américaine, faire progresser l'influence américaine et préserver la « paix par la force » ! Au royaume des Al Saoud, pour chauffer à blanc une population imbibée jusqu’au cou de wahhabisme, la diabolisation de l’ennemi a déjà bien commencé.

Selon un rapport de Human Rights Watch publié en septembre qui avait épinglé les discours des politiques saoudiens incitant à la haine contre les chiites, « un membre du Haut Comité des ulémas saoudiens a affirmé que les chiites « ne sont pas nos frères. Ils sont plutôt les frères de Satan ».

En tout cas, les bruits de bottes sont audibles, ils sont à nos portes, la guerre fratricide qui s’annonce meurtrière, totale n’épargnera aucun pays arabe puisqu’on demandera à chacun de choisir son camp, à moins d’un sursaut salutaire d’un chef d’Etat arabe qui oserait encore dire non à l’Oncle Sam.

Abdellatif El azizi

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