Cinéma."La révolution est là", le documentaire de Teycir Ben Naser sort en salles en Tunisie

Teycir Ben Naser, journaliste franco-tunisienne, auteure du documentaire "La révolution est là".

Teycir Ben Naser est journaliste. Elle a 31 ans. Elle est née en France, mais a vécu une grande partie de son enfance en Malaisie. Elle vit à Tunis depuis 2012. Tourné en Tunisie, "La révolution est là" est son premier documentaire. Un road trip de Tunis, en passant par Mornag, Bir Salah, Chenini, Gabès, Jemna, et Fernana, la réalisatrice est allée à la rencontre de celles et ceux qui discrètement font avancer la Tunisie d'aujourd'hui. Son documentaire vient de sortir en salles en Tunisie. Il est en cours de programmation en France. 
 

LCDL : Pourquoi avoir ressenti le besoin de faire ce film ?

Teycir Ben Naser : Depuis 2014, j'écris pour le média tunisien Nawaat des articles qui mettent en avant des initiatives discrètes mais qui  ont des impacts positifs sur la société tunisienne. Au bout de deux ans, il m'a semblé nécessaire de mettre tout cela en images à travers un documentaire. Pour avoir plus d'impact, mais aussi pour mettre en lien toutes ces initiatives et montrer qu'il y a aujourd'hui en Tunisie des citoyens qui participent à la construction d'un nouveau modèle de société, plus résilient. 

Avez-vous rencontré des difficultés pour faire ce film ?

Pas vraiment. J'ai eu la chance d'être accompagnée par un producteur qui a tout de suite cru en mon projet. Il s'agit de mon premier documentaire, c'était donc important de pouvoir être entourée de personnes qui ont de l'expérience dans le domaine du cinéma. Cela a facilité beaucoup de choses. Les petites difficultés que j'ai pu avoir, c'était essentiellement lors des tournages : ça n'a pas toujours été facile de sortir la caméra, les gens sont très méfiants. 

Vous montrez une image de la Tunisie qu'on ne voit quasiment jamais...

Aujourd'hui, en Tunisie, beaucoup de citoyens sont déçus de la révolution, et pour cause, la situation économique et sociale va de mal en pis. Les initiatives présentent dans le film restent marginales, isolées, presqu'invisibles. Et pourtant, j'ai l'intime conviction que la démultiplication de ces initiatives à une vaste échelle peut engendrer des dynamiques de changement. Elles peuvent redonner un souffle à la révolution. Il m'a semblé nécessaire de raconter une autre histoire de la Tunisie post-révolution, loin des joutes politiques stériles.

On a l'impression que ce film a été fait pour montrer que la révolution c'est d'abord le peuple que ce sont les citoyens qui doivent la porter, que tout part d'eux... Quelle est la place et quel doit être le rôle du politique ?

La Révolution a ramené la démocratie, mais est-ce que la démocratie c'est juste de mettre un bulletin de vote dans l'urne ? Je ne crois pas.

Pour qu'une démocratie fonctionne bien, elle a besoin que les citoyens coopèrent davantage. Il est nécessaire qu'ils s'approprient certaines problématiques et s'impliquent dans la vie de la Cité.

Cela ne veut pas dire, déresponsabiliser l'Etat ou dépolitiser les citoyens. Bien au contraire : utiliser des semences traditionnelles plutôt que des semences hybrides, c'est un acte politique; utiliser son vélo quotidiennement plutôt que la voiture, c'est un acte politique; ouvrir un café culturel ouvert à tous, c'est un acte politique, etc..

Mais je constate que face à un Etat de plus en plus en retrait, nous n'avons pas d'autres choix que de penser à de nouvelles formes de solidarité. Tout l'enjeu aujourd'hui est de transformer ses initiatives locales en de véritables forces décisives. 

La révolution est-elle toujours en cours en Tunisie ?

La révolution est un processus lent de transformation, rien ne change du jour au lendemain. Les citoyens doivent continuer à se mobiliser et opérer eux-mêmes les changements aujourd'hui nécessaires pour que notre société aille mieux.

Les défis sont nombreux en Tunisie : ils sont écologiques, économiques et sociaux, mais aussi civilisationnels. Il faut penser un nouveau paradigme de société qui soit en rupture avec le capitalisme financier qui est en train de détruire notre écosystème.

Le 14 janvier 2011 (NDLR : Le début de la révolution) n'est en réalité que le commencement d'un processus. Le film montre que non seulement la révolution est en cours, mais qu'elle est incarnée par des initiatives citoyennes dont l'impact est réel. 

Propos recueillis par Nadir Dendoune

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