Cinéma.« Qu’importe si les bêtes meurent » : le cinéma marocain à l’honneur !

Michael loccisano / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Un succès fulgurant, ni plus ni moins, pour la jeune réalisatrice franco-marocaine Sofia Alaoui. Au début du mois de février, son court-métrage « Qu’importe si les bêtes meurent » a remporté le Grand Prix du Jury au Festival de Sundance, dans la catégorie internationale « Shorts ». Il est l’un des plus importants festivals de cinéma indépendant au monde, c’est notamment celui qui a révélé le réalisateur Quentin Tarantino. 

Le court-métrage de Sofia Alaoui raconte l’histoire d’Abdellah, un jeune berger et son père, qui assistent à la mort de leurs bêtes dans les hautes montagnes de l’Atlas. Abdellah doit donc aller se ravitailler dans un village environnant, avant de s'apercevoir que celui-ci a été dépeuplé, en raison d’un mystérieux événement qui a ébranlé tous les croyants. Entretien avec la réalisatrice/scénariste/productrice Sofia Alaoui.

 Qui êtes-vous et quel est votre parcours ? 

 Sofia Alaoui, 29 ans, née à Casablanca. J’ai fait mes études à Paris dans une école de cinéma, mais aujourd’hui, je ne pense pas que faire des études de cinéma soit le passage obligé pour réaliser.

Avant Qu'importe si les bêtes meurent, j’ai réalisé quelques vidéos, des courts-métrages auto-produits, avant de tourner mon premier court-métrage de fiction produit : Kenza des Choux, qui a circulé dans une quinzaine de festivals. En 2015, j’ai réalisé un premier court métrage documentaire très fauché, Les Enfants de Naplouse, diffusé sur France 3, puis récemment un second court métrage documentaire, cette fois-ci au Maroc, Les Vagues ou rien, produit par la société de Nabil Ayouch et 2M, qui a été diffusé en mars 2019 à la télévision et qui a rassemblé 2,3 millions de téléspectateurs.

D'où vous est venue l'idée de "Qu'importe si les bêtes meurent" ? Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire ?

Parfois, il est difficile de remettre en question la conviction partagée par le groupe. D’être ou de penser différemment. La question de la vie extraterrestre m’a toujours fascinée, car elle permet de questionner nos certitudes et vérités absolues. Si l'existence des extraterrestres était avérée, changerait-elle notre façon de vivre ? J’avais dès le départ envie de raconter une histoire qui n’affronte pas brutalement ces questions. J’aime un cinéma qui flirte entre les genres, entre documentaire et fiction, entre poésie et brutalité dans la mise en scène.

Vous avez tourné avec des acteurs non-professionnels, pourquoi cela ?

C’était une évidence pour moi qui était passée par la case documentaire. Il y avait le désir de travailler avec des gens qui incarnent par eux même les personnages de mon film, que leurs gestuelles, leurs regards puissent dire quelque chose.

Comment s'est passé le tournage de votre film ? Selon vous, est-ce qu'il est difficile de réaliser une œuvre artistique au Maroc ?

Le tournage s’est très bien passé sur de nombreux points : une entente artistique avec mon chef opérateur Noé Bach, une super scripte, des assistants de folie (Tam Slimani et Ali Benchekroun), et puis, travailler avec des acteurs qui étaient non-professionnels a été un immense plaisir. On formait une belle équipe. A côté de cela, il faut avouer que le tournage a été une vraie bataille. Il est compliqué de faire un court-métrage ambitieux au Maroc, il faut se le dire. On rencontre parfois des gens pas très honnêtes, qui ont un fort égo. Le fait d’être une jeune femme ne m’a absolument pas aidé, au contraire. En réalité, j’ai beaucoup souffert du manque de sérieux des gens. Ca a été une grosse claque, et évidemment, une énorme déception. Je pense qu’il faut vraiment que les mentalités changent pour que l'on puisse avancer. Faire de l'Art au Maroc, c'est se confronter à de grands obstacles, mais il faut y croire et ne pas lâcher. Je n'ai jamais voulu lâcher.

Qu'est-ce que cela représente pour vous d'avoir reçu le Grand Prix du Jury du Sundance ?

C’est une belle récompense qui réconforte sur le travail accompli, car forcément, des aventures de tournage comme celles que l'on a eues, cassent et font douter.  Avoir ce prix m’encourage, mais je pense que cela doit encourager des créateurs du Maroc à viser l’excellence et à ne pas abandonner malgré les obstacles. Si je suis arrivée à Sundance, c'est parce que j’ai vraiment lutté. Rien n’est arrivé par hasard. Il faut avoir des rêves et se battre pour eux.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Alors pleins pleins de projets ! Mais surtout au Maroc ! J’ai aussi envie de développer ma production  pour justement donner le pied à l’étrier à des réalisatrices fortes qui ont envie de se battre et qui recherchent un partenaire [NDLR : elle a créé sa propre boîte de production, Jiango Film, qui a produit son court-métrage avec l’aide du Centre Cinématographique Marocain, le CMC].

Pour sa première arabe, le film marocain sera en compétition pour la première édition du Red Sea Film Festival en Arabie Saoudite. Au Maroc, Sofia Alaoui sera présente le 6 mars prochain, en compagnie de ses acteurs, au Festival National du Film de Tanger, où son film sera diffusé. 

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