Maroc.Décryptage - Tremblez, mafias des marchés publics !

Le roi du Maroc, Mohammed VI a mis en garde la classe politique dans son discours du trône du 29 juillet 2017. HANDOUT / MAP / AFP

Orageuse, cette rentrée ? Bien sûr et beaucoup plus que ne semblent le croire les politiques qui se sont trop vite réjouis de la teneur du rapport remis entre les mains du chef de l’Etat. Très attendu, le rapport sur les retards d’exécution du programme Manarat Al Motawassit, « concernant les responsables en charge de ce programme au moment des faits, y compris ceux qui ne sont plus en poste actuellement » a donné lieu à un communiqué du palais royal qui précise avoir « pris acte des conclusions et explications y afférant, les rapports des inspections ayant conclu au retard, voire à la non-exécution de plusieurs composantes de ce programme de développement, excluant par la même, tout acte de malversation ou de fraude ». 

Pour ceux qui auraient vite conclu au blanchiment de tout ce beau monde, il faudra lire la suite du communiqué : « Le Souverain a également donné ses instructions à la Cour des comptes pour examiner ce dossier dans un délai de 10 jours, en vertu des «principes d’équité et de rigueur».

Décryptage : en clair, si l’administration a bien dédouané ses responsables dans son rapport, Jettou a, quant à lui, bel et bien, été chargé de fouiller dans le détail tous ces marchés publics dont le retard ou l’inexistence ont mis le feu aux poudres dans la région du Rif.

Gageons que la boite de Pandore vient juste d’être ouverte sachant que Driss Jettou n’est pas tombé de la dernière pluie. En effet, le tout puissant patron de la Cour des Comptes a pratiqué l’administration pendant plusieurs décennies, l’ex-Premier ministre sait de quoi il s’agit, il connaît bien le circuit des marchés publics, car dans cette histoire il s’agit exactement de savoir si de gros marchés publics ont été bien lancés, menés à bien et dans les règles.

Pour parler clairement, il s’agit de passer au peigne fin les contrats publics qui ont été passés dans le cadre du développement de la région d’Al Hoceima.Si les milliards déboursés par l’Etat sont bien allés dans la construction des routes et autres projets structurants ou bien ils ont servi à engraisser des entreprises connues qui pratiquent les commissions à tour de bras.

On sait aujourd’hui comment les décideurs blanchissent les procédures, comment les appels d’offres sont détournés et comment l’argent s’évapore après la réception de marchés souvent boiteux et sans rapport avec la commande initiale. On connaît aussi les entreprises qui travaillent avec abnégation et dans la transparence et celles qui pêchent en eaux troubles.

La question des contrats publics et, plus précisément des procédures de passation de la commande publique, représentent, donc, un enjeu capital dans le travail de la cour des comptes. Et d’une manière générale, il faudra bien ouvrir le dossier sulfureux des grands marchés de l’Etat.

La lutte contre les détournements dans les contrats publics renvoie à la protection de la morale publique « indispensable au bon fonctionnement du contrat social », qui a été rompu dans cette région du pays mais partout ailleurs aussi.

Mais c’est aussi un enjeu très important pour les entreprises elles-mêmes dans la mesure où la corruption est constitutive d’une distorsion de concurrence en attribuant le contrat public, non pas aux entreprises les plus compétentes, mais à l’entrepreneur véreux qui permettra au fonctionnaire corrompu de tirer les plus grands avantages illicites de ce marché.

Le comble, c’est que dans bien des dossiers que nous avons entre les mains, des entreprises de BTP sans expertise et au passé douteux après avoir raflé des méga marchés pour des milliards de DHS ne finalisent guère le travail par incompétence notoire. 

Pour oublier l'insouciance des politiques sans sombrer dans l'effroi des Cassandre, il faudra arracher l’administration à son addiction, extirper l’appât du gain et les "avantages acquis" qui ont pénétré les coeurs de bon nombre des commis de l’état.

Ce défi est d'une telle ampleur que seule une chirurgie expéditive  opérée à chaud, sous l'aiguillon de la crise sociale et sous la pression d’une Nation en péril sont capables de guérir le pays d’une telle gangrène. Une réalité qui  impose, chez nous un considérable changement de cap et de voilure !

On comprend mieux la réaction d'impatience ou de colère de bon nombre de nos concitoyens pour qui désormais le courage de la vérité ne se situe qu’auprès de l’institution monarchique et nulle part ailleurs.

Abdellatif El Azizi

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