Tunisie.Émeutes nocturnes: une spirale de violence casse-tête pour les autorités

S’il est évident que la loi de finance 2018 et ses hausses de prix tous azimuts ne passe pas auprès des classes les plus démunies, des sociologues expliquent la récurrence du cycle des violences en cette période de l’année par le froid qui attise le sentiment de désœuvrement social

Quatorze personnes parmi celles interpellées lors des mouvements de protestation sociale, qui se sont intensifiés dans les faubourgs de la capitale dans la nuit de lundi à mardi 9 janvier, ont été placées en garde à vue, selon le parquet de Tunis. Le mode d’action nocturne s’est propagé à d’autres régions à l’intérieur du pays, suscitant un débat sur sa légitimité de la violence jusque dans les rangs des manifestants.

A Cité Ettadhamen, la grande surface Magasin Général a entre autres été totalement dévalisée.

Les chefs d'accusation retenus contre les dizaines de personnes arrêtées sont relatifs à des « actes de vandalisme prémédité sur la voie publique » et de « refus d’obtempérer à un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions » selon Sofiène Selliti, porte-parole du ministère public. Conformément à une gestion pour le moment strictement répressive, les accusés seront également poursuivis pour « agression avec violence d'un fonctionnaire public dans l'exercice de ses fonctions ».

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur a pour sa part indiqué que plusieurs régions dans les gouvernorats de Tunis, la Manouba, Gafsa et Kasserine ont été le théâtre d'actes de violence et de pillage des biens publics et privés, ainsi que des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre durant la nuit.

A Kasserine, retour au calme précaire

Tard dans la nuit de lundi, un calme fébrile régnait au croisement de la cité défavorisée d’Ezzouhour, après des heurts prolongés entre forces de l’ordre et manifestants. Ces derniers avaient bloqué l’accès à la cité, brûlé des pneus et attaqué avec des jets de pierre les agents de la sûreté qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène.

Les tensions se sont, également, dissipées à Thala, ville symbole de la révolution, à Sbeïtla et à Fériana où des échauffourées ont aussi eu lieu. Une fois de plus, des émeutiers ont vandalisé l’entrepôt municipal à Kasserine-ville où ils ont dérobé scooters et motos. Bilan : un agent a été blessé dans ces incidents, et le directeur du district de la sûreté nationale a été touché. Les deux ont été transportés à l’hôpital régional.

Lors des manifestations au centre-ville de Kasserine, un policier a été blessé et une femme a été asphyxiée par du gaz lacrymogène.

Le secrétaire général de l’UGTT Nouredine Taboubi, en visite à Thala (Kasserine) lors de la commémoration des évènements de la révolution, s'est entretenu avec de jeunes chômeurs pour comprendre la brusque escalade des heurts dans la région.

Gabès : Le siège de la délégation d’El Hamma saccagé

Des unités de l’armée se sont déployées autour du siège de la délégation d’El Hamma après que des jeunes ont envahi et saccagé le local, au cours de la nuit de lundi à mardi. Dans un tweet la veille, le député Ennahdha Habib Khedher originaire de la ville a qualifié ces actes de « criminels », affirmant que « les revendications sociales ne se font pas la nuit ».

Les manifestants avaient auparavant bloqué la route nationale n°16, non loin du siège de la délégation, et brûlé des pneus.

Si les assaillants ont bien détruit tous les équipements de bureau et dilapidé les documents administratifs de ce symbole local du pouvoir qu’ils ont ensuite brûlés en pleine rue, beaucoup reprochent à la coalition au pouvoir, précisément à Ennahdha, un « traitement autiste » purement sécuritaire de ces protestations que certains commentateurs n’appréhendent que sous l’angle du « complot intérieur », voire extérieur, allant même jusqu’à évoquer des pistes internationales, entre autres émiraties, qui les attiseraient, sans fondement objectif à ces théories.   

Réagissant sur le tard, chef du gouvernement Youssef Chahed a pour sa part déclaré ce matin que « ce qui s’est passé dans la soirée du lundi à mardi ne peut pas être considéré comme des manifestations pacifiques », mais sans que sa communication ne verse dans une escalade verbale en cette première véritable épreuve d’envergure pour le jeune politicien.   

Lors de sa visite aux gardes frontaliers à Remada du gouvernorat de Tataouine il a en effet cependant insisté sur « le droit de manifester », tout en affirmant qu’aucun pays démocratique ne manifeste la nuit.

Seif Soudani

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